‹ Les révolutions russesChapitre 45 sur 79 · I. — Population agricole · texte numérisé non relu

I. — Population agricole

1. — D'après le recensement de 1897, dont les derniers résultats viennent seulement de paraître, TEmpire russe, sur un total de 1 26.586.525 habitants, compte 96.896.648 paysans, soit plus de 76 p. 0/0 de la population. La France n'a que 40 p. 0/0 de paysans, et l'Angleterre 1 5 p. 0/0. Nulle part donc, la population rurale ne mérite plus d'attention qu'en Russie; nulle part, comme on le verra, les paysans n'ont montré des dispositions plus révolutionnaires que les paysans russes. 11 en résulte que, contrairement aux révolutions faites ou à faire dans les autres pays depuis l'époque de la grande industrie, la révolution russe ne peut, ni probablement aboutir sans le concours des paysans, ni sûrement se comprendre sans la connaissance de leur situation.

IL — Le servage.

2. — Jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle le servage fut la condition de presque tous lès paysans russes. Le sol ne leur appartenait pas ; il appartenait aux nobles, c'est-à-dire aux parents (knia^es) ou aux agents (boïars) du chef de bande qui se faisait obéir dans toutes les Russies sous le nom de tsar. Le tsar distribuait les terres à ses nobles, qui les faisaient cultiver par les gens du pays, appelés petits hommes ou moujiks. En plus de la famille impériale, 100.000 familles environ possédaient toute la terre russe. Chaque domaine comprenait deux

(i) Bibliographie : Donald Mackenzie Wallace : Russia, 2 vol., 1905 (Londres). — Anatole Leroy-BeauHeu : L'Empire des Tsars et les Russes, 3 vol., 1898 (Paris). -- Max Kowalevski : L'Agriculture en Russie, 1897 (Paris). — Anatole Leroy-Beaulieu : f/n homme d'État russe, Nicolas Milioutine, 1884 (Paris). — Golovatchef : Dix années de réformes, 1872 (Pétersbourg). — Nicolai-On : Die Volkswirtschaft in Russland nach der Bauern-Emancipation, 1899 (Munich). — Keussler : Zur Geschichte und Kritik des bauerlichen Grundbestt^es in Russland. 3 vol., 1876-82 (Pétersbourg). — Djanchievo : L'époque des grandes réformes, 1893 (Moscou). — Stepniak (Kraftchewsky) : The russian peasantry, 1906 (Londres). — A. Manouïloff: La question agraire en Russie, igo5 (Moscou). - Roubanovitch : La situation économique des paysans en Russie, dans Revue socialiste, mai 1896. — Wladimir Gr: Simkhowitsch : Articles Bauernbefreiung et Aftr dams Handworterbuch der Staatswissenchaften, 1899 (léna). -— La Tribune Russe, numéros i» 2, 3, 5, 7, 8, 9, 12, i3, 3i, et passim. — L'Européen, numéros 22. 24. 27. 29, Si, 32, 39, 40, 56, 172, 173, 179. 180, 181, i85, 187, 189. et passim

(2) La plus grande partie de cette brochure a paru dans Pages Libres, n» 241. 12 août 1905.

parties : Tune exploitée par le propriétaire, l'autre exploitée par le groupe des paysans, appelé le mir.

3. Jusqu'au xvie siècle, les paysans pouvaient changer de maître, parce que chaque année, à la saint Georges, le 26 .novembre, ils. passaient à volonté d'un domaine sur un autre. Ils ressemblaient à des domestiques de ferme. Mais en 1697, comme ils émigraient en masse vers le Sud à cause des guerres civiles, le tsar leur défendit de changer de maître. Alors on les appela en russe consolidés et en français serfs. Les moujiks cultivaient toute leur vie la terre du même propriétaire, ei lui donnaient, soit trois jours de corvée par semaine, soit une redevance annuelle {obrock). Le maître les traitait en esclaves, les faisait travailler sans salaire, leur imposait tous les métiers, disposait de leurs femmes, les mariait à son idée, les envoyait à l'armée, les vendait, les mutilait, les battait, et les tuait impunément. Les paysans se vengeaient par des incendies et des assassinats, cachaient tous leurs biens pour les soustraire à la rapacité du propriétaire, et se conduisaient ainsi, sans discontinuer, comme dans un pays envahi par l'ennemi.

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