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Tout me semble factice, artificiel autour de moi ; je crois marcher, je crois courir, et je suis assise calme et tranquille ; d'autres fois je me sens oppressée, malade, asphyxiée, avec des véritables spasmes qui m'étranglent ; je fais un effort suprême pour y échapper et je reste toute surprise en me voyant seule dans mon boudoir sans la moindre gêne respiratoire.
Je mène une existence de rêve, où tout se noie dans une brume qui m’encercle et 1€ fait perdre toute notion de la réalité.
Ce n’est que dans un violent effort de volonté, où je me tiens l’esqrit tendu, concentré sur un seul point, que je puis momentanément chasser ces chimères, ces désolantes angoisses et faire un retour sur ma vie,
Ah ! ma vie... Ah ! ma pauvre vie.
Si Je pouvais, d’un trait, en rayer les
jours sombres et terribles qui viennent de
* passer et dont la trace, je le sens, ne dispa- + raîtra jamais. Si je pouvais détourner de ces autres jours encore plus sombres, qui encore plus terribles qui se préparent, HS que je vois venir, que je compte d'avance, Fe toujours de plus en plus tristes, de plus ie en plus sans soleil.
Fiancés, nous le sommes, je sens encore, tout sur mes paupières, la flamme brûlante du ét baiser de Percival—mais que signifie Llité. pour moi, pour nous, ce mot si joyeux : dé L fiancés. C'est-à-dire, le nœud qui in enchaîne nos cœurs, sans Îles unir puis cependant; la coupe sans les lèvres ; le eee rêve, sans la réalité ; le flacon sans Fo l'ivresse ; un amour fantôme. Car une
union entre nous n’est pas possible, Non, vraiment, quand j'énumère les obstacles : les qui se dressent sur notre chemin, je n’en-
trevois pas les moyens de les vaincre. Il y aura toujours une voix, un souvenir, une plainte, quelque chose d’inexcrable enfin, qu'il ne sera jamais possible, il me semble, de faire taire,
Mais qu'importe, si ce qui m'arrive est plus fort que ma volonté, ma conscience est restée droite ; et je ne veux à l'avenir faillir à aucun des devoirs qu’on m'imposera pourvu qu'on me laisse mon amour, seulement mon amour.
Y a-t-il toujours ainsi des compensations ? Après le bonheur, le malheur ; après la joie, la douleur; après les sourires, les larmes. Et si la compensation est complète, qu’elles seront donc lugubres, les heures qui correspondront à celles si heureuses, si suaves, si complètement sereines que j'ai, jusqu'à ces derniers jours,
vécues,
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J'avais pourtant fait de beaux rêves.
Quand, à force de me raidir contre tout ce qui m'environne, de me débattre contre le cauchemar qui m'obsède, il me vient quelques idées nettes, je ne fais que tomber dans d’autres angoisses,
Tout est calme, d’un calme effrayant, gl
aujourd’hui, autour de moi. Je n'entends pas même voler une mouche, et, cependant, à travers les murs, de très loin, je m'imaoine à chaque minute surprendre des {| coups de fusil, des coups de canon, qui me font sursauter.
Non, ce n’est pas absolument affaire d'imagination, On se bat aujourd’hui quelque part. C'est vrai que les coups de feu résonnent, que les baïles sifflent, que le sang coule.
Comment suis-je donc faite pour que
cette chose monstrueuse : la guerre, n’é-
touffe pas entièrement les sentiments de folle passion de mon cœur? Ou plutôt, comment l'amour est-il constitué qu'il résiste à tout autre sentiment ? Car, dans tout le désordre de mes idées, une chose reste encore nette, mon amour,
Et quand j'entends éclater à mon oreille ces imaginaires coups de fusil, mon cœur bat plus vite et plus fort à chaque détonation ; j'en subis comme un choc qui me secoue, comme si j'étais atteinte par les balles moi-même.
‘ Franc, loyal, brave, généreux, si je puis être tout ça, m'a-t-il dit, je vous obéirai.”
Et, comme j'insistais, il a ajouté: Je trouverai le moyen.
J'ai peur, maintenant, de ce moyen. Il me semble qu'en disant ça, il me faisait
le s:rifice de sa vie. Mon Dieu, en lui
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demandant de ne point se battre, de ne point se défendre, après tout, est-ce que ce n'était pas, vraiment, lui demander de se faire tuer ?
De cette manière, il restait à ses yeux :
franc, loyal, brave, généreux... D'ailleurs, l’abîme qui est entre nous nous sépare t-il moins que la mort ? N’y ai-je pas songé moi-même à mourir ?
N'est-ce pas à celui qui échappera aux jours sombres qui se préparent que la Providence accordera la meilleure grâce ?
Mais non, il vivra ; je lui ai donné mon cœur et ma vie, il les a acceptés, il n'a pas le droit de me les remettre si tôt, Ah! qu'il m'en a coûté, ce matin, de résister à la curiosité de voir défiler les troupes, de le regarder, zur... Peut-être c'eut été la dernière fois. la dernière fois.
Non, je ne veux plus penser à ça...
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26 novembre, 37.
Un rayon de soleil vient de traverser mon âme.
Qu'il nous faut donc peu de choses, à nous femmes, pour remonter notre courage. Faites pour la souffrance, nous nous rattachons avec tant d'abandon à la moindre consolation, que le plus léger motif de joie nous fait oublier nos larmes et nos tristesses et nous relèvent aussitôt.
Rien que d’avoir vu mon père reprendre son ancien sourire, son même air joyeux et dégagé, il me semble qu’un coin du ciel vient de s’ouvrir pour moi.
Toute la maisonnée s'en est d’ailleurs
ressentie de cetts Monne gaieté, C'est
comme si tort le monde, mis au courant
des idées noires qui me poursuivent
depuis quelques jours, voulait répandre