‹ Les rivalitésChapitre 13 sur 30 · CABINET DIS ANTIQUES · texte numérisé non relu

CABINET DIS ANTIQUES

talent en tille un respect universel. Cette admirable ruine avait toute la majesté des grandes choses détruites. i Sa délicatesse chevaleresque était si bien connue qu'en plusieurs circonstances il fut pris par des plaideurs pour unique arbitre. Tous les gens bien élevés qui appartenaient au système impérial, et même les autorités, avaient pour ses préjugés autant de complaisance qu'ils montraient d'égard pour sa personne. Mais une grande partie de la société nouvelle, le? gens qui, sous la restauration, devaient s'appeler les Libéraux et à la tète desquels se trouva secrètement du Croisier, >e moquaient le l'oasis aristocratique où il n'était donné à personne l'entrer sans être bon gentilhomme et irréprochable. L'animosité fut d'autant plus forte que beaucoup d'honij de dignes hobereaux, quelques personnes 1' 1 1 haute administration s'ob.>t inaient à considérer le il n du marquis d'Esgrignon comme le seul où il y ■une compagnie. Le préfet, chambellan de l'Emtereur, faisait des démarches pour y être reçu : il y gjfvoyait humblement sa femme, qui était une Grandieu. Les exclus avaient donc, en haine de ce petit fau- >ourg Saint-Germain de province, donné le sobriquet I I i Antiques au salon du marquis d'Esgri-

inon, qu'ils nommaient monsieur Carol, et auquel le ercepteur des contributions adressait toujours son fertissement avec cette parenthèse ci-devant des Grinon? . Cette ancienne manière d'écrire le nom constiaait une taquinerie, puisque l'orthographe de d'Esgri- Bon avait prévalu.

« Quant à moi, dirait Emile Blondet, si je veux rassembler mes souvenirs d'enfance, j'avouerai que le 1 mot Cabinet des Antiques me faisait toujours rire, malgré mon respect, dois-je dire mon amour pour mademoiselle Ai mande. L'hôtel d'Esgrignon donnait

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» Bmr deux rues à L'angle desquelles il était situé, en » sorte que le salon avait deux fenêtres sur l'une et » deux fenêtres sur l'autre «le ces rues, les plus pasi santés de h ville. La Place du Marché se trouvait à » cinq cents pas de l'hôtel. Ce salon était alors comme » une cage de verre, et personne n'allait ou venait » dans la ville sans y jeter un coup d'œil. Cette pièce » me sembla toujours, à moi, bambin de douze ans, » ètie une de ces curiosités rares qui se trouvent plus » tard, quand on y songe, sur les limites du réel et du » fantastique, sans qu'on puisse savoir si elles sont » plu.> d'un coté que de l'autre. Ce salon, autrefois la » salle d'audience, était élevé sur un étage de caves à » soupiraux grillés, où gissaient jadis les criminels de » la province, mais où se faisait alors la cuisine du » marquis. Je ne sais pas si la magnifique et haute » cheminée du Lou.'re, si merveilleusement sculptée, w m'a causé plus d'étonnement que je n'en ressentis » en voyant pour la première fuis l'immense cheminée » de ce salon brodée comme un melon, et au-dessus de » laquelle était un grand portrait équestre de Henri 1 II » (sous qui cette province, ancien duché d'apanage, » fut réunie à la couronne , exécuté en ronde bos.>e et » encadré de dorures. Le plafond était formé de pou- » très de châtaignier qui composaient des caissons in- » térieurement ornés d'arabesques. Ce plafond magni- » fique avait été doré ur ses arêtes, mais la dorure se » voyait à peine. Les murs, tendus de tapisseries fla- » mandes, représentaient le jugement de Salomon en » six tableaux encadré- de Ihyrses dorés où se jouaient des - ttyres. Le marquis avait fait par- > quêter ce salon. Parmi les débris des châteaux qui » se vendirent de i 7 0 : J à 1795, le notaire s'était pro- » curé des consoles dans le goût du siècle de Louis XIV,

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i mi meuble en tapisserie, des tables, dos cartels, des » feux,de| girandoles qui complétaient merveilleuse- » menl ce grandissime salon en disproportion avec toute » la maison, mais qui heureusement avait une anti- » chambre aussi haute d'étage, l'ancienne salle des » Pas-Perdus du Présidial, à laquelle communiquait la » chambre des délibérations, convertie en salle à man- . Sous ces vieux lambris, oripeaux d'un temps » qui n'était plus, s'agitaient en première ligne huit ou » dix douairières, les unes au chef branlant, les autres » desséchées et noires comme des momies; celles-ci » roides, celles-là inclinées, toutes encaparaçonnées » d'habits plus ou moins fantasques en opposition avec » la m»»de : des tètes poudrées à cheveux bouclées, des I bonnets à coques, des dentelles rousses. Les pein- » tures les plus bouffonnes ou les plus sérieuses n'ont » jamais atteint à la poésie divagante de ces femmes, » qui reviennent dans mes rêves et grimacent dans mes » souvenirs aussitôt que je rencontre une vieille femme » dont la figure ou la toilette me rappellent quelques- » uns de leurs traits. Mais, soit que le malheur m'ait » initié aux secrets des infortunes, soit que j'aie compris » tous les sentiments humains, surtout les regrets et le » vieil âge, je n'ai pu jamais retrouver nulle part, ni chez » les mourants, ni chez les vivants, la pâleur de cer- » tains yeux gris, l'effrayante vivacité de quelques yeux » noirs. Enfin ni Maturin ni Hoffmann, les deux plus » sinistres imaginations de ce temps, ne m'ont causé » l'épouvante que me causèrent les mouvements auto- » matiqûes de ces corps busqués. Le rouge des acteurs » ne m'a point surpris, j'avais vu là du rouge invétéré, » du rouge de naissance, disait un de mes camarades o au moins aussi espiègle que je pouvais l'être. Il s'agi- •> tait là des ligures aplaties, mais creusées par des

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» rides qui ressemblaient aux tètes de casse-noisettes » sculptées en Allemagru lis b travers les car-

« reaux des corps bossues, des membres mal attaches » dont je n'ai jamais tenté d'expliquer l'économie ni la » contexture; des mâchoires carrées et très-apparentes, » des os exorbitants, des hanches luxuriantes. Quand » ces femmes allaient et venaient, elles ne me sem- » blaient pas moins extraordinaires que quand elles » gardaient leur immobilité mortuaire, alors qu'elles » jouaient aux cartes. Les hommes de ce salon ouvraient » les couleurs grises et fanées des vieilles tapisseries, » leur vie était frappée d'indécision; mais leur costuma « se rapprochait beaucoup des costumes alors en usage, » seulement leurs cheveux blancs, leurs visages flétris, » leur teint de cire, leurs fronts ruinés, la pâleur des » yeux leur donnaient à tous une ressemblance avec » les femmes qui détruisait la réalité de leur costume. » La certitude de trouver ces personnages invariable- » ment attablés ou assis aux mêmes heures achevait de » leur prêter à mes yeux je ne sais quoi de théâtral, de » pompeux, de surnaturel. Jamais je ne suis entré de- " puis dans ces garde-meubles célèbres, à Paris, àLon- » dres, à Vienne, à Munich, où de vieux gardiens vous » montrent les splendeurs des temps passés, sans que » je les peuplasse des figures du Cabinet des Antiques. » Nous nous proposions souvent entre nous, écoliers de » huit à dix ans, comme une partie de plai>ir d'aller » voir ces raretés sous leur cage de verre. Mais aussitôt » que je voyais la suave mademoiselle Armande, je i tressaillais, puis j'admirais avec un sentiment de ja- » lousie ce délicieux enfant, Victurnien, chez lequel » nous pressentions tous une nature supérieure à la » nôtre. Cette jeune et fraîche créature, au milieu de » ce cimetière réveillé avant le temps, nous frappait

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»> par je De sais quoi d'étrange. Sans nous rendre on » compte exact de nos idées, nous nous sentions bour-

i- et petits devant cette cour orgueilleux ,

s catastrophes de 1813 et de 1814, qui abattirent Napoléon, rendirent la vie aux hôtes du Cabinet des Antiques, et surtout l'espoir de retrouver leur ancienne importance; mais les événements de 181 5,168 malheurs de l'occupation étrangère, puis les oscillations du gouvernement ajournèrent jusqu'à la chute de monsieur is les espérances de ces personnages si bien peints par Blondet. Cette histoire ne prit donc de consistance qu'en I

En 1822, malgré les bénéfices que la Restauration apportait aux émigrés, la fortune du marquis d'Esgrignon n'avait pie augmenté. He tous les nobles atteints par les lois révolutionnaires, aucun ne lut plus maltraite'. La majeure portion de ses revenus consistait, avant 1789, en droits domaniaux résultant, comme chez quelques grandes familles, de la mouvance de ses tiefs, que les seigneurs s'efforçaient de détailler afin de grossir le produit de leurs loch et ventes. Les familles qui se trouvèrent dans ce cas furent ruinées sans aucun espoir de retour, l'ordonnance par laquelle Louis XVIII restitua les biens non vendus aux Émigrés ne pouvait leur rien rendre; et, plus tard, la loi sur l'indemnité ne devait pas les indemniser. Chacun sait que leurs droits supprimés furent rétablis, au profit de l'État, sous le nom même de Domaines. Le marquis appartenait nécessairement à cette fraction du parti royaliste qui ne voulut aucune transaction avec ceux qu'il nommait, non pas les révolutionnaires, mais les révoltés, plus parlementairement appelés Libéraux ou Constitutionnels. Ces royalistes, surnommés Ultras par l'Opposition, eurent pour chefs et pour héros les courageux orateurs de la

Droite, qui, dès la première séance royale, tentèrent, comme monsieur de Polignac, de protester contre la charte de Louia WlII. en 1 1 reg irdant comme un mauvais édit arraché par la nécessité du moment, et sur lequel la Royauté devait revenir. Ainsi, loin de s'associer à la rénovation de moeurs que voulut opérée Louia WlII. le marquis restait tranquille, au port d'armes des purs de la Droite, attendant la restitution de son immense fortune, et n'admettant môme pas la pensée de cette indemnité qui préoccupa le ministère de monsieuavde Villèle, et qui devait consolider le trône en éteignant la fatale distinction, maintenue alors malgré les lois, entre les propriétés. Les miracles de la Restauration de 1814, ceux plus grands du retour de Napoléon en 1815, lés prodiges de la nouvelle fuite de la Maison de Bourbon et de son second retour, cette phaal quasi-fabuleuse de l'histoire contemporaine surprit le marquis à soixante-sept ans. A cet âge, les plus fiers caractères de notre temps, moins abattus qu'usés par les événements de la Révolution et de l'Empire, avaient au fond des provinces converti leur activité en idées passionnées, inébranlables; ils étaient presque tous retranchés dans l'énervante et douce habitude de la vie qu'on y mène. N'est-ce pas le plus grand malheur qui puisse affliger un parti que d'être représenté par des vieillards, quand déjà ses idées sont taxées de vieillesse? D'ailleurs, lorsqu'en 1818 le Trône légitime parut solidement assis, le marquis se demanda ce qu'un septuagénaire irait faire à la cour, quelle charge, quel emploi pouvait-il y exercer? Le noble et fier d'Esgrignon m- contenta donc, et dut se contenter du triomphe de la Monarchie et de la Religion, en attendant les résultats de cette victoire inespérée, disputée, qui fut simplement un armistice. 11 continuait donc alors a trôner dan • son salon, bi bien

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nommé le Cabinet des Antiques. Sous La Restauration, M surnom de douce moquerie B'envenima Lorsque Les vaincus de 1*793 se trouvèrent les vainqueurs.

te ville ne fut pas plus préservée que la plupart .ii1- autres villes de province des haines et des rivalités

idrées parl'espril de parti. Contre l'attente générale, du Croisier avait épousé la Veille fille riche qui l'avait refusé d'abord, et quoiqu'il eut pour rival auprès d'elle l'enfant gâté de L'aristocratie de la ville, un certain chevalier dont Le nom illustre sera suffisamment caché en ne le désignant, suivant un vieil usage d'autrefois suivi par la ville, que par son titre ; car il était là le ( '.mivALiER comme à la cour le comte d'Artois était Monsieur. Non-seulement ce mariage avait engendré l'une de ces guerres à toutes armes comme il s'en fait au province, mais il avait encore accéléré' cette séparation entre la haute et la petite aristocratie, entre les éléiu nt> bourgeois et les éléments nobles réunis un mo- Dient sous la pression de la grande autorité napoéonienne; division subite qui fit tant de mal à notre iays. En France, ce qu'il y a de plus national, est la mmté. La im>se des vanités blessées y a donné soif l'égalité ; tandis que, plus tard, les plus ardents novaeurs trouveront L'égalité impossible. Les Royalistes pimerent au cœur les Libéraux dans les endroits les plus >ensibles. En province surtout, les deux partis se prennent réciproquement des horreurs, et se calomnièrent |ionteusement. On commit alors en politique les actions ES plus noires pour attirer à soi l'opinion publique, pour capter les voix de ce parterre imbécile qui jette -es liras aux gens asseï habiles pour les armer. Ces uttes s'y formulèrent en quelques individus. Ces individus qui se haïssaient comme ennemis politiques. <lerinrent aussitôt ennemis particuliers. En province, il

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est difficile il»' ne p ls se prendre corps à corps, à propos des questions on des intérêts qui, dans la capitale, apparaissent sous leurs formes générales, théoriqu qui de- lors grandissent ass< z 1"- champions p »ur que monsieur LafBtte, par exemple, ou Casimir Périer respectent L'homme dans monsieur de Villèle ou dans monsieur de Peyronnet. Monsieur Lafûtte, qui fit tirer sur les ministres, les aurait cachés dans son hôtel, s'ils y étaient venu- Le J1' juillet 1830. Benjamin Constant envoya son livre sur la religion au vicomte de Chateaubriand, en raccompagnant d'une lettre flatteuse où il avoue avoir reçu quelque bien du ministre de Louis XVIII. a Paris, ies hommes sont des systèmes, en Province les systèmes deviennent des hommes, et des hommes à passions incessantes, toujours en présence, s'épiant dans leur intérieur, épiloguant leurs discours, s'observant comme deux duellistes prêts à s'enfoncer six pouces de lame au côté, à la moindre distraction, et tâchant de se donner des distractions, enfin occupés à leur haine comme des joueurs sans pitié. Les épigrammes, les calomnies y atteignent l'homme sous prétexte d'atteindre le parti. Dans cette guerre faite courtoisement ft sans fiel au Cabinet dos Antiques, mais poussée à l'hôtel du Croisier jusqu'à l'emploi des armes empoisonnées des Sauvages*; la fine raillerie, les avantages de l'esprit étaient du côté des nobles. Sachez-le bien : de toutes les blessures, celles que font la langue et l'œil, la moquerie et le dédain sont incurables. Le Chevalier, du moment où il se retrancha sur le Mont- Sacré de l'aristocratie en abandonnant les salons mixtes, dirigea ses bons mots sur le salon de du Croisier, il attisa le feu de la guerre sans savoir jusqu'où l'esprit de vengeance pouvait mener le salon de du Croisier contre le Cabinet des Antiques. Il n'entrait que des purs àl'hôtd

il CAB1HB1 DES ANTIQUES I v

i i ur 1 1 ■ « t î , de loyaux gentilshommes et des femmes sûres les unes des autres; il ne b'] commettait aucune indiscrétion. Les discoiu s, les idées bonnes ou mam justes ou fausses, belles ou ridicules, ne donnaient point pi ïm s i la plaisanterie. Los Libéraux devaient s'attaquer aux actions politiques pour ridiculiser les nobles; tandis que les intermédiaires, les gens administratifs, tous ceux qui courtisaient ces hautes puissances, leur rapportaient sur le camp libéral des faits et des propos qui prêtaient beaucoup à rire. Cette infériorité virement sentie redoublait encore LLei les adhérents de du Croisier leur soif de vengeance. En 1822, du Croisierse nul à la tète de l'industrie du Département, comme le m u quia d'Esgrignon fut à la tète de la noblesse. Chacun il'eux représenta donc un parti. Au lieu de se dire sans feintise homme de la Gauche pur, du Croisier avait obstensihlement adopté les opinions que formulèrent un jour les 221. 11 pouvait ainsi réunir chez lui les magistrat-, l'administration et la finance du Département. Le salon de du Croisier, puissance au moins égale à celle du Cabinet des Antiques, plus nombreux, plus jeune, plus actif, remuait le Département; tandis que l'autre demeurait tranquille et comme annexé au pouvoir que ce parti gêna souvent, car il en favorisa les fautes, il en exigea même quelques-unes qui furent fatales à la Monarchie. Les Libéraux, qui n'avaient jamais pu faire élire un de leurs candidats dans ce département rebelle à leurs commandements, savaient qu'après sa nomination du

rier siégerait au centre gauche, le plus près possible de la Gauche pure. Les correspondants de du Croisier étaient les frères Relier, trois banquiers, dont l'aîné brillait parmi les dix-neuf de la Gauche, phalange illustrée par tous les journaux libéraux, et qui tenaient par aliance au comte de Gondreville, un pair constitutionnel

qui restait dans la faveur de Louis XVIII. Ainsi l'Opposition constitutionnelle était toujours prête a reporta •ai dernier moment ses voix visiblement accordées a un candi. lat p istiche, sur du Croisier, s'il gagnait assez de royalistes pour obtenir la majorité. Chaque élection, où les royalistes repoussaient du Croisier, candidat dont la conduite était admirablement devinée, ana- . jugée par les sommités royalistes qui relevaient du marquis d Esgrignon, augmentait encore la haine de l'homme et de son parti. Ce qui anime le plus les factions les unes contre les autres, est l'inutilité d'un piège péniblement tendu.

En 1822, les hostilités, fort vives durant les quatre premières années de la Restauration, semblaient assoupies. Le salon de du Croisier et le Cabinet des Antiques, après avoir reconnu l'un et l'autre leur fort et leur faible, attendaient sans doute les effets du hasard, cette Providence des partis. Les esprits ordinaires se contentaient de ce calme apparent qui trompait le ti une ; mais ceux qui vivaient plus intimement avec du Cron sier savaient que chez lui comme chez tous les hommes en qui la vie ne réside plus qu'à la tète, la passion de la vengeance est implacable quand surtout elle s'appuie sur l'ambition politique. En ce moment, du Croisier, qui jadis blanchissait et rougissait au nom des d'Esgrignon ou du Chevalier, qui tressaillait en prononçant ou entendant prononcer le mot de Cabinet des Anti- . nfl'ectait la gravité d'un sauvage. Il souriait à ses ennemis, haïs, observés d'heure en heure plus profondément. Il paraissait avoir pris le parti de vivre tranquillement, comme s'il eût dé.-espéré de la victoire. Un de ceux qui secondaient les calculs de cette rage froidie, était le Président du Tribunal, monsieur du Konceret, un hobereau qui avait prétendu aux hou-

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