‹ Les Ribaud [microforme]Chapitre 4 sur 43 · partie d’une manière machinale · texte numérisé non relu

partie d’une manière machinale

La voix d’un soldat reprit :

—On parle de révolte, de soulèvement; mais vous n'avez pas seulement une tête. Ce serait vous faire mettre en bouillie à la première rencontre. Quand nous aurons besoin de bourres pour nos fusils, nous nous battrons avec les Canayens ; nous en ferons du papier mâché.

Puis, le lieutenant de nouveau :

—Qu'est-ce que c'est que votre Chénier, votre Papineau ?... des engueuleurs, des acrobates, des vrais farceurs. Il y a Nelson peut-être, et encore c’est un Anglais...

Un bon petit coup de canon et tout ça rentre en terre comme des mulots...…..

Non, pas une tête, pas une cervelle, pas ça.…....et il fit claquer son index.

— D'ailleurs, on s'embêt ici, continuat-il, et on aimerait ça de fricasser quelques petits Canayens..…... Ho ! père Latreille,

versez-nous à boire.

fl ki | "|

Puis, se tournant vers ses compagnons :

—Buvons à la santé de leur grrrrand Papineau! Et ils pouffèrent de rire tous les quatre.

La partie de cartes était tout à fait interrompue.

out à coup on vit Gabriel Ribaud fouiller précipitamment dans ses poches, en tirer son crayon, choisir l'as de cœur dans le paquet de cartes étendues, y tracer son nom, puis enfilant brusquement dans la salle, l'œil en feu, tout droit parmi les assistants :

— Ah ! les Canadiens n'ont point de tête, lieutenant, eh bien, ils ont du cœur au moins, :

Et, lui arrachant des mains le verre qu'il se préparait à vider, il lui en jeta

brutalement le contenu à la face.

re

— Voici ma carte, lieutenant, acheva:til, et maintenant, allons, dehors, filez.

Cette action de courage avait subitement réveillé la colère des spectateurs, et, dans cette transition bête de la peur lâche à l'audace brutale, tout le groupe de Cana. diens voulut se ruer sur le lieutenant.

— Non, permettez, messieurs, ceci ine regarde, fit Gabriel avec un grand calme et en s'interposant dignement

—C'est une rencontre que vous voulez, demanda le lieutenant.

— Oui, ou des excuses complètes.

— Alors, tant mieux, .….je vais m'amuser plus tôt que je ne le croyais, reprit-il encore gouailleur,

—Oh ! dépêchez, ou je vous rentre immédiatement vos injures dans la gorge,

répliqua Gabriel au comble de la colère.

cette fois.

rm —

—Très bien, soyez demain sur l'Ile Verte à huit heures avec vos témoins ; jy serai, Comme j'ai le choix des armes, je prends le pistolet.

—J'accepte tout, acheva Gabriel.

Page 1