‹ Les ridicules du tempsChapitre 10 sur 25 · LABBE SOSIE · texte numérisé non relu

LABBE SOSIE

sance de son enseignement... autrefois. Le prêtre d'autrefois, — qui parlait encore au xvne siècle, — se contentait d'enseigner austèrement le dogme et la morale de l'Eglise, en cette langue catholique incorruptible, qui n'est pas la langue d'un siècle, mais de tous; sans se soucier de l'heure qu'il était au « cadran de l'Eternité », aurait dit Bridaine; sans se préoccuper d'autre chose que de l'intérêt des âmes et de leur salut; sans biaiser, ne fût-ce qu'une minute, avec les idées du temps, les passions du temps, les turlutaines du temps ! Toutes choses, maintenant, sacrées et répétées parce que « les amis de tout le monde » sont venus ! parce que l'abbé ou les abbés Sosie, qui soufflent, aspirent et ressoufflent tous les vents du temps et en parlent tous les jargons, veulent avoir au moins, comme feu Pantin, l'heur de vous plaire, s'ils n'ont l'heur de vous convertir !

Car voilà le but de ces Sosies, qui sont un et plusieurs, un type, un caractère du temps, un système ! « Messieurs, ami de tout le monde ! » c'està-dire, se faire écouter à tout prix, sinon de foi, au moins de dignité, se concilier les esprits qui ne se tournent plus du côté du prêtre, diminuer, ne fût-ce que d'un carat, l'impopularité du prêtre, dans un temps où nul homme n'est assez robuste pour porter, sans faire de lâchetés, le poids terrible de sa propre impopularité sur son cœur,. voilà la tactique

de ce profond abbé Sosie, qui peut avoir peur, en sa qualité de Sosie, mais qui n'en est pas moins finaud, en cette même qualité. Oh! je le connais bien ou plutôt je le reconnais bien, ce Révérend Père d'abbé Sosie ! C'est le frère mendiant d'un Ordre nouveau qui tend à devenir immense, — les quêteurs de popularité, — et c'est aussi un parlementaire ecclésiastique qui pose que le prêtre, comme un autre, doit être habile, — que l'homme, ce fat! fait sur la terre les afFaires de Dieu, — et qu'il est, ma foi, des moments où l'on devient Chinois en Chine et où le Père Bridaine, lui-même, s'il revenait, pourrait être très bien l'un des gymnastes de la chaire moderne, dans les intérêts de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Ce n'est pas d'hier que sont venues d'ailleurs toutes ces idées à la cervelle du Père Sosie et qu'il leur obéit. Il y a longtemps qu'il a enfoncé son bonnet carré ou son capuchon (selon l'uniforme), et qu'il est parti à la croisade de la faveur publique, appelant ses ennemis ses amis, et congratulant tout le monde, obligé, pour être piquant et neuf, d'enfourcher toute actualité qu'il mène ou malmène, ou sur laquelle il se démène, que ce soit M. Renan ou M. Massol ; allant toujours, allant toujours, ayant dans sa poltronnerie :

Qui va là:... Hé! ma peur à chaque instant s'accroît,

pourtant, une espèce de courage, car les Voltairiens

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