XXVI. — La russification
156. La tentative de « russifier » par la contrainte les province occidentales avait commencé sous Nicolas 1er. Alexandre II se limii d'abord aux pays polonais qui menaçaient de tormer une nation indê pendante et sembla décidé à respecter la langue et la religion de peuples qui demandaient seulement à rester autonomes. Dans les pw vinces baltiques il arrêta la tentative de russification de Nicolas. Ei Finlande il convoqua (pour la première fois depuis la conquête) i Diète formée des quatre Etats pour lui faire voter un neuves! régime d'impôt (i863). On y parlait en quatre langues, le gouvemeoi TUSse en russe, la noblesse et le clergé en français, les bourgeois ei suédois, les paysans en finnois. Mais le parti slave devenu tout-puis sant finit par entraîner le tsar dans la lutte contre les langues et la religions étrangères (i). Dès' 1867, dans les provinces iferltiques, 01 ordonna de mettre en. vigueur l'oukase de i85o qui rendait le russi obligatoire. Les assemblées des trois provinces protestèrent en inv& quant la promesse des tsars de maintenir leurs droits, parmi lesque'i « l'usage de l'allemand dans les bureaux du gouvernement et des ville et dans les tribunaux. y> On répondit que les tsars en confirmant leî droits des provinces baltiques ajoutaient la clause « en tant qu'i«i répondent aux institutions générales et aux lois de notre empire», ^
\^i) La persécution s'étendit jusqu'aux dialectes russes. Une littérature populaire d dialecte petit-russien s'était formée en Ukraine. Le gouvernement russe défendit dim primer aucun ouvrage original en petit-russien. de jouer, de dcclamer ou chant'. aucune pièce en petit-russien (1876).
que l'usage d'une langue séparée était contraire aux « principes de l'unité » (1867-1870). En fait, la mesure ne fut pas appliquée.
157. Sous Alexandre III, le gouvernement reprit la tentative de russification. En i885 ordre fut donné aux trois gouvernements baltiques de rédiger leur correspondance en russe ; les conseils de Riga et Revel refusèrent, ils furent poursuivis. Ordre aux gymnases de donner au russe la première place dans l'enseignement. La poste exigea les adresses en russe. En même temps recommençaient les mesurés contre la religion luthérienne. L'enfant né d'un mariage mixte devait être élevé comme orthodoxe. Les paysans luthériens qui s'étaient laissé convertir à l'orthodoxie par les promesses du gouvernement et voulaient revenir à leur religion primitive étaient arrêtés, les pasteurs qui faisaient pour eux un acte de culte étaient poursuivis pour tentative de conversion d'un orthodoxe. A la protestation du clergé luthérien, Pobiedonotsef répondit : « Le premier devoir de la Russie est de protéger la foi orthodoxe contre les doutes intérieurs et les attaques extérieures... Les religions de l'Ouest ne sont pas encore en Russie dégagées... d'attaques â l'intégrité de l'Empire. La Russie ne peut leur permettre de tenter ses fîls orthodoxes. » Enfin vinrent les mesures radicales : ordre aux écoles allemandes d'adopter le russe, ordre de remplacer les enseignes allemandes par des enseignes russes, (Jrdre de n'employer que le russe dans tous les actes publics (1889). Des juges russes remplacèrent les juges allemands. L'Université de Dorpat, centre de la vie intellectuelle des provinces baltiques, fut russifiée, elle reçut l'ordre de faire les cours en russe (1890). \
158. En même temps le gouvernement travaillait à expulser les Juifs, j Il y en avait£rès^^dej:inq millions, la plupart dans les provinces de 1 l'Ouest (l'ancien royaume^^Pologne), qui conservaient, avec «leur reli- ; gion, restée très formaliste, leur costume, leurs usages et leur langue, un jargon allemand mêlé d'hébraïsmes. On commença parleur interdire le commerce des boissons et l'acquisition des terres (1882). La population, excitée contre les Juifs, pilla et incendia leurs maisons. Pour écarter les Juifs des professions libérales, on fixa (1885-87) la proportion maxima d'Israélites qui pourraient être admis dans les gymnases ou les universités (de 10 à 3 p. 100). Puis on en vint à une mesure d'ensemble. Tous les Juifs restés dans l'intérieur de la Russie durent émigrer dans les provinces de l'Ouest et dans les pays où on les concentrait, il leur fut interdit de posséder ou d'affermer des terres, on les forçait à rester dans les villes où toutes les professions libérales leur étaient fermées (1890). Les ouvriers juifs de Moscou furent arrêtés et reconduits par des soldats (1891). Il y eut des émeutes de paysans contre les Juifs, une émigration juive évaluée à 3oo,ooo âmes.
159. Le grand-duché de Finlande fut le dernier pays atteint par la russification. Alexandre II avait continué à convoquer la Diète tous les
cinq ans (Alexandre IH tous les trois ans). Elle fut en conflit avec le gouvernement à propos de la loi établissant la censure sur la presse, qu'elle refusa et qu'il imposa par voie administrative (1867), à propos de la réforme des écoles et du budget.
160. Mais la Finlande garda son administration suédoise et réorganisa sa banque (1867), ses tribunaux (1868), son église (1869), ses chemins de fer, ses écoles (1872), son régime communal (1873), sa milice (1878), son droit de bourgeoisie, son assistance publique. Il se forma un parti finnois qui obtint du gouvernement de faire du finnois une langue officielle, régale du suédois. En 1890, Tautonomie économique de la Finlande (monnaie, douanes et transports) parut menacée; on avait rédigé aussi un projet de code pénal finlandais réformé sur le modèle russe. La Diète de 189 1 réclama contre cette politique et le tsar laissa à la Finlande son autonomie.
XXVI 1. — Le tsar Nicolas 11.
161. La mort d'Alexandre III (nov. 1894) n'a pas changé le régime intérieur de la Russie. Son fils Nicolas II a déclaré plusieurs fois vouloir continuer la politique de son père. Aux députations de la noblesse et des villes (janv. 1896), il a dit : « ^Que chacun sache qu'avec autant de fermeté que mon inoubliable père je maintiendrai l'autocratie. » Il a traité de « rêve absurde » l'idée que les « ^emispos pourraient prendre part aux affaires de l'État ». Une pétition d'écrivains et de journalistes poiir l'adoucissement des lois sur la presse a été rejetée. Le personnel directeur du gouvernement, est resté le même, Pobiedonostsef a gardé son influence, et on dit que l'argument décisif en matière d'administration est : « C'est ainsi qu'on faisait du temps du feu tsar. »
162. La principale afl^aire paraît avoir été la série d'opérations financières destinée à procurer à la Russie la quantité d'or nécessaire pour relever le cours du rouble. — Le seul événement intérieur a été la cérémonie du couronnement à Moscou (1896), où plusieurs milliers d'assistants ont péri écrasés,, par la négligence de la police. Les messes en mémoire des victimes de cette catastrophe ont servi d'occasion à une, grande manifestation des étudiants de Moscou, suivie d'une répression. Le rapport au gouvernement sur cet incident semble indiquer un mouvement libéral étendu.
163. Malgré les déclarations officielles et les actes du gouvernement, c'est une impression générale que le régime est près de changer. La tsarine, qui jusqu'ici s'est tenue en dehors des affaires publiques, est une princesse allemande habituée à la vie occidentale, et les propos qu'on prête au tsar lui-même indiqueraient qu'il ne croit pas à la durée du régime autocratique.
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