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ni |: vieux domestique... François, crie-t-il de
nouveau du couloir.
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Une voix haletante, entrecoupée par l'émotion lui répondit,
—Qui t'a remis ça, François, reprend le docteur.
—Lui... le capitaine Smith... Il s'est
informé de la santé de mademoiselle Ribaud, puis il a déposé sa carte.
—Lui-même ?
—Lui même.
—Mais alors ?.. Celui qu'on a... làbas…
François, encore pâle et bouleversé de l'apparition si inattendue de Percival, haussa les épaules dans une mimique qui peignaït tout son ahurissement, et, sans répondre à la question de son maître, ajouta simplement : “ Madeleine sera si contente,” et il disparut.
Oui, “ si contente ”… Il l’est presque
312 Les Ribauu
lui-même le docteur Ribaud, maintenant
que, revenu de la surprise où l’a jeté
cette quasi résurrection du capitaine
Sraith, il songe au salut de Madeleine.
Mais à travers les lueurs de consolation
qui illuminent son front, des idées sombres
viennent se glisser qui le rembrunissent
bientôt. Il lui semble qu'il se débat dans
un cauchemar où tout s'embrouille dans
une confusion impénétrable.
Les tortures d'âme qu'il vient d’'endurer
s'effacent devant d’autres tortures.
Tout à l'heure, Percival n'existait point.
I] l'avait vu étendu, mort, porté comme
une chose quelconque sur un brancard
et ce tableau qu'il ne pouvait séparer de
la maladie de Madeleine, l'avait durement
fait souffrir, Maintenant, qu'il se le re-
présente vivant, levé de son brancard,
encore uni à Madeleine dans son esprit,
LS
cest un autre ordre de souffrances qui l'étreint.
— Faut-il donc que cette race s'acharne éternellement à s'emparer de ia vie de chacun des miens ? se murmure-t-il, le poing secoué dans un geste de découragement.. Tiens, te voilà Michaudin ?...
Il n'avait pas encore aperçu le curé, debout auprès de lui, qui l’examinait,
—Ft Madeleine ? demanda 1 abbé.
—AÀ peu près dans le même état... En effet, tu ne sais pas... le capitaine.
— Oui, je sais. Est-ce que Madeleine le sait aussi ?... Ecoute-moi, Ribaud, il faut que tu la sauves à n'importe quel prix...
Aucun sacrifice d'orgueil ou d’amourpropre ne doit te coûter, tu entends ?
—Oui, j'entends et j'ai peur de com-
prendre ce que tes paroles peuvent signi-
fier.
Elles signifienc peut-être le salut de Madeleine... C’est une main que nous ne voyons pas qui a dirigé les événements de ces derniers jours, n’essaie pas de te substituer à elle.
Le docteur leva un regard égaré sur le curé :
—Crois-tu à la fatalité, toi ?
—Je crois en Dieu.
—Tu crois donc que c'est Dieu qui durant trois générations, nous jette, de ma famille, un à un, morts ou vivants, aux mains des Anglais ? Ceux qui ont résisté, ils les ont tués... Ceux dont ils n’ont pu prendre la vie, ils leur prennent le cœur, autre genre de mort, Car ma famille sera-t-elle moins éteinte, moins disparue, quand, au lieu de la vie, ils auront effacé jusqu'aux traces de son nom ? L’orgueil
de ma race £era-t-il moins humilié, quand
mes compatriotes verront mes petit-fils abandonner leur langue pour parler anglais ?
— Autant que toi, Ribauü, je suis patriote, autant que toi j'aime ma nationalité, autant que toi je demande le triomphe des miens, mais en parlant comme tu parles, je croirais faire mentir mes sentiments de catholique que je place en dehors et audessus de tout autre sentiment.
—Tu crois ? Michaudin. Mais ce que tu veux admettre est épouvautable. Tu n’as qu'une paternité de fiction, moi, j'ai
une paternité vraie ; la tienne s'étend sur mille personnes, tes ouailles ; la mienne se résume à Madeleine, ma fille ; dans ces
conditions ton cœur ne peut être bon
juge ; mais je te demanderai cependant. :
est-ce qu'en donnant ma fille à Percival
Smith, ce ne serait pas outrager la mé-