‹ Les rhapsodies passionnéesChapitre 2 sur 5 · LA MORT DE PERENNIS · texte numérisé non relu

LA MORT DE PERENNIS

C'est ainsi qu'il mourut, Madame.

En son cercueil, je l'ai couché moi-même, Puis, après un dernier baiser sur son front blême. Son pauvre front empreint de pensive bonté, J'ai posé sur son cœur, selon la volonté Qu'il avait exprimée à son heure dernière, Un petit médaillon qu'il n'avait point quitté : Votre portrait, Madame! — Et pour l'éternité, Son cœur et ce portrait confondront leur poussière!

Depuis, lorsque parfois j'y songe, je me dis Que s'il existe un Dieu, s'il est un paradis. S'il est, après la mort, une grande Justice Récompensant l'effort, réparant le supplice, Si Dieu l'a pris au ciel, mon pauvre Pércnnis, Tant qu' « elle » et lui n'auront point été réunis, Dieu met, — bonté féroce, indulgence cruelle! — Des damnés dans son ciel : car sans Elle, loin d'Elle, Plus doux est le bonheur auquel est condamné Pérennis, plus il souffre et plus il est damné!

Mais je dois dire, fils de la sceptique Grèce,

Je crois sincèrement qu'il a tout oublié

Du Calvaire sanglant qu'il a gravi, plié

Sous son espoir trompeur d'éternelle tendresse!

Page 1