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ciant ni de la boue du chemin, ni des rangs pressés de la foule qu’elle bouscule ; elle s’approche, elle veut être tout près, pour Qu'il la voit, pour qu'il la reconnaïsse. Elle veut elle aussi l'envelopper d’un long regard de remerciement, — il a été si généreux, son Percival, il l’a si bien écoutée, — elle veut lui prouver qu’elle l’aime toujours, toujours.
—ÂÀh !.. les officiers, se dit-elle, en se dressant tout émue sur la pointe des pieds. le capitaine... Percival!... oh ! le voilà. et elle se prépare.
Mais livide, sans un souffle, secouée d’un spasme affreux, Madeleine était tombée foudroyée.
Ce n'était pas lui.
—Madeleine ! fit aussitôt une voix étranglée à côté d'elle... Madeleine !.… Et celui qui venait de l’appeler ainsi la soulevait dans ses bras, cherchait, par des caresses et des paroles douces, à la tirer de son inconscience.
—Madeleine ! reprit-il, parle-moi.
Et comme elle ne donnait aucune réponse, aucun signe de vie même, il enleva sa longue redingote râpée et l’étendit sur elle.
Puis tout bas :
—Tu ne veux donc pas répondre à ton vieux François, Madeleine ?.… Il t'aime bien, va...
Celle-ci parut faire un effort pour articuler un mot, mais elle ne le put. Alors François se pencha sur elle, l'entoura de ses bras, et, la soutenant comme un en-
fant, il l'apporta, toujours enveloppée
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de sa redingote, jusqu’à la maison de son père.
En apercevant sa fille méconnaissable, comme morte, entre les mains de Fran.
çois, le docteur Ribaud n'eut qu’un eri de stupeur et d'émotion douloureuse :
— Qu'est-ce qu'il y a, François ?... Que s'est-il passé ?..
Celui-ci n’osa point répondre.
Mais dis donc, grand Dieu !.. reprit-il tout effaré, qu'est-il arrivé à Madeleine ?
—Elle assistait au retour des soldats, vous savez... et il acheva sa phrase dans un geste de pitié.
Le docteur fit à son tour un mouvement d'épaule qui traduisait toute son angoisse et les deux hommes oppressés, consternés, se regardèrent longuement, sans rien se dire,
Il venait de se faire entre eux une com-
son munication mystérieuse plus clairement exprimée par leurs yeux que par n'imble, | porte quel dialogue.
ran- François avait doucement déposé Madei de leine sur un large divan ; il avait enjevé | la redingote dont il l'avait couverte, et Que ’ maintenant, discrètement, avec une expression de figure qui voulait dire :
‘ Puisque nous avons tué l’autre, il faut rit-il au moins sauver celle-ci,” il se retira dans ine ? un coin de la chambre.
dats, Le docteur parut comprendre cette dans muette conversation. Oh ! oui sauvons-la, se murmura-t-il. Et subitement revenu puve- du choc terrible—si gros de conséquences b son entrevues, si chargé de dangers menaessés, çants pour Madeleine—qui le terrifiait en ent, sa qualité de père, il sentit se réveiller
tout son dévouement et tout son zèle de
médecin.
Il s'approcha de Madeleine, iui prit le pouls, l’écouta respirer... Ah ! que son pouls et sa respiration étaient rapides.
Il courut précipitamment chercher un flacon d’éther, une cuiller, prépara une potion qu'il essaya de faire pénétrer entre les dents scrrées de son enfant ; ce fut inutilement ; elle en absorba à peine quelques gouttes. Le docteur Ribaud eut un froncement de sourcil qui indiquait sa mortelle inquiétude.
C'était sa Madeleine adorée qui était là devant lui, les cheveux épars, l'œil atone, la figure convulsée, sans un mot, sans un signe qui répondit aux caresses dont il l’'enveloppait.
—Aide-moi, François, dit-il, un sanglot prêt à éclater dans la voix. Soutiens ses épaules, nous allons la transporter dans
sa chambre.
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Et ils l’enlevèrent tous deux, à travers le corridor, le long escalier, les portes violemment ouvertes du pied, jusque sur son lit.
Auprès d'elle, le docteur Ribaud s'était écrasé äans un fauteuil, de nouveau abattu sous le malheur subit qui le frappait. Il avait mal prévu, mal calculé la violence du coup qu'il avait lui-même préparé et un fiot de sentiments contradictoires le jeta dans un chaos où, pêle-mêle, luttaient cependant encore et son amour de père et sa tendresse et son orgueil et sa fierté,
D'un mouvement de tête il mit fin à ces pensées ; il avait autre chose à faire que de songer ; il lui fallait réveiller Madeleine, la rappeler à la vie, lui redonner son sourire et sa lucidité d’esprit,
Il se pencha sur elle, toucha ses tempes
284 Les Ribaud déjà enfiévrées, palpa son front brûlant et tout bas à son oreille, tendrement, comme pour lui annoncer quelque chose d’heureux : Hé! Madeleine, écoute-moi.. ouvre les yeux, Madeleine... parle-moi ?..
Oh ! elle était loin de pouvoir parler, la pauvre ; mais sa figure, ses traits détendus maintenant, ses lèvres pôles, mirices, collées aux dents, cette fissure nacrée des paupières, en répondirent long à l'œil exercé de son père. Non, pas cette réponse-là. IÎl ne veut pas la lire mais l'entendre la réponse de Madeleine, et il se reprend à l’interroger, à la secouer légèrement ; il lui fait respirer des solutions à odeur acre, lui met des compresses glacées sur la tête, puis il lui parle encore :
—C'est ton père, Madeleine !... tu m'entends bien, n'est-ce pas ?...ton père...
Les
Ribaud
tet Celle-ci eut un long soupir saccadé, me quelque chose du râle et du hoquet, et eu elle se retourna sur son lit. Le docteur LyTre ne voulut point laisser éteindre l'éclair qui avait probablement traversé le cerrler, veau de son enfant ; il répéta :
raits —Madeleine !.. : ‘eleine 1...
les, Cette fois, elle ouvrit deux yeux, deux sure grands yeux qui se fixèrent un instant long sans expression dans le vide... et sa paupas pière glissa de nouveau sur ce regard À lire sans vie, eine, Alors en levant la tête, le pauvre docteur Louer aperçut, à travers le scintillement de deux solu- # larmes qui lui tremblaient aux cils, Franesses çois, plus pâle que sa barbe de neige, figé parle dans un abattement qui reprochait et demandait grâce à la fois.
. tu —Attends, dit-il sans regarder, je vais
te dépêcher la femme de chambre... Je
cours préparer une médication, moi, et il s'éloigna.
Pourquoi était-il, en réalité, si soudainement sorti de la chambre de sa fille, le docteur Ribaud? C’est qu'il avait eu peur.
Peur du regard cave et si triste de son enfant, peur aussi du regard complice de François constamment fixé sur lui. Il étouffait et il s'était sauvé. Maintenant assis dans son cabinet, il essuyait les perles de sueur qui l'inondaient, respirait plus à l'aise, comme allégé, en attendant que son instinct de père le ramenât auprès du lit de Madeleine. Ça ne tarda pas beaucoup. Un pas rapide qu'il entendit au dessus de sa tête réveilla ses inquiétudes. Il écouta, L’angoisse comme la peur grossit tout et les légers craquements imprimés au plafond réveillèrent dans son esprit
toutes ses alarmes.
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Et, l'oreille tendue, à pas sourds, il remonta auprès de Madeleine. Hélas ! si rien ne s'était aggravé chez elle pendant les quelques minutes qu'il s'était absenté, rien aussi ne s'était amélioré. Elle conservait sa même respiration rapide et siflante, sa même expression consternée de figure, sa même inconscience,.
Le docteur Ribaud tenta de nouveau de la tirer de sa torpeur. Il répéta ses appels, reprit des accents suppliants, renouvela ses caressantes tendresses, en inventa d’autres ; ce fut inutilement,
—Mon Dieu! dit-il, tout tremblant ; et, incapable de supporter la vue de ce spectacle qui lui saignaït le cœur et le laissait sans force, il redescendit.
Dès qu'il fut disparu, François essaya à son tour :
—Madeleine ! Madeleine ! Tu sais bien,
les soldats... ils sont revenus... Ils sont bien bons, va... Le capitaine... le capitaine… il est revenu, lui aussi. Percival..
écoute bien... Percival...…..
Madeleine se retourna sur sa couche en soupirant.
— Je l'aime bien... moi aussi... le capi-
taine Smith... Percival... continua:t-il.
Un sourire lugubre voltigea sur les
lèvres de Madelene et pendant une seconde elle ouvrit les yeux. Ce nom avait traversé son cerveau,
—Tu entends... Percival.….. le capitaine Percival..……
Elle eut comme un frémissement de lèvres imperceptible ; puis, d’une manière incohérente, elle marmotta: Non... non.
il ne s’est pas battu... je vais le dire à mon père... non... pas de sang.
—Veux-tu le voir, Percival ? reprit
François d’une voix rauque et suffoquée, réponds-moi.. tu te rappelles, maintenant...
——Ah ! c'est vous, mon père... Hâtons-
nous, c’est le roulement des tambours...
—Ecoute donc, Madeleine ;... pense.
comprends... le roulement des tambours,
ce sont les soldats qui... reviennent...
—Oui... oui. courons-y.. Vous allez
voir s’il est... beau...
—C'est Percival qui est beau, hein ?
Madeleine.
—...Percival... Percival... et elle se souleva du coude sur son lit... Percival.…
reprit-elle au bout d'un moment...
—Oui, Percival... continua François ;
souviens-toi...
Elle roula un regard égaré autour desa
chambre, plissa son front comme pouren
faire jaillir une idée, puis, fixant tout à
coup François assis à son côté :
— Oh ! mon Dieu !… cria-t-elle avec un gémissement de douleur, et elle retomba
lourdement,
un