DOCTEUR ET CURÉ
—Tiens, c’est toi, papa ?
—Oui, Madeleine. Souffres-tu toujours autant ?
—Je ne sais... je suis si perdue... la tête si en déroute... Est-ce que je suis malade, papa ?..... Ah! oui... je suis bien malade...
Les Ribaud 307 C'est Madeleine qui revient, petit à petit, de sa violente commotion cérébrale, Mais à celle-ci succède une prostration générale accompagnée d’une élévation de température dont le pronostic inquiète gravement le docteur Ribaud.
Ce qu'elle gagne en intelligence, elle le perd en force. Elle avait tout oublié dans sa soudaine torpeur d'esprit: maintenant, à mesure que le jour se fait, elle comprend trop et c’est une autre souffrance qui l’étreint.
Depuis trois jours, ce changement s’opère graduellement chez Madeleine, et son père, qui la veille constamment, feuillette ses auteurs de médecine, cherche, prépare mille médications différentes pour enrayer le mal, maïs i! sait bien en lui-même que la thérapeutique a fort peu à faire dans de semblables cas.
Ces blessures profondes du cœur ne se guérissent pas par les moyens ordinaires Chez des sensitives telles que Madeleine.
Dans sa douce et naïve résignation elle avait fait le sacrifice de toutes sesillusions, de tous ses rêves. Elle n'avait souhaité qu’une chose : aimer... aimer comme ça, simplement, sans ambition, sans espoir.
Et cette seule chose, qui devait être sa consolation, lui était tout à coup si brutalement enlevée.
Et, chaque fois qu'une intermittence de lucidité d’esprit le lui rappelle, elle en reçois comme d immenses coups de massue qui ia broient.
Son père suit en même temps le travail de termite qui la ronge intérieurernent.
Il sue à grosses gouttes dans ses inutiles efforts pour la ramener à sa première
gaieté, à son ancien état de santé. Tou
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jours la même fièvre la mine, tojuours le même épuisement l’abat.
—ÿi j'avais su. se dit-il parfois ; mais d'une négation de tête il interrompt la phrase commencée.
Et ïl se remet à compulser ses livres dont les gravures, comme autant de malades vivants, défilent sous son œil expérimenté.
Non, le remède à la maladie de Madeleine n’est pas là, Il repousse les volumes empilés devant lui, bouche les bouteilles ouvertes distribuées partout, puis, sans un mot il se jette dans un fauteuil, complètement découragé,.
Bientôt--toc, toc, très doux à la porte de la chambre.
—C est toi, François ?
— Oui, monsieur, répondit-il, et sa main
tremblante glissée dans l’entrebaillement
présenta une lettre que le docteur alla
recevoir.
Celui-ci, d'un mouvement exercé du
pouce, fit sauter le cachet et il tira une
carte élégante et très correcte.
Il resta terrifié, secouant l'enveloppe
sous ses doigts frémissants, la figure
bouleversée, le regard vague cloué sur le lit de Madeleine La carte portait :