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VI. — Vie publique i le mir, rassemblée

20. Le mir est l'institution la plus originale de la vie russe. On désigne par ce mot l'association de tous les chefs de famille d*un village, considérés comme propriétaires en commun des terres du village. On connaît mal les origines du mir. Des sociologues et des socialistes assurent qu'il a toujours fonctionné en Russie, et en tirent argument en faveur de la propriété collective. Au contraire, des historiens constatent qu'aucun document ne parle du mir avant le seizième siècle, et croient que le mir fut créé par ordre du tsar, à cette époque, pour faciliter la rentrée des impôts par la responsabilité collective de chaque village.

21. Quoi qu'il en soit, les paysans russes ont évidemment du goût pour l'association, car, en plus et en dehors du mir, ils ont pratiqué la coopération, sous le nom d'artèle^ longtemps avant la propagation des coopératives en Occident. L'àrtèle est une association temporaire de gens qui ont à faire un travail, une opération en commun, par exemple, la mise en coupe d'une forêt ou l'endiguement d'un cours d'eau. Les membres de l'association élisent périodiquement des chefs, partagent les bénéfices en parts égales, et font leurs achats en commun. Cette institution semble dégénérer parce que, dans bien des cas, un capitaliste se superpose aux associés, traite avec eux pour un travail déterminé, et leur donne des salaires fixes.

22. Le mir, au contraire, se développe. Avant 1861, du temps du servage, il n'avait qu'un rôle économique : il gérait les terres du village

que les paysans exploitaient directement. Â partir de 1861, il a eu en outre un rôle administratif : c'est-à-dire qu'il a exercé les pouvoirs de police locale que le seigneur exerçait auparavant, et, désormais, les agents chargés d'un service public pour le compte du village sont choisis non plus par le maître, mais par le m\T. Enfin les revendications formulées par les paysans en 1905 font prévoir que le mir aura, dans la Russie régénérée, un rôle politique, c'est-à-dire qu'il prendra part à la formation des assemblées chargées de gouverner. (Déjà, comme on le verra, le mir choisit certains membres des ^emstpos).

23. Toutes les mesures qui intéressent l'ensemble des habitants du village sont prises par le mir, ou assemblée des chefs de famille (selskù skhod). Elle fixe Tépoque de la moisson, du labour; elle décrète les moyens à employer contre les contribuables récalcitrants; elle donne l'autorisation de faire de nouvelles constructions sur le territoire; prépare et ratifie tous les contrats de la commune; nomme tous les agents communaux; approuve même les partages de famille; et surtout, comn>e on verra, distribue les terres.

24. Les assemblées se tiennent les dimanches ou jours fériés, en plein air. Les femmes devenues chefs de famille, par l'absence ou la mort du mari, ont droit d'y prendre part. L'ancien du village; qui fait fonction de maire, préside aux discussions. Quand les voix se divisent, il fait mettre en deux groupes les partisans des deux systèmes, et les groupes se comptent. Le plus nombreux l'emporte.

25. Jusqu'en igoS, tous les membres du mir étaient solidairement responsables de tous leurs impôts, c'est-à-dire que si l'un d'eux ne payait pas sa contribution, les autres se partageaient sa part. En igoS, le ministre des finances Witte a supprimé cette règle. Mais une coutume qu'elle avait engendrée a subsisté. La commune avait intérêt, au temps de la responsabilité collective, à ne pas posséder trop d'insolvables, et à garder, au contraire, les bons contribuables. En conséquence, le mir a le droit d'exclure des délibérations communales, pendant trois ans de suite, quiconque se conduit mal. Il peut même le chasser du territoire communal; Texilé, dans ce cas, ne peut aller qu'en Sibérie, et 5.000 paysans, en moyenne, franchissent TOural tous les ans, paicoque leur village n'a plus voulu d'eux. Enfin, le mir peut accorder des congés temporaires aux gens qui veulent gagner leur vie ailleurs, mais, d'ordinaire, on leur impose une redevance, en échange des charges Iqu'ils esquivent.

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