‹ Les ridicules du tempsChapitre 11 sur 25 · LABBE SOSIE IO · texte numérisé non relu

LABBE SOSIE IO

qui ne se gênent pas peuvent l'appeler « saltimbanque », et il va! et les autoritaires, les traditionnalistes et les durs peuvent lui flanquer aussi leur camouflet qui lui ferait plus de mal, celui-là, parce que ce serait un camouflet catholique, et cela ne l'empêche pas d'aller ! Métaphysicien, quand le temps se tourne à la métaphysique; scientifique, quand il est aux sciences; littéraire, toujours, quels que soient le goût du jour et la couleur du temps, l'abbé Sosie, « l'ami de tout le monde », est prêt à tout et tout à tous, mais d'une autre manière que saint Paul ! L'abbé Sosie fera, dans un sermon, de la philosophie comme on en fait à la Sorbonne, parce que Messieurs les étudiants, qui en suivent les cours, peuvent être là, et qu'on a vu, dans un coin de l'enceinte, l'œil de lièvre effarouché de M. Cousin; puis, après la philosophie, ce sera de l'histoire naturelle, comme M. Figuier dans son feuilleton, parce que nous sommes dans un temps fortement animalier et philanthropique, qui a créé la Société protectrice des animaux! Et, ce n'est pas tout, l'abbé Sosie nous sermonnera en langage plus ou moins littéraire, semé plus ou moins de vers entiers ou d'hémistiches tronçonnés de Lamartine, mis là, dans cette théologie, pour les femmes à sentiments et les Bas-bleus ! Il n'y a que le Père- Sosie pour citer des vers de Lamartine en présence du Saint-Sacrement, et les faire entendre aux échos

d'une cathédrale étonnée ! Un jour, je n'en doute point, un de ces Carêmes prochains, un Père Sosie quelconque parlera spiritisme en chaire et y discutera M. Allan Kardeck. Massillon disait, avec le juste mépris d'un prêtre plein de Dieu, en voyant la bêtise des hommes impies : « Ils ne croient pas à Dieu, et ils vont chez la tireuse de cartes, » et il passait outre. Mais l'abbé Sosie ne passera pas outre : il discutera M. Kardeck.

Et pourquoi pas, du reste?... pourquoi pas?... Si le prêtre n'est pas l'homme surnaturel qui peut remonter le cours d'un siècle, ne faut-il pas qu'il le descende ? S'il ne domine pas son auditoire, ne fout-il pas qu'il ait servilement à le subir?... Il y eut, au dix-huitième siècle, un certain abbé Poulie qui n'était pas un bien fier coq, et qui, s'étant laissé chaponner par l'esprit du temps, ne prêcha plus Jésus-Christ, ni sa croix, mais Vaffabilité, la politesse, la bienveillance. Eh bien, cet abbé Poulie m'a tait toujours l'effet d'être l'oncle de notre abbé Sosie. Seulement l'abbé Poulie, plus innocent et plus paterne, dirait peut-être avec raison, de l'abbé Sosie, le mot des oncbs : « Mon coquin de neveu. » Car l'abbé Sosie, il faut lui rendre cette justice, a furieusement renchéri sur le bonhomme Poulie et ses Rocamboles ! Il a autrement travaillé et retravaillé les passions et les goûts de ses auditoires. C'est un autre piocheur d'effets, que l'abbé Sosie !

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