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demoiselle de Troisville ave( le générai Montcornet, loin d'éclairer le Cabinet dos Antiques, faillit causer une rupture entre les Troisville et le salon d'Esgrignon, qui déclara que les Troisville se galvaudaient.
Parmi tout ee monde, une seule personne ne partageait pas ces illusions. N'est-ce pas nommer le vieux notaire Chesnel? Quoique son dévouement assez prouvé par cette histoire fût absolu envers cette grande tumille alors réduite à trois personnes, quoiqu'il acceptai toutes ces idées et les trouvât de bon aloi, il avait trop de sens et faisait trop bien les affaires de la plupart des familles du département pour ne pas suivie l'immense mouvement des e>prits, pour ne pas reconnaître le grand changement produit par l'Industrie et par les mœurs modernes. L'ancien intendant voyait la Révolution passée de l'action dévorante de 1793 qui avait armé les hommes, les femmes, les enfants, dressé des échafauds, coupé des tètes et gagné des batailles européennes, à l'action tranquille des idées qui consacraient les événements. Après le défrichement et les semailles, \enait la récolte. Pour lui la Révolution avait composé l'esprit de la génération nouvelle, il en touchait les faits au fond de mille plaies, il les trouvait irrévocablement accomplis. Cette tète de roi coupée, :ette Reine suppliciée, ce partage des bien nobles, constituaient à ses yeux des engagements qui liaient trop l'intérêts pour que les intéressés en laissassent attamer les îé.-ultats. Chesnel voyait clair. Son fanatisme pour les d'Esgrignon était entier sans être aveugle, et e rendait ainsi bien plus beau. La foi qui fait voir à un eune moine les anges du paradis est bien inférieur à a puissance du vieux moine qui les lui montre. L'an- :ien intendant ressemblait au vieux moine, il aurait loimé sa vie pour défendre une châsse vermoulue.
i'»2 I LA VIE I>E PROYIHCE
Chaque fois qu'il essayait d'expliquer, avec mille mén ancien maître les nouveautés, en employant tantôt une forme railleuse, tantôt en affectant 1 1 urprise ou la douleur, il rencontrait sur les 1 du marquis le s unie du prophète, et dan.- son àmela conviction que ces folies passeraient comme toutes les autres. Personne n'a remarqué combien les événement! ont aidé ces nobles champions des ruines à pei dans leurs croyances, nue pouvait répondre Ghesnel quand le vieux marquis faisait un geste imposant et disait : — Dieu a balayé Buonaparte, ses armées el nouveaux grands vassaux, .-es trônes et ses vastes conceptions! Dieu nous délivrera du reste! Chesnel baissait tristement la tète sans oser répliquer : — Dieu ne voudra pas balayer la France! Ils étaient beaux tous deux : l'un en se redressant contre le torrent des faits, comme un antique morceau de granit moussu droit dans un abîme alpestre; l'autre en observant le cours des eaux et pensant à les utiliser. Le bon et vénérable notaire gémissait en remarquant les ravages irréparables que ces croyances faisaient dans l'esprit, dans les mœurs et les idées à venir du vicomte Victurnien d'Efi> grignon.
Idolâtré par sa tante, idolâtré par son père, ce jeune héritier, était dans toute l'acception du mot, un enfant
oui justifiait d'ailleurs les illusions paternel! maternelles, car sa tante était vraiment une nr'-re pour lui ; mais quelque tendre et prévoyante que soit une fille, il lui manquera toujours je ne sais quoi de la maternité. La seconde vue d'une mère ne s'acquiert point. Une tante, aussi chastement unie à son nourrisson que l'était mademoiselle Armande à Victurnien,
1" aimer autant que l'aimerait la mère, être attentive, au.-.-i bonne, aussi délicate, aussi indulgente