POUR LA LIBERTÉ
—Tous les patriotes sont avertis. C’està-dire les chefs : Marchand, Drolet, Lacoste, Durocher, Authier, Allard et les autres.
—Ce soir même.. vous les avez vus ?
—Je ne les ai pas tous vus, mais en
passant à la course de mon cheval je leur
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remettais trois mots sur une carte :
‘ Tenez vous prêts” Je n'avais pas le temps d'en dire plus long, vous comprenez.
— Et vous retournez ?
—Cette nuit... À moins que vous n’ayiez des nouvelles ahsolument certaines sur l'heure de la mise en route des habits rouges.
—Il y aura une forte besogne à faire.
—Je le sais.
—Combien y a-t:il de ponts ?
— Neuf; je les ai comptés Si j'apprends que les ennemis doivent se déplacer demain, je les fais tous démolir cette nuit. Cinq heures, ça suffit. Ça les retardera toujours un peu dans leur marche et nous aurons le temps de préparer nos retranchements, si ça n'était pas
encore fait. Avec un peu de courage, ce
me
serait bien le diable si nous ne lui cassions pas le nez, comme à Saint-Denis, à Wetherall et sa bande.
Cinq hommes, assis autour d’une table dans la petite salle de la ‘* Huronne ” que nous avons déjà dépeinte, échangeaient cette conversation, le vingt-quatre novembre au soir.
L'un, grand et nerveux, encore essoufflé et mal remis d’une course pénible dont il gardait encore de la boue aux jambes, partout, tenait un papier entre ses doigts.
C'était Siméon Marchessault.
Il arrivait de Saint-Denis, après avoir passé par Saint-Charles, Saint-Hilaire et la Pointe Olivier. Intelligent, actif, rusé, d'une énergie de fer, d’une musculature d'acier trempé, d’une vivacité de mercure, cet homme n’était pas fait de chair, il était pétri de métal et blindé pardessus.
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A sa gauche, et buvant ses paroles se tenait un jeune homme encore. Son regard ardent et décidé dénotait une nature de feu toute d’élan et d'enthousiasme, faite pour les coups d'éclat et les tentatives au-
b | dacieuses. Il n'était pas très grand, il n'était pas très gros ; son apparence était plutôt frêle,
Rencontré dans la rue, vous auriez dit :
quel joli et charmant garçon. Vu le soir, l'œil enflammé, le poing crispé, avec des
| secousses nerveuses qui tantôt le soule- | vaient, tantôt le rabattaient sur sa chaise, | | au milieu de ce groupe de conspirateurs E | | quipréparaientdesplans d’embuscade et de
guerre, vous auriez baissé les yeux devant
[ Lot | L qe les siens en pensant : c’est un bandit ou | Î | f | | un démon.
l | k : Fe L | Toutes les passions qui s’agitaient dans |
| È | | son cœur se traduisaient immédiatement ;
ns
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cr
dans sa figure à ses moments de colère et lui retroussaient un coin de lèvres féroce et provoquant. Au repos, Apollon ; en action, Mars.
Ce jeune homme, c'était Bonaventure Viger.
A droite de Marchessuult, une jambe croisée. prenant tout froidement et ne se montant la tête que quand je mot ‘ Anglais ” se prononçait, était assis Jacques Lambert.
Celui-ci était homme de réflexion avant d'étre homme d'action. Absolument le contraire de Viger.
Quand les patriotes voulaient découvrir le pourquoi des moindres manœuvres des officiers du Fort ou des Casernes, ils consultaient Lambert et son jugement solide, son esprit débrouillard leur en révélait
presque toujours avec justesse la significa-
tion exacte. Cet homme là ne lançait jamais lui-même de plans, il se contentait de discuter ceux des autres ; quand il les combattait, ça équivalait à un veto et le plan tombait.
Esprit de défensive plutôt que d’offensive. À Saint-Charles il avait dit : ‘ Ce n’est pas des retranchements ça, c’est une souricière... D'un côté les balles, les boulets, de l’autre la rivière... La fuite aussi est parfois bonne pourtant. Qu'’importe, battons-nous, on peut toujours se faire tuer... Mais ça ne prend que des maudiis imbéciles pour ne pas avoir fait les remparts, là, du côté du bois.” On aurait dû l'écouter, c'était une tête.
Quant aux trois autres assistants, éclairés de dos par un quinquet fumeux, on ne pouvait les reconnaître exactement.
Quand ils se tournaient et recevaient un
peu de lumière on eut dit que c'était de Labruère, Franchère, Allard. Ça pouvait être aussi Boileau, Jodoin, peut-être même Goddu, on ne pouvait savoir.
—Et vous dites, Marchessault, que cette correspondance, que vous tenez à la main, à été saisie sur le capitaine Weir ?
—Certainement, que c'est moi-même qui l’ai prise. Je l’ai montrée à Desrivières.
‘ Ça regarde le colonel Wetherall, m'at-il dit. Tu vas courir ventre à terre à Chambly avertir les patriotes le long du Richelieu ; il faut à tout prix qu'ils empêchent la jonction de la colonne de Sorel à celle de Chambly. As-tu un bon cheval ?
—Quelle heure est-il ?
—Quatre heure.
—Dans trois, c'est-à-dire à sept, j'aurai vu Viger, Lambert, Allard, Tétreau, le