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î tout hasard, dit L'abbé, mais rom ne l'avez pas rc-
— Quoi | mon oncle, vous saviez...
I,i pauvre tille .-'arrêta. Josette lit un soupir. Ni Le ficomte il-1 TroisyiUe ni l'oncle ne s'aperçurent de rien. Après Le déjeuner, l'abbé de Sponde emmena le vicomte, Comme il- en étaient convenu- la veille, pour lui montrer dans Alençon les maisons qu'il pouvait acquérir eu Les emplacements convenables pour bâtir.
Restée seule au salon, mademoiselle Cormon dit à Josette d'un air lamentable : — Mon enfant, je suis à cette heure la fable de toute la ville.
— Eh bien ! mademoiselle, mariez-vous!
— Mais, maûlle, je ne me suis point préparée à faire un choix.
— Bah ! si j'étais à votre place, je prendrais monsieur du Bousquier.
— Josette, monsieur de Valois dit qu'il est si républicain !
— Ils ne savent ce qu'ils disent, vos messieurs : ils prétendent qu'il volait la République, il ne l'aimait donc point, dit Jor ette en s'en allant.
— Cette Lille a étonnamment d'esprit, pensa mademoiselle Cormon, qui demeura seule en proie à ses perplexités.
Elle entrevoyait qu'un prompt mariage était le seul Éioven d'imposer silence à la ville. Ce dernier échec, si évidemment honteux, était de nature à lui faire prendre un parti extrême, car les personnes dépourvue- d'esprit sortent difficilement des sentiers bons ou mauvais dans lesquels elles entrent. Chacun des deux vieux garçons avait compris la situation dans laquelle allait être la vieille fille : aussi tous deux s'étaient-ils
remis de venir dans la matinée savoir de ses nouvelle.-, it. en >t\le de garçon, pousser sa pointe. Monsieur de Valois jugea que la circonstance exigeait une
toilette minutieuse, il prit un bain, il se pansa extraordinairement Pour la première et dernière fois, Césanne le vit mettant avec une incroyable adresse un soupçon de rouge. Du Bousquier, lui, ce grossier républicain, animé par une volonté drue, ne fit pas la moindre attention à sa toilette, il accourut le premier. Ces petites choses décident de la fortune des hommes, comme de celle des empires. La charge de Kellerman à M irengo, l'arrivée de Blûcher à Waterloo, le dédain de Louis XIV pour le prince Eugène, le curé de Denain ; toutes ces grandes causes de fortune ou de catastrophes, l'histoire les enregistre; mais personne n'en profite pour ne rien négliger dans les petits faits de sa vie. Aussi, voyez ce qui arrive ! La duchesse de Langeais ivoir l'Histoire des Treize) se fait religieuse pour n'avoir pas eu dix minutes de patience, le juge Popinot (voir l'Interdiction} remet au lendemain pour aller interroger le marquis d'Espard, Charles Grandet vient par Bordeaux au lieu de revenir par Nantes, et l'on appelle ces événements des hasards, des fatalités. . Un soupçon de rouge à mettre tua les espérances du chevalier de Valois, ce gentilhomme ne pouvait périr que de cette manière : il avait vécu par les Grâces, il devait mourir de leur main. Pendant que le chevalier donnait un dernier coup d'œil à sa toilette, le gros du Bou.-quier entrait au salon de la fille désolée. Cette entrée se combina avec une pensée favorable au républicain, à travers une délibération où le chevalier avait néanmoins tous les avantages.
— Dieu le veut, .-e dit la vieille fille en voyant du Bousquier.
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— Mademoiselle, \<ui» ne Irouverei pas monem-
iiiriit mauvais ; je n'ai pas voulu me Bei à cette bête d< René pour savoir de vos nouvelles, et je mh> venu moi-même.
— J. vais l'ait'aitement bien, répondit-elle d'une voix émue. Je vous remercie, monsieur du Bousquier, fît— elle iprès une pause et d'une voix très-accentuée, de la peine que vous avez prise et que je vous ai donnée hier
Elle se souvenait d'avoir été dans les bras de du
Bousquier, et ce hasard surtout lui paraissait un ordre
du eiel. Elle avait été vue pour la première fois par
un homme, sa ceinture brisée, son lacet rompu, ses
- violemment lancé- hors de leur écrin.
— Je vous portais de si grand cœur que je vous ai trouvée Légère.
Ici mademoiselle Cormon regarda du Bousquier Comme elle n'avait encore regardé aucun homme dans le monde. Encouragé, le fournisseur jeta sur la vieille tille une œillade qui l'atteignit au cœur.
— C'est dommage, ajouta-t-il. que cela ne m'ait pas donné le droit de vous garder pour toujours à moi. vElle écouta d'un air ravi.) Évanouie, là, sur ce lit, entre nous, vous étiez ravissante ; je n'ai jamais vu dans ma vie de plus belle personne, et j'ai vu beaucoup de femmes!... Les femmes grasses ont cela de bien qu'elles sont superbes à voir, elles n'ont qu'à se montrer, elles triomphent !
— Vous voulez vous moquer de moi, fit la vieille tille, et ce n'est pas bien quand toute la ville interprète mal peut-être ce qui m'est arrivé hier.
— Aussi vrai que j'ai nom du Bousquier, mademoiselle, je n'ai jamais changé de sentiments à votre égard, et votre premier refus ne m'a pas découragé.
Kl SCÈNE- DE LA VIE PE FIOYIHCE
La vieille fille avait les yeux baissés. 11 y eut un moment Je silence cruel pour du Bousquier. Mais mademoiseUe Gormon prit son parti, elle releva ses paupières, dès hume- roulaient dans ses yeux, elle regarda du Bousquier tendrement.
— Si cela est, monsieur, dit-elle d'une voix tremblante, promettez-moi seulement de vivre en chrétien, de ne jamais contrarier mes habitudes religieu-
. de me laisser maîtresse de choisir mes directeurs, et je vou- accorde ma main, dit-elle en la lui tendant.
Du Bousquier saisit cette bonne grosse main pleine d'éeus. et la baisa saintement.
— Mais, dit-elle en lui laissant baiser sa main, je demande encore une chose.
— Elle est accordée, et si elle est possible, elle se fera ^réminiscence de Beaujon).
— Héla; ! reprit la vieille fille, pour l'amour de moi, il faut vous charger d'un péché que je sais être énorme, car Je mensonge est un des sept péchés capitaux; mais vous vous en confesserez, n'est-ce pas? Nous en ferons tous deux pénitence... (Ils se regardèrent tous deux tendrement.; — D'ailleurs, peut-être rentre-t-il dans les mensonges que l'Église nomme officieux...
— Serait-elle comme Suzanne? se disait du Bousquier. Quel bonheur! — Hé bien! mademoiselle ? dit-il à haute voix.
— il faut, reprit-elle, que vous puissiez prendre sur vous...
— Quoi?
— De dire que ce mariage était convenu depui mois entre non
— Charmante femme, dit le fournisseur avec le ton
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d'un homme qui se dt5voue, on ne fait ces sacrifices que pour une créature adorée pendant dix ans.
— Malgré mes rigueurs donc? lui dit-elle.
— Oui, malgré vos rigueurs.
— Monsieur du Bousquier, je vous avais mal jugé. Elle lui retendit sa grosse main rouge, que rebaisa du
Bousquier.
En ce moment la porte s'ouvrit, les deux fiancés regardèrent qui entrait, et ils aperçurent le délicieux mais tardif chevalier de Valois.
— Ah ! dit-il en entrant, vous voilà debout, belle reine.
Elle sourit au chevalier et sentit au cœur une pression. Monsieur de Valois, remarquablement jeune et séduisant, avait l'air de Lauzun entrant au Palais-Royal chez Mademoiselle.
— Eh ! cher du Bousquier, dit-il d'un ton railleur, tant il se croyait sûr du succès, monsieur de Troisville et l'abbé de Sponde examinent votre maison comme des toiseurs.
— Ma foi, dit du Bousquier, si le vicomte de Troisville en veut, elle esta lui pour quarante mille francs. Elle me devient fort inutile ! Si mademoiselle me le permet... Il faut que cela se sache. — Mademoiselle, puis-je le dire? — Oui! — Hé bien! soyez le premier, mon cher chevalier, à qui j'apprenne... (mademoiselle Cormon baissa les yeux) l'honneur, dit l'ancien fourîis-eur, la faveur que me fait mademoiselle, et que j'ai gardée sous le secret depuis quelques mois. Nous nous marions dans quelques jours, le contrat est rédigé, îous le signerons demain. Vous comprenez que ma maison de la rue du Cygne me devient inutile. Je cherrais sous main des acquéreurs, et l'abbé de Sponde,
qm U savait, a naturellement conduit chez moi monsieur de Troisrille...
Ce gros mensonge avait une telle couleur de vérité, que le chevalier y fut pris. Mon était
comme la revanche prise par Pierre-le-Grand, sur Charles Ml. '< Pnltawa, de toutes ses précédentes défaites. Du Bousquier se vengeait là délicieusement de mille traits piquants qu'il avait reçus en silence ; mais, dans son triomphe, il fit un geste de jeune homme, il se passa la main dans son faux toupet, et... m'enleva.
— Je vous en félicite l'un et l'autre, dit le chevalier d'un air agréable, et souhaite que vous finissiez comme les contes de fées: Ils furent très-heureux et et
—coup D'ENFANTS! Et il massait une prise de tabac.— Mais, monsieur, vous oubliez que... vous avez un faux toupet, ajouta-t-il d'une voix railleuse.
Du Bousquier rougit, il avait le faux toupet à dix pouces de son crâne. Mademoiselle Cormon leva les yeux, vit la nudité du crâne et baissa les yeux par pudeur. Du Bousquier lança sur le chevalier le plus venimeux regard que jamais crapaud ait arrêté sur sa proie.
— Canailles d'aristocrates qui m'avez dédaigné, je vous écraserai quelque jour! pensait-il.
Le chevalier de Valois crut avoir ressaisi tous ses avantages. Mais mademoiselle Cormon n'était point fille à comprendre la connexité que mettait le chevalier entre son souhait et le faux toupet; d'ailleurs l'eùt-elle comprise, sa main ne lui appartenait plus. Monsieur de Valois vit bien que tout était perdu. Ln effet, l'innocente fille, en apercevant ces deux hommes muets, voulut les occuper.
— Faites donc tous deux un piquet, dit-elle sans y mettre de malice.