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C. Matières tannantes

La tannerie applique de plus en plus les théories scientifiques et tâche de tirer parti de toutes les nouvelles matières premières. Je publiai en 1872 une classification de 250 matières tannantes, l'édition de 1880 en donna 350 et diverses notices que je publiai dans la Halle atcœ cuirs en portèrent le nombre à 415.

Depuis quelques années le bois de quebracho, l'extrait de hemlock, le dividivi, le rove, Talgarobilla du Chili, les écorces de divers mimosas etc. sont venus s'ajouter aux écorces indigènes.

Le quebracho [Loœopterygium Lorentzi) de la République Argentine, fut introduit en Europe par l'exposition de Paris de 1867 ; il s'était fait connaître déjà à celle de Gordoba, où M, Bletscher, tanneur français établi à Buenos-Ayres, remporta une médaille d'or, pour ses cuirs tannés au quebracho. Ce bois s'emploie de plus en plus en Europe. Anvers en reçut, en 1883, 1,400,000 kilog. à 9,50 à 12 fr. les 100 kilog. en grume ou 17 fr. les 100 kilog. en mouture fine à filaments.

Vextrait de hemlock provient d'un sapin de l'Amérique du "^ovà (Abies candensis). Le nom de hemlock qui signifie ciguë, en anglais, est une abréviation de hemlock spruce, sapin â feuilles de ciguë. Beaucoup d'extraits tannants sont introduits depuis peu ; Anvers importa en 1883, 615 fûts d'extraits divers : hemlock, chêne, châtaignier, etc.

Les Mimosas se rencontrent surtout en Australie, ce pays en renferme plus de 100 espèces, dont la richesse tannifère varie ; quelques-uns en renferment 45 ^/o- Les feuilles ou plutôt « phyllodes »• des mimosas sont souvent disposées dans un plan vertical et par cette disposition, ces arbres concourent avec les Eucalyptus, qui présentent aussi la même particularité, à produire cet aspect remarquable qui caractérise les paysages de la Nouvelle-Hollande.

Le Brésil possède aussi divers acacias dont les écorces, quelquefois les gousses, sont tannifères.

Le rove est une grande galle ou pomme de chêûe produite ..^ur^une variété du Querci^s infectoria par la piqûre du Cynips insana, EU. ; cette galle est connue depuis longtemps sous le nom de ** pomme de Sodome » . Ce n'est que depuis quelques années qu'on l'applique au tannage, son rendement est de 28 à 34 o/o. Elle s'importe surtout de Smyrne et paraît s'employer aussi avec succès pour la teinture des peaux de lapin.

D. Huiles et graisses végétales.

Je puis répéter ici ce que je disais en 1874, dans Tintroduction de la 2® édition de ma classification des huiles : » Plus j'étudie les produits tropicaux, plus je suis étonné de Fimmense quantité de graines oléagineuses qui s'y trouvent sans emploi et dont les huiles pourraient être utilisées pour l'éclairage, pour la savonnerie, pour l'alimentation, pour Ja médecine. »

Quelques contrées, aussi quelques familles végétales, semblent favorisées particulièrement sous ce rapport, tels par exemple, le Sénégal ou plutôt une grande partie de la côte occidentale de l'Afrique et le vaste empire du Brésil. La côte occidentale d'Afrique fournit en abondance les arachides {Avachis hypogea), l'huile de palme {Elaïs guineensis), les graines des courges béraf, egusi et la graine d'owala (Pentaclethra macrophylla)^ déjà essayée en Europe, Tochoco (Dryobalanops sp.) donnant 60 % de graisse, le pain de Dika (Irvingia Barteri), divers Parinarium qui ont paru depuis peu sur les marchés de l'Europe, etc.

Le Brésil renferme aussi une quantité de plantes oléifères, tels que les palmiers : cocotier de Bahia (Cocos nucifera)^ le coqueiro de Dendé (Biais guineensis) introduit de l'Afrique, dont l'huile est alimentaire en Amérique, le caïaué {Elaïs melanococca), Tindaïa (Attalea compta) donnant plus de 40 "/o d'une huile qu'on prétend surpasser Thuile d'olive, le patouâ (Œnocarpiis Pataud) y le bacaba {Œ. bacaba), Tairi ou brea-uba (Astrocaryum Ayri) donnant 18 ®/o de beurre, le maca-uba (Acrocomia scier ocarpa), le baba de boi (Cocos gommosa) 36 °/o d'huile fine, le jeribà [Cocos coronata) 30 %, le coco de carême (C. fleœùosa) 69 % d'huile employée dans les cuisines, le pati (Syagrus botryophora), le pindoba {Attalea sp.) D'autres plantes de diverses familles : le bicu-uba (Myristica oflîcinalis), l'ucu-uba {M. sebifera)^ le jabotâ (Anisosperma passiflora) et d'autres nhandirobées ; le sapu-

cainha {Carpotroc?ie brasiliensis) 69 o/o, quelques plantes introduites : le noyer des Indes ou de Bancoul (Aleurites triloba)f les arachides, etc.

La famille des Cucurbitacées et sa voisine les Nhandirohées méritent examen ; certaines espèces donnent 50 "/o d'huile, quelques-unes de ces huiles sont déjà employées pour Talimentation ou pour la fabrication des savons ; telles sont les CiLCumis ou citrouilles : béraf, du Sénégal ;] kurboos, des Indes orientales ; melancia, du Brésil, comparable à Thuile d^olive de première qualité : egusi, d'Abeokuta ; abobora, du Brésil ; les Luffa, Lagenaria ; le Telfairia pedata ou Gastanhas de Inhambane, du Mozambique, etc.

Les graisses végétales pourraient trouver plus d'application en Europe, soit pour la fabrication des bougies, soit pour le graissage des machines ; elles sont surtout fournies par les Sapotacées et les Dipterocarpées : la 1" famille nous donne entre autres les graisses de : Bassia Parkii ou beurre de Shea, de la région du Niger, déjà appliquée à la fabrication des bougies ; Bassia longifolia ou beurre dlUipé du Sénégal employé dans la fabrication du savon ; le B. latifolia, du Bengale, dont les fleurs viennent d'être assimilées aux mélasses pour la distillerie, par Fadministration française ; le Bassid d'javé et Bassia rCgou, du Gabon etc.

La 2® famille : la graisse de Hopea ou suif végétal de Bornéo, minjak tangkawang, des Malais, excellente graisse de machines, les graisses de Lophira, Vateria, Dryobalanops etc.

E. Cires végétales.

Divers produits végétaux, d'un aspect analogue à celui de la cire d'abeilles et ayant un point de fusion plus élevé que les graisses, ont reçu le nom de cires végétales ; ces produits sont quelquefois employés dans l'industrie, soit pour durcir les bougies stéariqùes, soit pour remplacer la cire d'abeilles dans quelques-uns de ses usages.

La cire végétale du Japon, provenant des baies de Rhus sitccedaneum y est connue dans le commerce. La cire de Ca^ma-vèa, du Brésil, recueillie en poussière sur les feuilles du palmier Cope}micia ce^Hfera, ne vient malheureusement pas assez sur le continent ; j'ai lieu de croire que les fabricants de bougies l'accaparent en grande partie sur les lieux de production.

Les cires de Myrica figurent quelquefois aux expositions ; divers arbustes de ce genre fournissent de la cire : le M. arguta du Venezuela; le M. microcarpa {arguta?) de la Colombie; le M, meœicana ou Jalapensis ; les M. cerifera, pensylvanica, carolinensis (3 variétés ?) des États-Unis ; les M. cordifolia^ laciniata, que^^cifblia et serrata du Sud de l'Afrique, dont on fait quelquefois des bougies dans la colonie du Gap, etc.

On propose de temps en temps de cultiver le Myrica cerifera, des États-Unis, dans la Gampine belge; ceci n'est pas une nouvelle introduction, M. le baron de Serret en avait une plantation à sa campagne, à Beernem, près de Bruges, en 1838.

F. Drogues.

L'exploration des contrées lointaines fait connaître de temps en temps une nouvelle plante médicinale, souvent très efl[icace; un poison des sauvages peut devenir un remède puissant; témoins le curare {Strychnos div.) la fève de Galabar {Physostigma venenosum.)

Les revues médicales de l'Amérique ou de l'Angleterre, les rapports des sociétés de médecine nous décrivent quelquesunes de ces nouveautés, par exemple les feuilles de jaborandi (Pilocarpics jaborandi), de boldo (Boldo Chilanum), le condurango {Gonolobium condurango), le jequiriti (Abrus precatorius) etc. mais une chose arrive souvent avec ces nouveaux remèdes : on les préconise contre tel mal et on veut les

appliquer à tous les maux analogues ; ou bien encore, tel produit, efficace dans son pays, est suranné quand il arrive en Europe et étant alors presque inerte il est abandonné et regardé comme de nulle valeur ; ou bien encore, un produit est cherché sous son nom vulgaire et ce nom, que nous ne comprenons pas, se donne à différentes plantes : par exemple le. guacOf qui paraît être un antidote contre la morsure des serpents, et qui est, selon les uns, le Mikania guaco, voisin des Eupatorium, et selon d'autres VAristolochia cymhifera etc. Il est probable que le mot guaco veut dire ** antidote » et rien de plus Q).

Toutes les nouvelles drogues méritent un examen approfondi : Les États-Unis ont introduit diverses drogues de la Californie : la cascara sagrada {Rhus Purschiana) , le gobernador {Larrya meœicana), le gingerlesif {Eremocarpus setigerus)^ le laurier de Californie (Oreodaphne califomica) etc.

Le Maroc, TAlgérie possèdent plusieurs drogues déjà connues des anciens ou des médecins arabes du moyen-âge, tels que les Thapsia, les Ferula etc. On retrouve quelquefois ces anciennes drogues, comme un industriel italien retrouva les carrières de marbre onyx déjà exploitées par les Romains.

Le Brésil, les Indes, le Japon, la Perse, etc. ont encore des drogues spéciales dont le détail nous entraînerait trop loin.

G. Gommes, — Résines.

On confond souvent dans le commerce les gommes et les résines ; les gommes servent pour Tapprêt des tissus et pour la médecine, elles sont plus ou moins solubles dans l'eau ; les résines servent à la fabrication des vernis, elles sont solubles dans Talcool.

Les copals de Zanzibar (Trachylobium sp.) d'Angola

(1) Un Américain du Honduras me montra cette dernière racine qu'il mâchait habituellement et m'assura qu'elle préservait de la morsure des chiens enragés.

(Guibourtia sp,), du Brésil (Hymenea Courbaril), les résines Dammar, de Tarchipel Indien (Dammara alba etc.) et tant d'autres résines des contrées intertropicales n*ont pas dit leur dernier mot ; les Indes orientales, entre autres, ont une collection de gommes qu'on peut utiliser dans Findustrie ou dans la médecine.

Le copal de Zanzibar fut longtemps nommé « gomme animi de Bombay » ; il porte encore quelquefois ce nom sur le marché anglais ; on croyait qu'il provenait d'un arbre des Indes. Les Arabes le transportaient secrètement, dans leurs barques, de l'Afrique à Bombay ; en 1873 le capitaine Elton découvrit la résine à l'état subfossile à l'intérieur de l'Afrique. (Voir mon étude sur les produits de l'Afrique centrale.)

H. Caoutchoucs et gutta-perchas.

Faisons connaître la géographie et la botanique de ce produit :

Les caoutchoucs croissent entre les tropiques ou, plus exactement, entre les deux lignes isothermes de 20** c, par conséquent, dans l'Amérique centrale, les républiques colombiennes, le Pérou et la partie septentrionale du Brésil, dans l'Afrique intertropicale, une partie des Indes orientales et de l'archipel Indien et enfin dans le nord de l'Australie.

Les familles botaniques qui les fournissent le plus sont les Artocarpées, les Apocynées, les Euphorhiacées ,

Parmi les Artocarpées : divers Ficus des Indes orientales, le Ca^tilloa elastica\ de l'Amérique centrale ; ule, ulequahitl, des anciens Mexicains.

Parmi les Apocynées : les Willugbeiaf de Bornéo, Sumatra (Getah Gietang), Landolphia div. du Gabon, du Mozambique, Vahea, de Madagascar, Urceola, des Indes orientales, Hancomia, du Brésil.

Et parmi les Euphorbiacées : surtout le Siphonia elastica

ou caoutchouc de Para, dont on recueille 8 millions de kilog. par an, le Manihot Glaziovi ou caoutchouc de Geara. Le suc de quelques Euphorbia des Indes et de l'Afrique n'a presque pas d'élasticité, mais possède une propriété particulière ; un Anglais, employé à des travaux géodésiques au sud de l'Afrique, devant, pour se frayer un chemin, couper les tiges de beaucoup d'euphorbias, remarqua que les taches produites sur son coutelas par le lait de ces plantes empêchaient la rouille de se former sur le fer ; il imagina d'appliquer cette propriété à la préservation des coques des navires en fer, et une société se forma, en Angleterre, pour exploiter sa découverte.

La gutta-percha : nous avons dit précédemment comment la gutta-percha fut trouvée, en 1842, aux environs de Singapore. Depuis cette époque, quelques sucs analogues ont été découverts ; ils proviennent surtout de la famille des sapotacées, tels sont les njato de Bornéo {Isonandra sp.), le pouchontee des Indes orientales (/. acuminata), le thior du Cambodge, chay des Annamites {Dichopsis Krantziana)^ etc.

(Détails V. ma classification des caoutchoucs et des guttaperchas.)

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