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patriotes et les soldats ?... Montons, nous entendrons et nous verrons mieux du baut de l'élévation.
—Est-ce que le régiment des habits rouges pouvait passer par un autre chemin pour se rerüre à Saint-Charles ?
reprit François.
— Non; à moins d’allonger considérablement leur trajet.
—Eh bien! il n’a pas passé ici. Voyez, aucune piste, aucune trace de roues, aucun piétinement quelconque sur la terre gelée.
Et les deux hommes, anxieux et troublés, écoutèrent de nouveau.
Cette fois, le son arriva très distinctement et ils entendirent, au bout d’un moment, un craquement sourd et prolongé. Ils se regardèrent, C’est qu'ils
avaient compris.
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Ce qui donnait ainsi l'illusion de coups de fusil, c'étaient les vigoureux et nombreux coups de hache des patriotes qui préparaient leurs retranchements et dont le son se répercutait très loin dans la sonorité inoubliable de cette après-midi si sereine. Ces craquements sourds qu'ils entendaient, c’étaient les arbres de M.
Débartz qui s’abattaient et s’entassaient les uns contre les autres, en manière de rempart.
Ceci reconnu, le docteur Ribaud examina leur propre position.
C'était vrai qu'il était superbe, ce poste, surplombant presque le chemin du roi, et d'où l’on pouvait tout voir sans être vu. À l’abri, derrière une rangée d’érables, mas.
sifs à défier les boulets, il s’y choisit un endroit qui leur permit de commander, du
canon de leurs fusils, toute la montée de
la route, et d’où ils pourraient, au moment
voulu, se dérober secrètement pour re-
| joindre leur canot.
LE UN Puis, ayant promené lentement son
regard profond sur la plaine immense qui
| | }. se déroulait à ses pieds, il s’assit, le dos à | Il un arbre.
IH Il attendait.
| | | Ib Quand on songe à ces besoins répétés | fl ji de lutte, de provocation, de révolte qui | j. | se sont emparés, à différents intervalles, | | | | des populations sauvages, françaises, an- | | | glaises, américaines, tour à tour mai- | | ! tresses de la région où se jouent les scènes
104 de notre roman, on se demande s’il ne | souffie point là un vent tout spécial de liberté.
Ce Richelieu, dont le docteur Ribaud
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fu regarde, pensif, rouler les flots, cette
montagne qui se dresse devant lui, élevée
en autel au-dessus de la plaine, ces ravins profonds, ces forêts immenses et superbes, n’ont-ils pas été les conseillers, — souvent les complices, — des actions éclatantes, des traits d’audace, de ces soifs de patriotisme et de dévouement que l'histoire a notées, depuis trois siècles, chez les habitants de cette région ?
Tout d’abord, dans la sauvagerie lointaine, ce sont les Hurons, les Alzonquins, les Agniers, les [roquois qui subissent ce besoin de gloire et de supériorité. Ils s'écorchent, ils se scalpent, ils se torturent, suivant les hasards malheureux de la défaite.
Cette rivière, ils l’ont battue de leurs pagaies, sillonnée en tous sens de leurs pirogues. Le jour, la nuit, sous le soleil, sous la lune, dans le calme morne des
bois qui bordent les rives, ils ont élevé
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Ï 240 Les Ribaud
leurs wigwams, vociféré leurs cris de guerre plus affreux que les hurlements des bêtes fauves.
C’est à en ressentir le frisson en se rap-
l pelant ces souvenirs horribles et farou- [EE ches.
| LH Plus tard, ce sont d’autres scènes. Cette ie fois, c’est la lutte de la civilisation contre
la barbarie. Blancs contre sauvages. La
lumière contre les ténèbres. C'est à cette époque, sous M. de Tracy, qu’on construisit les forts de Sorel, de Chambly, de Saint-Jean, sentinelles inébranlables, tou-
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jours en éveil, toujours prêtes, qui oppo-
saient leurs lourds bastions aux flèches
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maintenant inoffensives des sauvages.
| Mais le tableau change. C’est bientôt
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