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je me doutais ?... Mais tu pleures, toi aussi, François ?
—Mais non, Madeleine, je ne pleure pas... tu sais bien, Madeleine... ce sont.
hum... ce sont...mes yeux... qui...
—Tu ne me hais point, toi, François, et papa non plus ?
— Madeleine : que dis-tu ?
—C'est que je m'explique maintenant le regard triste et froid de mon père.
Mou Dieu, c’est horrible aussi: aimer celui qui pouvait le tuer... aimer son ennemi...
—S$Son ennemi ?.… Mais tu rêves, Madeleine.
—Ah! je ne rêve pas, mon p.uvre François... car il: vont se battre... les soldats anglais contre les patriotes…
— Hein ! comment ?
—Pitre me l’a dit. Tout est prêt au
nt
re
es
Fort. Les balles sont distribuées, les fu !s luisats.. Ce sera demain ou aprèsdemain... Comprendstu ça, François ?
Peux-tu bien t'imaginer mon supplice ?
Mon père d’un côté... Percival de l’autre ; d'un côté ce que j'adore, de l’autre ce que jaime... car c’est un patriote, mon père, hein ?
Le front de François se plissa sous le coup d'une perplexité subite. Il aurait voulu répondre orgueilleusement à Madeleine : Mais, cristi ! je pense bien, que c’est un patriote, le docteur Ribaud. Au lieu de cette phrase qui lui serait spontanément montée aux lèvres, il répondit tout bas, péniblement, comme s’il eut inventé une horrible calomnie :
— Mais non, Madeleine.
— Vrai. reprit-elle vivement, il n’est
pas patriote ?
PASS SORTENT SEE COR EU à
— D'abord, qu'entends-tu par patriote, Madeleine ? Si tu veux dire celui qui aime sa patrie; si tu veux dire celui qui se couche en travers du seuil de sa porte pour protéger et sa famille et son foyer; situ veux dire celui qui ne permet jamais que sa race soit bousculée sous le talon des autres races ; si tu veux dire celui qui se donne, lui et les siens, pour défendre l'honneur de son pays; si tu veux dire celui qui venge les insultes quelles qu'elles soient, faites à son drapeau... alors.
Et, grisé de tout l'enthousiasme qui l’'emflammait, son bras noueux tendu dans un geste superbe, son regard de feu dans les yeux de Madeleine, François, qui brusquement s'était relevé fier, s'agenouilla de nouveau doucement à ses côtés.
— Veux-tu dire que mon père n’est pas
tout ça, François ?
de
— Oui, il est tout ça... moi aussi je suis tout ça.
— Eh ! bien ?..
—Ce ne sont point ces patriotes-là que tu veux dire, toi, Madeleine, n'est-ce pas ?
—Non.….. oui... Mais est-ce que les autres patriotes... les patriotes de Papineau.… les patriotes qui vont se battre, les patriotes qui vont 8e faire tuer ‘‘pas d'chiens sur leurs fusils, ” comme dit Pitre, n'aiment pas aussi leur pays, ne veulent pas défendre leur race et leur drapeau ?
— Ah ! sapristi, oui, Madeleine... Ils le sont, mille tonnerres !.. C'est-à-dire qu'ils veulent... ils pensent que... c’est ceux-là qui vont se battre contre les Anglais. et François, tout interdit et perdu dans ses explications, se plongea le nez dans son grand mouchoir à carreaux.
TE tr ea NV RE
Madeleine resta pensive. Tout-à-coup :
—Alors, c'est moi qui ne suis point patriote en aimant celui qui veut combattre ma race et ma nationalité ?
—Tu ne réponds pas, mon François.
Ah ! c'est vrai... Je comprends tout maintenant... Je trahis mon nom, ma race, ma famille, Mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous mis cet amour danr le cœur ?
Tous deux restèrent immobiles, sans ajouter un mot. Une idée s’empara de Madeleine.
Elle saisit tout à coup les vieilles mains calleuses de François dans les siennes et, lentement, comme pour le convaincre :
—Non, François, ce n’est pas un bourreau, Percival, et je ne veux point qu'il se batte contre les miens... J'irai le trou-
ver au Fort, plutôt; je le lui demanderai,
oh ! d’une manière si suppliante, qu'il ne me refusera point,
—Madeleine, ne fais pas ça... je te le défends au nom de ta race qui est aussi la mienne, je te le défends. Mes cheveux blancs me donnent le droit de te parler ainsi.
—Oui, je le ferai pourtant... je m'age-
nouilleraï, je me roulerai à ses pieds.
—Madeleine, interrompit la voix indignée de François, songe que tu t’appelles Ribaud, et les Ribaud ne s'agenouillent jamais que devant Dieu... Je te le défends au nom de ton père... comprendstu ?.. au nom de ton père. C’est l’hon-
neur, aussi, qui te le défend...
—L'honneur ?.. Mais je ne veux pas qu’il y ait de sang, je ne veux pas qu'il y
ait de haine entre Percival et moi, entre
aiothséane san ain resonance
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sa race et la mienne... Veux-tu que j'aime ton ennemi ?
—Eh bien ! s’il faut que tu l’aimes, au moins, Madeleine, aime-le brave, aime-le loyal. N’abuse pas de ton amour pour lui faire commettre une lâcheté ou une trahison.. Crois-moi, ce serait un malheur qui écraserait bientôt vos consciences ; la sienne parce qu’il aurait manqué à son devoir de soldat, la tienne en comprenant la honte qu'il y a de donner son nom à un traître.
—Ah ! comme je t'aime, toi aussi, mon
François.