‹ Les révolutions russesChapitre 43 sur 79 · XXV. — Le régime d'Alexandre IIL · texte numérisé non relu

XXV. — Le régime d'Alexandre IIL

148. Alexandre III ne renvoya pas tout d'abord Loris Melikofi^, il sembla même approuver la création d'une commission de réforme. Mais il n'avait pas comme son père de sympathie pour l'Europe; il était, comme Nicolas, russe, orthodoxe, ennemi des idées occidentales. II prit bientôt pour conseillers les ennemis des occidentaux, le chef du parti nationaliste, Katkoff, le procureur du Saint-Synode de l'Église russe, Pobiédonostsef, et le général IgnatiefF. II proclama sa <( foi en la force et la vérité du pouvoir autocratique», qu'il se déclara « appelé à affermir et à défendre contre toute attaque pour le bien du peuple •» (manifeste du 11 mai). Et en effet, Alexandfe III, pendant tout son règne^j^rnai.ntenule régime autocratiqtte^ôtntîïe son aïcul~l^icolas. Mais, au contraire de Nicolas, il a tenu à conserver la paix au dehors; Ignatieff, partisan d'une politique agressive en Europe, a été écarté dès 1882 et le tsar n'a gandé que des absolutistes, ICatkofî, Pobiédonostsef; il a rappelé le çûmte Tolstoï qui s'était rendu fameux par sa lutte contre la science moderne. Alexandre III s'étarit déclaré âurdcfat'e, les terroristes recommencèrent la guerre. Ils préparèrent un attentât pour \t jour du couronnement à Moscou, mais la police le découvrit. Le personnel terroriste était peu nombreux; il finit par être tout entier exterminé (vers 1884). Depuis ce temps on a appris par les'journaux étrangers que la police a continué à veiller de près sur le tsar, qu'il y a eu plusieurs attentats manques et des arrestations, quelques-unes, dit-on, parmi les officiers; mais on ignore si le parti révolutionnaire est resté organisé; le gouvernement, s'il le sait, a fait le silence. '

149. Le gouvernement russe revint à la politique de Nicolas ïer et travailla à détruire l'œuvre d'Alexandre II. Il surveilla étroitement

ouïes les instituiions par lesquelles Tesprit européen risquaude pénérer en Russie, la presse, l'enseignement, les assemblées locales. La :ensure préventive des journaux de province fut appliquée de façon à .mpêcher de publier non seulement les critiques, mais même les infornations désagréables aux fonctionnaires (incendies, vols, famines). ^uant aux journaux des capitales, le système des avertissements les éduisit à n'être plus guère que des organes officieux. On ne laissa plus )arler librement que les journaux du parti autocratique, de façon que 'opinion russe à l'étranger parût représentée exclusivement .par Katkoff, 'ennemi des occidentaux et en particulier de la France républicaine.

150. Une censure spéciale examinait les journaux et les livres, étrangers et les repoussait ou ne les laissait entrer dans l'Empire qu'après ivoir noirci les passages jugés dangereux pour des lecteurs russes. L'opération, faite au moyen d'un rouleau garni d'encre d'imprimerie, {'appelle familièrement passer au caviar,)

151. Le gouvernement essaya de développer l'éducation religieuse en :réant des écoles primaires dirigées par les popes; d'extirper les religions dissidentes* de l'Ouest en convertissant à l'orthodoxie les paysans uthériens des pays baltiques et les paysans catholiques des pays polonais: il poursuivit la secte évangélique des Stundistes.

152. Dans les universités quelques professeurs libéraux furent destitués ou déplacés, les étudiants, toujours suspects d'idées révolutionnaires, furent soumis à une surveillance continuelle qui semble avoir îu pour effet d'exciter des troubles fréquents (1884, 1887, 1890). En Russie, les universités sont, comme dans l'Europe du moyen âge, fréquentées surtout par les jeunes gens sans ressources, fils de popes, de petits fonctionnaires, de petits marchands juifs. Ce prolétariat intellectuel inquiétait le gouvernement. Le rapport fait sur l'attentat de 1887 signalait parmi les gens compromis des professeurs et des étudiants ion nobles. Une circulaire ordonna de ne plus recevoir dans les écoles secondaires et les universités les enfants des ouvriers et des domestiques.

153. Les juges de paix élus, créés par Alexandre II, furent supprimés dans les campagnes; on les remplaça par des fonctionnaires nouveaux, les chefs de cantons (1889) nommés par l'État et seulement parmi les nobles, chargés non seulement de rendre la justice, mais de Qommer et révoquer les chefs des villages et de surveiller les conseils je village. On a voulu mettre ainsi les paysans sous le gouvernement les nobles.

154. L'opposition ne pouvait plus se produire sous aucune forme! légale ; mais les journaux étrangers ont annoncé plusieurs fois la * découverte de complots, d'imprimeries secrètes, de sociétés politiques ; ' ils ont reproduit des proclamations lancées par les révolutionnaires,! des pétitions adressées au tsar pour lui signaler les abus de pouvoir des

fonctionnaires, des protestations contre les traitements infligés au ^condamnés politiques.

155. Le règne d'Alexandre III a été une période de ^ransformaiio •économique. Les finances étaient restées embarrassées par les dépens "de la guerre de 1877, la liquidation des opérations de rachat des terre? la crise des blés. Le budget se soldait avec de gros déticits ; le papia monnaie, qui remplaçait Tor passé à l'étranger, était tombé à moitié d -sa valeur nominale. Le déficit avoué dura jusqu'en 1887. Un nouvea ministre des finances Vichnegradzky, protégé de Katkoff, remplaçai •déficit par des excédents. Il fit adopter contre les industries. allemande un tarif protecteur presque prohibif. Il remboursa la dette russe placé •en partie en Allemagne, au moyen d'une série d'emprunts nouveaa] faits en France (depuis 1888) : on estime de 5 à 7 milliards le total df <:apitaux français prêtés au gouvernement russe. D'après les statistique officielles, les recettes auraient augmenté entre 1881 et 1891 de 65o3 '891 millions de roubles, le trafic des chemins de fer de 42 millions d tonnes en i885 à 67 millions en 1890.

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