‹ Les ridicules du tempsChapitre 16 sur 25 · MADAME DE M AQUEREL AS-MAJOR I · texte numérisé non relu

MADAME DE M AQUEREL AS-MAJOR I

qu'elle donne, dignifiée à ses yeux peut-être et aux yeux de ceux qui l'emploient, ô comble du grotesque dans l'illusion ! par le but légal et social de son entremise, mais, après tout, une Madame Nourrisson, — tripes, boyaux et entrailles, si elle en a, — qui n'est plus marchande à la toilette, mais qui est marchande à la couchette tout autant que l'autre, la vieille et abominable Nourrisson !

Non, vous ne pourriez le croire, — ni moi non plus, — regardez-la ! Voyez-la sur le bout de canapé où elle est assise avec tant de décence, ou quand elle traverse le salon, traînant sa traîne, non pas comme ces paonnes de la sottise et de la vanité, qui mériteraient, si la queue était en proportion avec la sottise, d'en avoir trois comme les Pachas ! mais, au contraire, comme la traînerait, si les statues marchaient, la statue de la Modestie, qui, vous le savez, est une statue habillée ! Tudieu ! elle est presque jolie avec son profil de camée tranquille, — ce petit front carré qui, selon saint Bonaventure (un Lavater avant Lavater), est le signe de la sagesse, — et, dans tous les cas, elle est piquante... O mon vieux corrompu d'amateur de contrastes !

demandez-vous s'il y a dans tout Victor Hugo une antithèse de la force de cette femme, qui écoute du Beethoven, qu'on joue en ce moment, dans une attitude de Muse attentive, les yeux baissés, ces yeux autour de la prunelle desquels il n'y a pas, je vous assure, l'exergue de la pièce de cent sous, qui dirait sa pensée secrète! Oui, mon cher ami, demandez-vous s'il est possible qu'une pareille femme soit venue là, ce soir, dans ce salon, comme les joueurs de Bourse vont au boulevard, et qu'elle y traitera d'une affaire, entre deux plaisanteries, avec un imbécile d'homme occupé qui veut une femme riche et qui n'a pas le temps de la chercher, ou une mère douloureuse, mater dolorosa, à qui une fille crie déjà depuis plusieurs années : ma mère Anne ne vois-tu rien venir?... Femme d'affaire, pleine de désinvolture, dont tout l'agenda n'est qu'un éventail, —un délicieux Watteau, par parenthèse, — comme elle a laissé à deux cent mille lieues d'elle le pauvre M. de Foy, son grossier précurseur, avec le cynisme de son enseigne, la charlatanerie de ses réclames, et son fameux cabinet de consultations où qui met le pied s'enferre dans le ridicule! Son cabinet, à elle, est, comme la Rome de Sertorius, partout où elle est, —aux Bouffes,— à l'Opéra, — dans la calèche d'une amie qui voudrait devenir duchesse... par mariage, et qui la conduira au Bois. Elle travaille également partout!

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