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XI. Misera des Juifs et de leurs femmes

44. Pour mesurer toute la misère des Juifs il faut se représenter que les procédés d'oppression résumés plus haut, oppression politique, administrative, militaire, religieuse, fiscale, scolaire, s'appliquent à une population comprimée de force dans un espace trop étroit, et dans un espace qu'on rétrécit sans cesse à mesure que cette population se multiplie. Or. el'e multiplie très vite, selon l'usage des populations misérables et démoralisées.

46. Cet encombrement, dans le même territoire trop étroit, de ces Juifs que la population chrétienne méprise déjà et auxquels elle ne veut que du mal, a pour premier résultat de les ruiner par la concurrence qu'ils se font entre eux comme ouvriers ou comme petits marchands.

46. Les salaires les plus hauts ne dépassent pas 7 fr. 50 à 9 fr. 50 par semaine. Les salaires les plus fréquents sont de 5 francs, 7 fr. 50 par semaine; les salaires inférieurs varient de 2 fr. 50 à 5 francs par semaine. Les jeunes filles gagnent tout au plus 15 a 18 francs par mois, et généralement 7310 francs, toujours par mois.

47. L'encombrement a des résultats déplorables pour l'hygiène. D'après les statistiques, 410 à 510 chrétiens occupent le même espace que 1 .229 Juifs ; c'est-à-dire qu'un Juif a deux ou trois fois moins d'espace qu'un chrétien. Un rapport officiel décrit ainsi la condition des Juifs à Berditchef : i

Les Jaifs sont serrés les uns contre les autres plutôt comme des harengs salés que comme des êtres humains ; des dizaines de mille d'entre eux n*ont aucun moyen d'existence fixe et vivent au jour le jour; plusieurs familles sont souvent entassées dans une ou deux chambres d'une hutte à moitié en~ruines, de sorte que la nuit, il ne reste absolument aucune place entre les dormeurs... Dans la journée, les locataires transforment c€^ chambres en boutiques ; ils y épurent la cire, fabriquent des chandelles, tannent le cuir, etc. ; des familles entières vivent, travaillent, dorment et mangent ensemble dans cette atmosphère iétide, avec leurs outils et leurs matériaux éparpillés de tous cètés autour d'eux.

48. Voici la description que faisait des Juifs de Vihia, en janvier i 04. lecorrespondant du journal antisémite Le Nouveau Temps :

La plus grande partie de la population juive appartient au prolétariat. Tous h s gros travaux sont exécutés par les Juifs : ils pavent les rues, ils portent les

ardeaux. Les camionneurs et les cochers sont aussi en partie des Jui£s. Les ramoleurs le sont tons. Il y a ensuite toute une série d^artisans juifs. Les fabricants le casquettes sont tellement nombreux qu'il y en a trois fois plus que de têtes à coiffer Chaque maison a un horloger ; et trois maisons ont un coiffeur qui est en niênie temps commissionnaire («Mescbouvèssé »). Le commerce a envahi tout Vilna, mais ce commerce est minime et insignifiant. Les maisons sont toutes couvertes d^enseignes : les maisons de commerce, les magasine et les boutiques sont les unes sur les autres, tantôt placées dans les parties en vue des maisons, tantôt cachées dans les coins obscurs, ou sous les porte cochères. Qui prétendait donc que les Juifs sVnrichissaient toujours? La masse devient pourtant de plus en plus pauvre 1

•49. La famine ravage constamment cette population, mais Ta plus spécialement éprouvée en 1899, 1900, 1902. En 1902, à Vilna, les boulangers avaient tant de pitié pour les Juifs qu'ils les laissaient dévaliser leurs boutiques et que la police ne disait rien. Le gouvernement ne put pas empêcher la formation d'un comité de secours. Mais il ne donna pas un rouble, il refusa même d'abandonner la moindre part de l'impôt de panier qu'il perçoit exclusivement sur les Juifs et soi-disant pour eux.

50. Quelques, chiffres donnent une idée de la proportion des indigents. Pendant Tannée 1893, qui ne fut pas mauvais^ pour les récoltes, 18,8 p. 100 d'e la population juive, dansla Russie occidentale, onteu recours aux aumônes de Pâques; la proportion a été de 16,9 p. 100 en Pologne, de 22,3 p. 100 dans le gouvernement de Vilna, de 22,9 p. 100 dans le gouvernement de Kordno. A Odessa, en 1897, sur 130.000 Juifs, plus de 60.000 ont demandé des secours ; à Mohilef le quart des Juifs les a demandés; ainsi la proportion des Juifs indigents ne descend pas au dessous du cinquième, et s'élève parfois iusqu'à la moitié.

51. Le correspondant du Nowoié Wremya^ l'antisémite Engelhardt, décrit ainsi la misère des Juifs à Vilna :

On voit partout des Juifs avec des vêtements déchirés et des figures de morts. Ils sont extrêmement maigres et évidemment affamés. Lés traits de leurs figures sont fins et parfois spiritualisés. Ce que l'on ne voit pas dans les villes avec une population purement russe, et qui frappe ici surtout, ce sont les figures avec l'expression d'une faim torturante, qui se lit distinctement dans leurs yeux brillants si caractéristiques. Ils font frémir le cœur de l'étranger.

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