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Xn. Les Pogr ornes.
58. Non content de ruiner les Juifs, le gouvernement russe les massacre. Chaque fois qu'un événement malheureux risque de soulever le peuple, chaque fois qu'un fonctionnaire a fait une grosse fauié, un massacre de Juifs, appelé pogrôme, sauve la situation.
59. J'ai dit q^ue les pogromes ont commencé en 1871, parce qu'un Allemand, gouverneur d'Odessa, reprochait aux Juifs de trop s'intéresser aux Français. On les tua pendant trois jours. Mais le pogrome ne devint un procédé de gouvernement qu'en 1881, avant les lois de mai pour les préparer, et après les lois sous prétexte de les faire appliquer. Une série <ie pogromes eut lieu en 1890, 91, 92, 93, parce que les Juifs protestaient contre la prétention de leur faire évacuer toutes les grandes villes de l'empire. Nouveaux pogromes ruraux en 1897. Pogrome. en Pologne en ■décembre 1903.^ Pogromes de Kichinef et Homel en 1903. Pogromes de Jitomir, Novogorod, Nicolaïev, Odessa, en 1905.
60. Le récit de ces pogromes n'apprendrait rien à personne. Tout le monde a lu le récit de Kichineff. Mais il convient de rappeler les principaux traits de tous ces massacres, dont Kichineff ne diffère que par une plus grande publicité.
61. D'abord, à propos d'un crime quelconque, la police fait courir le bruit d'un meurtre rituel : enfant assassiné par des Juifs qui veulent boire son sang. Aussitôt un journal orthodoxe se met à exciter les Russes contre le peuple déicide.
62. Quelques semaines avant une fête religieuse, généralement avant Pâques, formation d'une association sous prétexte de se déf.endre contre les Juifs. L'assocfation s'organise sous la protection de la police, tient des réunions dans des cafés où les consommations se trouvent toujours payées par un compagnon généreux; on se procure des armes, autant que possible des bâtons et le moins i>ossibIe d'armes à feu.
63. Ensuite, distribution clandestine d'une proclamation antijuive, rédigée soi- lisant par des hommes du peuple. Exemple la proclamation suivante, qui a précédé Kichineff :
Frères Chrétiens,
l^otre grande fête de la Résurrection de Christ approche. Il y a un très grand -nombre d'années que, mis à mort par les Juifs, notre Seigneur expia par son ■sang nos péchés à nous et ceux du monde entier, versa, de par sa miséricorde, son sang sacré pour le salut de tous les pe pies qui existent sur la terre — de ■nous autres chrétiens aussi bien que de tous les hommes des autres religions.
Mais les vils Juifs n'ont pas assez d'avoir versé le sang de notre Sauveur qu'ils ont crucifié et qui a souffert pour eux. Ils en verseat tous les ans de ce sang innocent de chrétiens. Ils le tirent et l'emploient pour leurs rites.
On TOUS a raconté sans doute qu'à Doubossari ils ont crucifié un garçon .chrétien dont ils ont employé le sang. Eh bien, la chose est parfaitejnent exacte.
Les autorités le savent elles aussi, bien qu'elles n'en soufflent pas mot pour ne point exciter notre colère contre ces hommes misérables et avides de sang, que depuis longtemps déjà on aurait dâ expulser de notre pays. C'est à contrecœur que les autorités font écrire qu'il n'en est rien.
Un cas analogue vient encore de se produire ces derniers jours à Kiev, où notamment ils ont tiré le sang d'un enfant innocent qu'ils ont ensuite jeté dans la rue.
A l'heure qu'il est, pendant que nous nous préparons à la Passion de notre Seigneur, ils boivent, eux, notre sang chrétien. Frères, nous sommes saisis d'effroi quand nous pensons au nombre d'âmes innocentes de chrétiens dont ils ont dû causer la perte durant de longues années.
Voilà donc comment ce peuple abject se moque de nous autres Russes... Et combien de maux ils occasionnent ànotre Russie bien-aimée... Ils aspirent à s'en emparer... Ils adressent au peuple différentes proclamations afin de l'exciter contre les autorités et même contre notre Tsar-Bathiouchka lequel n'ignore pas que c'est là un peuple lâche, vil, rapace, et ne lui accorde point la liberté.
Ils tâchent donc de provoquer des troubles à la faveur desquels ils espèrent obtenir plus de liberté pour eux. Or, pour peu qu'on accorde la liberté au Juif, il deviendra le maître dans notre sainte Russie, accaparera tout dans ses mains avides, et ce sera alors non plus une Russie, mais nue Juiverie.
Frères, au nom de notre Sauveur qui a donné son sang pour nous, au nom de notre très pieux Tsar-Batiouchka qui veille aux besoins de son peuple dont il soulage le sort par des manifestes généreux, réunissons-nous le jour de Pâques an cri : A bas les Juifs ! Massacrons ces monstres sanguinaires qui s'abreuvent du sang russe.
Faites en sorte qu'ils se rappellent le pogrome d'Odessa, lorsque, les troupes elles-mêmes aidèrent au peuple. Cette fois encore elles lui aideront, inspirées qu'elles, sont chez nous de l'amour du Christ.
Frères, prêtez-nous main-forte. Massacrez ces vils Juifs. Nous sommes déjà nombreux.
Parti des ouvriers qui sont de vrais chrétiens.
Faites lire ceci à vos visiteurs, sinon votre établissement sera saccagé. Nous serons renseignés là-dessus par ceux des nôtres qui vous fréquentent.
64. Le jour fixé, mesures de police telles que la foule, comme par hasard, se trouve concentrée sur un seul point. Dans cette foule, au moindre incident, des gens se mettent tout à coup à crier : « A bas les Juifs! tuez les Juifs! » Les Juifs vont se cacher chez eux. Mais il apparaît alors que les maisons des chrétiens ont un signe distinctif, généralement des icônes, ou au contraire qu'on a marqué les portes des maisons juives. Massacre des Juifs ; éventrement des femmes, spécialement des femmes enceintes; viol des filles et des garçons; pillage; incendie. Les soldats demeurent introuvables. La police se précipite dans les quartiers où rien ne se passe, et, sous prétexte de disperser la foule, la conduit vers les rues juives, où elle se met à massacrer aussi. Le téléphone des Juifs ne fonctionne pas. On refuse leurs télégrammes. Quand un chrétien courageux reproche à la police de ne pas intervenir, les ag<*nts disent aux
niassacreurs d*aHer plus loin, c'est-à-dire d'aller tuer à côté. Les riches bourgeois se rendent en voiture dans le quartier juif pour assister au massacre.
65. Quand le massacre a pris fin, le gouvernement envoie aux autoritës locales, par télégramme, la « permession » de prendredes mesures d'ordre extraordinaires.
66. Ensuite, on fait une enquête, qui permet de démontrer que le malheur est arrivé par la faute des Juifs. Ainsi après le massacre de Homel, l'enquêteur, général Klingenberg, réunit la communauté juive, lui explique que les Juifs, surtout les jeunes, deviennent tous des révolutionnaires, et ajoute :
Voilà où sont les causes et vous devez vous en prendre à vous-même de tout ce qui s'est passé. Le gouvernement est impartial, et moi aussi.'.. Et, restant impartial, je dois vons déclarer ceci : c'est votre faute à vous et c'est dans ce sens que je ferai mon rapport à l'empereur. Vous n*élevez pas vos enfants comme il convient ; vous n'avez pas d'empire sur eux. Mais vous pourriez révéler leurs menées en les dénonçant au gouvernement. Vous ne le faites pas, vous les cachez, et voilà les fruits de votre conduite.
67. Après quoi, il ne reste plus qu'à faire savoir aux Juifs qu'on recommencera. Témoin cette conversation d'un Juif avec le gouverneur de Kichinef, rapportée par le journal Possliédnïa Isvestïa^àu 5 janvier 1904 :
— « Vous savez — dit le gouverneur — les fêtes de Noël s'approchent ; étant donnée la surexcitation de la population, le temps me pafait orageux. Croyezvous que si quelque chose arrive les Juifs se défendront? > — « Je crois qu'ils se défendront >, lui répondis-je. — « Les armes à la main ? > — « Oui, je crois armes à la main.» — «C'est mauvais, — dit le gouverneur — s'il y a un seul cadavre chrétien je ne réponds pas des conséquences. >. El le chef de la sûreté, M. Savarsine,dit que si quelque chose arrive, il faut s'attendre à une Saint-Barthélémy.. La ville est agitée. Les Juifs riches quittent la ville. Et le gouvernement ne trouve rien de mieux que d'accorder des récompenses à la gendarmerie locale qui a joué un rôle si important dans l'organisation du massacre et de révoquer M. Gouriev, le gérant (chrétien) des biens ecclésiastiques, parce que cet honnête homme a donné au tribunal des explications démasquant les véritables coupables du massacre des Juifs. >