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qu'une mère; mais elle ne - ■ les
mts et les à-propos de la mère : m lis ivertissements soudains .
hallucinations inquiètes des mères, cbex qui, quoique rompues, les attaches nerveuses ou morales par lesquelles l'enfant tient à elles, vibrent encore, et qui tou-
en communication avec lui reçoivent les secousses
ute peine, tressaillent à tout bonheur comme à un événement de leur propre vie. Si la nature a considère la femme comme un terrain neutre, physiquement parlant, elle ne lui a pas défendu en certains cas de l'identifier complètement à son œuvre : quand la maternité morale se joint à la maternité naturelle, vous foyez alors ces admirables phén tmèoes, inexpliqués plutôt qu'inexplicables, qui constituent les préférences maternelles. La catastrophe de cette histoire prou\e lonc encore une fois cette vérité connue : une mère ne se remplace pas. Une mère prévoit le mal, longtemps a\ant qu'une fille comme mademoiselle Armande ne l'admette, même quand il est fait. Lime prévoit le dé-
. l'autre y remédie. La maten.ité factice d'une fille comporte d'ailleurs des adorations trop aveugles pour qu'elle puisse réprimander un beau garçon.
La pratique de la vie, l'expérience des affaires avaient donné au vieux notaire une défiance observatrice et ptT.-pieace qui le faisait arriver au pressentiment ma- Inrnel. Mais il était m peu .le chose dans cette maison, surtout depuis l'espèce de disgrâce encourue à propos du mariage projeté par lui entre une d'Esgrignon et du
er, que dès lors il s'était promis de suivre aveuglement les doctrines de la famille. Simple ;>oldat, fidèle à son poste et prêt à mourir, son avis ne pouvait jamais être écouté même au fort de l'orage: à moins que le hasard ne le plaçât, comme dans l'Antiquaire le men-
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diant du Roi au bord de la mer, quand le lord et sa tille t surpris par la marée.
Lui Croisier avait aperçu la p »Mbilité d'une horrible g mce dans les contre-sens de l'éducation donnéa à ce jeune noble. 11 espérait, suivant une bcll" exprès* sion de l'auteur qui vient d'être cité, noyer l'agi dans ie lait d< sa mère. Cette espérance lui avait inspira rignation taciturne et mis sur les lèvres son sourire de sauvage.
Le dogme de sa suprématie fut inculqué au comte Victnrnien dès qu'une idée put lui entrer dans la cervelle. Hors le Roi, tous les seigneurs du royaume et lient ses égaux. Au-dessous de la noblesse, il n'y avait pour lui que des inférieurs, des gens avec lesquels il n'avait rien de commun, envers lesquels il n'était tenu à rien, des ennemis vaincus, conquis, desquels il ne fallait faire aucun compte, dont les opinions devaient être indifférentes à un gentilhomme, et qui tous lui devaient du respect. Ces opinions, Victurnien les poussa malheureusement à l'extrême, excité par la logique rigoureuse qui conduit les enfants et les jeunes gens aux dernières conséquences du bien comme du mal. 11 fut d'ailleurs confirmé dans ses croyances par ses avanl extérieurs. Enfant d'une beauté merveilleuse, il devint le jeune homme le plus accompli qu'un père puissi désirer pour fils. De taille moyenne, mais bien fait, il était mince, délicat en apparence, mais musculeux. Il avait les yeux bleus étincelants des d'Esgrignon, leur nez courbé, tinement modelé, l'ovale parfait de leifl . ■', leurs cheveux blonds cendrés, leur blancheui int, leur élégante démarche, leurs extrémités gra? jes, des doigts efûlcs et retroussés, la distinction de Haches «lu pied et du poignet, lignes heureu.-. >s al délice- qui indiquent la race chez les hommes comme
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chei les chevaux. Adroit, leste a tous l m .lu
. il tirait admirablement 1«- pistolet, faisait des irmes comme un Saint-George, montait i cheval comme un paladin. Jl flattait enfin toutes les vanités qu'apportent les parents à l'extérieur de leurs enfant.-, fonl' a illeurs sur une idée juste, sur l'influence ex- • de la beauté. Privilège semblable à celui de la sse, la beauté ne m peut acquérir, elle est partout feconnue, et vaut souvent plus que la fortune et le talent, elle n'a besoin que d'être montrée pour triompher, on ne lui demande que d'e\i-ter. Outre ces deux grands privilèges, la noblesse et la beauté, le hasard avait doué Victurnien d'Esgrignon d'un esprit ardent, d'une merveilleuse aptitude à tout comprendre, et d'une belle mémoire. Son instruction avait été dès lors paifaite. Il était beaucoup plus savam que ne le sont ordinairement les jeunes nobles de province qui deviennent des chasseurs, des tumeurs et des propriétaires trèsdistingués, mais qui traitent assez cavalièrement les sciences et les lettres, les arts et la poésie, tous les tadont la supériorité les offusque. Ces dons de nature et cette éducation devaient suffire à réaliser un jour les ambitions du marquis d'Esgrignon : il voyait son tils maréchal de France si Victurnien voulait être militaire, ambassadeur si la diplomatie le tentait, minutie m l'administration lui souriait; tout lui appartenait dan- l'État. Enfin, pensée flatteuse pour- un père, le comte n'aurait paa été d'Esgrignon. il eût percé p
re mérite. Cette heureuse enfance, cette adolescence dorée n'avait jamais rencontré d'opposition à ses lésirs. Victurnien était le roi du logis, personne n'y it les volontés de ce petit prince, qui naturellement devint é r<>ïste comme un prince, entier comme le dus fougueux cardinal du m . . impertinent et
ilJ6 6< L.NLS Ut LA VIE DL l' Ko VIN CE
audacieux, vices que chacun divinisait en y voyant Les
qualités essentielles au noble.
Le Chevalier était un homme de ce bon temps où les mousquetaires gris désolaient les théâtres de Paris, rasaient le guet et les huissiers, faisaient mille tours de page et trouvaient un sourire sur les lèvres du Roi , pourvu que le> choses fussent drôles. Ce charmant séducteur, ancien héros de ruelles, contribua beaucoup au malheureux dénoûment de cette histoire. Cet aimable vieillard, qui ne trouvait personne pour le comprendre, fut très-heureux de rencontrer cette admirable figure de Faublas en herbe qui lui rappelait sa jeunesse; Sans apprécier la différence des temps, il jeta les principe- des roués encyclopédistes dans cette jeune àme, en narrant les anecdotes du règne de Louis XV, en glorifiant les mœurs de 1750, racontant les orgies des p tites maisons, et les folies faites pour les courtisane-, et tes excellents tours joués aux créanciers, enfin toute la morale qui a défrayé le comique de Dancourt et l'épigramme de Beaumarchais. Malheureusement cette corruption caché: sous une excessive élégance se parait d'un esprit vol tai rien. Si le Chevalier allait trop loin parfois, il mettait comme correctif les lois de la bonne compagnie auxquelles un gentilhomme doit toujours obéir. Victurnien ne comprenait de tous ces discours que ce qui flattait :*es passions. Il voyait d'abord soà vieux père riant de compagnie avec le Chevalier. Les deux \ieiliards regardaient l'orgueil inné d'un d I gnon comme une barrière assez forte contre toutes tel choses inconvenantes, et personne au logis n'imaginait qu'un d'Esgrignon put s'en permettre de contrai l'honneur. L'uonni m;, i e grand principe monarchique, planté dan- tous les cœurs de cette famille comme un phare, éclairait les moindres actions, animait les moin-
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Ares pensées <U'^ d'Esgrignon. Ce bel enseignement irai ^tiil aurait dû faire subsister La noblesse : • I n d'Esgnon ne doit pas se permettre telle ou telle chose, « il a un nom qui rend l'avenir solidaire du pas
était comme un refrain avec lequel le vieux marquis, mademoiselle Armande, Chesnel et les habitués de l'hôtel axaient bercé l'enfance de Victurnien. Ain.si, le bon et le mauvais se trouvaient en présence et en forces - dans cette jeune âme.
Quand, à dix-huit ans. Victurnien se produisit dans la Mlle, il remarqua dans le monde extérieur de légères oppositions avec le monde intérieur de l'hôtel d Esgrignon, mais il n'en chercha point les causes. Les causes étaient à Paris. 11 ne savait pas encore que les personnes , si hardies en pensée et en discours le soir ehei son père, étaient très-circonspectes en présence des ennemis avec lesquels leurs intérêts les obligeaient de frayer. Son père avait conquis son franc-parler. Personne ne songeait à contredire un vieillard de soixantedix ans, et d'ailleurs tout le monde passait volontiers à un homme violemment dépouillé, sa fidélité à l'ancien ordre de choses. Trompé par les apparences, Victurnien le conduisit de manière à se mettre à dos toute la bourgeoisie de la. ville. Il eut à la chasse des difficultés poussées un peu trop loin par son impétuosité, qui se terminèrent par des procès graves, étouffés à prix d'argent par Chesnel, et desquels on n'osait parler au marquis. Jugez de son étonnement si le marquis d'Esgrignon eut appris que son lils était poursuivi pour avoir chassé sur ses terres, dans ses domaines, dans ses forêts, sous le règne d'un fils de saint Louis! On craignait trop ce qui pouvait s'ensuivre pour l'initier à ces misères, disait Chesnel. Le jeune comte se permit en ville quelques autres escapades, traitées d'amourettes par le Che-
1^8 NES DE LA VIL DE province
valier, mais qui finirent par coûter à Chesnel dos dots données à des jeunes filles séduites par d'imprudentes promesses de i . nommés, dans]
quels, par suite de la brutalité de la nouvelle justice , eussent enduit on ne sait où le jeune comte, sans la prudente intervention de Chesnel. Ces victoires sur la justice bourg enhardissaient Victurnien. Habitué à se tirer d< mauvais pas, le jeune comte ne reculait point devant une plaisanterie. Il regardait les tribunaux comm épouvantailsà peuple qui n'avaient point prise sur lui. Ce qu'il eût blâmé chez les roturiers était un excusable amusement pour lui. Cette conduite, ce caractère, cette pente à mépriser \as loi< nouvelles pour n'obéir qu'aux maximes du code noble, furent étudiés, analysés, éprouvés par quelques personnes habiles appartenant au parti du Croisier. Ces gens s'en appuyèrent pour faire croire au peuple que les calomnies du libéralisme étaient des révélations, et que le retour à l'ancien ordre de choses; dan- toute sa pureté, se trouvaient au fond de la politique ministérielle. Quel bonheur, pour eux, d'avoir une semi-preuve de leurs assertions! Le Président du Ronceret se prêtait admirablement, aussi bien que le Procureur du Roi, à toutes les conditions compatibles avec les devoirs de la magistrature: il s'y prêtait même par calcul au delà des bornes, heureux de faire crier le parti libéral à propos d'une concession trop large. 11
lit ainsi les passions contre la maison d'1 en paraissant la servir. Ce traître avait l'arriere-pensée de se montrer incorruptible à temps, quand il serait appuyé sur un fait grave, et soutenu par l'opinion publique. Les mauvaises dispositions du comte furent perfidement encoui deux ou trois jeunes gens de ceux qui lui composèrent une suite, qui captèrent ses
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o lui faisant la c »ur, qui le Qattèrentet obéirenl à - n essayant de confit mer sa croj
dans la suprém Ltie du noble, à une époque où le noble n'aurait pu conserver son pouvoir qu'en usant pendant un demi-siècle d'une prudence extrême. Du Croisiei espérait réduire les d'Esgrignon a la dernière mi voir leur château abattu, leurs terres mise> à l'enchère et Tendues en détail , par suite de leur faiblesse pour ce jeune étourdi dont les folies devaient tout compromettre. Il n'allait pas plus loin, il ne croyait pas, comme le Président du Ronceret, que Victurnien donnerait autrement prise à la justice. La vengeance de ces deux hommes était d'ailleurs bien secondée par l'excessil amour-propre de Victurnien et par son amour pour le plaisir. Le fils du Président du Ronceret, jeune homme de dix-sept ans, à qui le rôle d'agent pro\oeateur allait à merveille, était un des compagnons et le plus perfide courtisan du comte. Du Groisier soldait cet espion d'un au genre, le dressait admirablement à la chasse des vertus de ce noble et bel enfant; il le dirigeait moqueusement dans l'art de stimuler les mauvaises dispositions de sa proie. Fabien du Ronceret était précisément une nature envieuse et spirituelle, un jeune sophiste à qui souriait une semblable mystification, et qui y trouvait ce haut amusement qui manque en province aux gens d'esprit.
De dix- huit à vingt et un ans Victurnien coûta près de quatre-vingt mille francs au pauvre notaire, sans que ni mademoiselle Armande, ni le marquis en fussent informés. Le? procès assoupis entraient pour plus de moitié dans cette somme, et les profusions du jeune homme avaient employé le reste. Des dix mille livres de rente du marquis, cinq mille étaient nécessaires a la tenue de la maison ; l'entretien de mademoiselle Ar-
SJKNKS L»t LA VIE DE PR0T1HC1
mande, m ircimonie, et celui du marquis em«
lient plus de deux mille francs, 1 1 pension du bel
héritier présomptif n'allait donc pasà cent louis. Qu'é%
taient deux mille Crânes, pour paraître convenablement!
La toilette seule emportait cette rente. Victumien taisait venir- . , ses habits, ses gants, sa parfumerie de Paris. Victumien avait voulu un joli cheval anglais à monter, un cheval de tilbury et un tilbury. Monsieur du Croisier avaii un cheval anglais et un tilbury. Inoblesse devait-elle se laisser écraser par la B< Puis le jeune ointe avait voulu un groom k la livrée de sa maison. Flatté de donner le ton à la \ille, au Département, à la jeunesse, il était entré dans le monde des fantaisies et du luxe qui vont .-i bien aux jeunes gens beaux et spirituels. Chesnel fournissait à tout, non sans user, comme les anciens Perlemenis, du droit de remontiance, mais avec une douceur angélique.
— Quel dommage qu'un si bon homme soit si ennuyeux ! se disait Victumien chaque lois que le notaire appliquait une somme sur quelque plaie saignante.
Veut et sans enfants, Chesnel avait adopté le fils de son ancien maître au tond ue son cœur, il jouissait de le voir traversant la grande rue de la ville, perché suï le double coussin de son tilbury, fouet en main, une rose à la boutonnière, joli, bien mis, envié par tous. Lorsque dans un besoin prenant, une perte au jeu chez. les Troisville, chez le duc de Verneuil, à la Préfecture ou chez le Receveur Général, Victumien venait, la voil calme, le regard inquiet, le geste patelin, trouve! sa Providence, le vieux notaire, dans une modeste maison de la me du UercaiL il avait ville-gagnée en se montrant.
— Eh bien! qu*avez-vous, monsieur le comte, que vous est-il arrivé, demandait le vieillard d'une voix altérée.
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isionSj \ ictumien s' issevait, prenait un air mélancolique el rêveur, il se laissait tionner en faisanl des minauderies! Après avoir donné les pins grandes anxiétés au bonhomme, qui Commençait à redouter les suites d'une dissipation si soutenue, il avouait une peccadille soldée par un billet de mille francs. Chesnel, outre son étude, possédait environ douze mille livres de rentes. Ce fonds n'était pas inépuisable. Les quatre-vingt mille francs dévorés constituaient ses économies réservées pour le temps où le m irquis enverrait son fils à Paris, eu pour faciliter quelque beau mariage. Clairvoyant quand Victurnien p'était pas la. Chesnel perdait une à une les illusions que caressaient le marquis et sa sœur. En reconnaissant chez cet entant un manque total d'esprit de conduile. il désirait le marier à quelque noble fille, sage et prudente. D se demandait comment un jeune homme it penser si bien et se enduire si mal, en lui t faire le lendemain le contraire de ce qu'il avait promis la veille. Mais il n'y a jamais rien de bon à attendre des jeunes gens qui avouent leurs fautes, s'en repentent et les recommencent. Les hommes à grands caractères n'avouent leurs fautes qu'à eux-mêmes, ils l'en punissent eux-mêmes. Quant aux faibles, ils retombent dans l'ornière, et trouvant le bord trop difficile à côtoyer. Victurnien, chez qui de semblables tuteurs avaient, de concert avec ses compagnons et ses habitudes, as;>oupli le ressort de l'orgueil secret des grands hommes, était arrivé soudain à la faiblesse des voluptueux, dans le m» -ment de sa vie où, pourVexersa force aurait eu besoin du régime de contrariétés et de misères qui forma les princes Eugène, les Frédéric II et les Napoléon. Chesnel apercevait chez Victurnien cette indomptable fureur pour les jouissances qui
doit être L'apanage des homm< - doués de grande- ! acuite- et qui sentent La n l'en coritre-balancer
le Fatigant exercice par m - mpensations en plai-
sirs, mais qui mènent aux abîmes les gens habiles seulementpour les voluptés. Le bonhomme s'épouvantait par moments; mais, par moments aussi, les profonde! saillie- et L'esprit étendu qui rendaient ce jeune homme m remarquable le rassuraient. Il se disait ce que disait le marquis quand le bruit de quelque escapade arrivait i oreille : — 11 faut que jeunesse se passe ! Quand Chesnel se plaignait au Chevalier de la propension du jeune comte à faire des dettes, le Chevalier l'écoutait en massant une prise de tabac d'un air moqueur.
— Expliquez-moi donc ce qu'est la Dette Publique, mon cher Chesnel, lui répondait-il. Hé î diantre ! si la France a des dettes, pourquoi Victurnien n'en aurait-il pas? Aujourd'hui comme toujours, les princes ont des dettes, tous les gentilshommes ont des dettes. Voudriezvous par hasard que Victurnien vous apportât des économies? Vous savez ce que fit notre grand Richelieu, non pas le cardinal, c'était un misérable qui tuait la noblesse, mais le maréchal, quand son petit-fils le prince de Chinon, le dernier des Richelieu, lui montra qu'il n'avait pas dépensé à l'Université l'argent de ses menu^-plaisrrs?
— Non, monsieur le Chevalier.
— Eh bien ! il jeta la bourse par la fenêtre, à un bar des cours, en disant à son petit-fils : On ne t'apprend donc pas ici à être prince ?
Chesnel baissai* la tète, Fans mot dire. Puis le soir,
ayant de s'endormir, l'honnête vieillard pensait que
aient funestes à une époque où la police
correctionnelle existait pour tout le monde : il y voyait
en germe la ruine de la grande maison d'Esgrignon.
Il | \\: IM I DBS \ N I '
Sans ces explications qui peignent tout un cAt< l'histi ire de la vie provinciale sous L'Empire et la Restauration, il eût été difficile de comprendre La scène par Laquelle commence cette aventure, et qui eut lieu vers La On du mois d'octobre de l'année 1822, dans le Cabinet des Antiques, un soir après le jeu, quand Les nobles habitués, les vieilles comtesses, les jeunes marquises, les simples baronnes eurent soldé leurs comptes. Le vieux gentilhomme se promenait de long en long dans son salon, où mademoiselle jnôn allait
éteignant elle-même les bougies aux tables de jeu ; il ne se promenait pas seul, il était avec le Chevalier. Ces deux débris du siècle précédent causaient de Victurmen. Le Chevalier avait été chargé de faire à son sujet des ouvertures au marquis.
— Oui, marquis, disait le Chevalier, votre fils perd ici son temps et sa jeunesse, vous devez enfin renvoyer à la Cour.
— J'ai toujours songé que, si mon grand âge m'interdisait d'aller à la Cour, où, entre nous soit dit. je ne sais pas ce que je ferais en voyant ce qui se passe et au milieu des gens nouveaux que reçoit le Roi, j'enverrais du moins mon fils présenter nos hommages à Sa Majesté. Le Roi doit donner quelque chose au comte, quelque chose comme un régiment, un emploi dans sa maison, enfin, le mettre à même de gagner ses éperons. Mon oncle l'arche venue a souffert un cruel martyre, j'ai guerroyé sans déserter le camp comme ceux qui ont cru de leur devoir de suivre les princes : selon moi, le roi était en France, sa noblesse devait l'entourer. Eh bien 1 personne ne songe à nous, tandis que Henri IN aurait écrit déjà aux d'Esgrignon : V
avons gagné bipartie. Enfin nous sommes quelque chose de mieux quelesTroisville, et voici deux Troivillenom-
ÎOI ! I v VIE DE PROVINCE
- | drsde France, un autre est député de l;i Nol
il prenait les Grandi I - . ctoraux pour U semblée! desonOidre . Vraiment on ne pense pas pins à nous que si nous n'existions pas! J'attendais le \ que les princes devaient faire par ici; mais les princes ne viennent pas à nous, il tant donc aller à eux.
— Je Miis enchanté de savoir .me vous pensez à produire noire cher Victurnien dans le monde, dit habilement le Chevalier. Cette ville est un trou dans lequel il
lit pas enterrer -es talents. Tout ce qu'il peut y rencontrer, c'est quéqut Normande ben sotte, ben mal apprise et riche. Que qu'il en ferait?... sa femme. Ah ! bon Dieu ! •
J'espère bien qu'il ne se mariera qu'après être parvenu à quelque belle charge du Royaume ou de la Couronne, dit le vieux marquis. Mais il y a des difficultés graves.
Voici les seules difficultés que le marquis apeicevait à l'entrée de la carrière de son fils.
— Mon lils, reprit-il après une pause marquée par un soupir, le comte d'Esgrignon ne peut pas se présenter comme un va-nu-pieds, il faut l'équiper. Hélas ! nous n'avons plus, comme il y a deux siècles, nos gentilshommes de suite. Ah ! Chevalier, cette démolition de fond en comble, elle me trouve toujours au lendemain du premier coup de marteau donné par monsieur de Mirabeau. Aujourd'hui, il ne s'agit plus que d'avoir de l'argent, c'est tout ce que je vois de clair dans les bienfaits de la Restauration. Le Roi ne vous demande pas si vous descendez des Valois ou si vous êtes un des conquérants de la Gaule, il vous demande si vous payez mille francs de Tailles. Je ne saurais donc envoyer le comte à la Cour sans quelque vingt mille
Il ( v i: IM. l M - àRTIQDBfl 205
— oui, arec cette bagatelle, il pourra se montrer galamment^ dit le Chevalier.
— Eh bien ! dit mademoiselle Àrmande, j'ai prié Chesnel de venir ce soir. Croiriez-vous, Chevalier, que, depuis le jour où Chesnel m'a proposé d'épouser ce mi-
ible du Croisier...
— Ah ! c'était bien indigne, mademoiselle, s'écria le ! chevalier.
— Impardonnable, dit le marquis.
— Eh bien ! reprit mademoiselle Armande, mon frère n'a jamais pu se décider à demander quoi que ce soit à Chesnel.
— A votre ancien domestique ? reprit le Chevalier. Ah ! marquis, mais vous feriez à Chesnel un honneur, un honneur dont il serait reconnaissant jusqu'à son dernier soupir.
— Non. répondit le gentilhomme, je ne trouve pas la chose digne...
— Il s'agit bien de digne! la chose est nécessaire, reprit le Chevalier en faisant un léger haut-le-corps.
— Jamais ! s'écria le marquis en ripostant par un geste qui décida le Chevalier a risqueur un grand coup pour éclairer le vieillard.
— Eh bien ! dit le Chevalier, si vous ue le savez pas, j je vous dirai, moi, que Chesnel a déjà donné quelque
chose à votre fils, quelque chose comme...
— Mon fils est incapable d'avoir accepté quoi que ce soit de Chesnel, s'écria le vieillard en se redressant et interrompant le Chevalier. Il a pu vous demander, à vous, vingt-cinq louis...
— Quelque chose comme cent mille livres, dit le Chevalier en continuant.
— Le comte d'Esgrignon doit cent mille livres à un
ael, s'écria le vieillard en donnant les signes d'une
ode douleur. Ah ! s'il n'était nus tils unique, il
u lit ce soir pour Les îles avec un brevet de capi-
: Devoir à des usuriers avec lesquels on s'acquitte
par de gros intérêts, bon", mais Cbesnel, un homme
auquel <>n -'attache !
— Oui! notre adorable Yieturnien a mangé cent mille s, mon cher marquis, reprit le Chevalier i :
couant les grains de tabac tombés sur son gilet, c'est peu, je le o âge, moi ! Enfin, laissons nos sou-
venirs, maïquis. Le comte est en province, toute proportion gardée, ce n'est pas mal, il ira loin; je lui vois les dérangements des hommes qui plus tard accomplissait de grandes choses...
— Et il dort là-haut sans avoir rien dit à son père, s'écria le marquis.
— 11 dort avec l'innocence d'un enfant qui n'a encore fait le malheur que de cinq ou six petites bourgeois, et auquel il faut maintenant des duchesses, répondit le Chevalier.
— Mais il appelle sur lui la lettre de cachet.
— Ils ont supprimé les lettres de cachet, dit le Cheval it »r. Quand on a essayé de créer une justice exceptionnelle, vous savez comme on a cric. Nous n'avons pu maintenir les cours prévôtales que monsieur de Buonaparte appelait Commissions militaires.
— Eh bien ! qu'allons-nous devenir quand nous aules enfants fous, ou trop mauvais sujets, nous
ne pourrons donc plus les enfermer ? dit le marquis.
LeChevalii r regarda le père au désespoir et n'osa lui répondre :
— Pious serorc bien élever...
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— Et voua ne m avei rien dit de ceJ i, mademoî elle d'Esgrignon, reprit le marquis en interpellant sa sœur.
paroles dénotaient toujours une irritation, il L'appelait ordinairement ma i
— Mais, monsieur, quand un jeune homme vif et bouillant reste oisif dans une ville comme celle-ci, que voulez-vous qu'il fasse ? «lit mademoiselle d'Esgrignon, qui De comprenait pas la colère de son frère.
— Hé ! diantre, des dettes, reprit le Chevalier; il joue, il B de petites aventures, il chasse, tout cela coûte horriblement aujourd'hui.
— Allons, reprit le marquis, il est temps de l'envoyer au Roi. Je passerai la matinée demain à écrire à nos
— Je connais quelque peu les ducs de Navarreins, de Lenonoourt, de Maufrigneuse, de Chaulieu, dit le Chevalier, qui se savait cependant bien oublié.
— Mon cher Chevalier, il n'est pas besoin de tant de fit mus pour présenter un d'Esgrignon à la Cour, dit le marquis en l'interrompant. Cent mille livres, se dit-il, ce Chesnel i st bien hardi. Voilà les effets de ces maudits Troubles. Mous Chesnel protège mon fils. Et il faut que je lui demande... Non, ma sœur, vous ferez cette affaire. Chesnel prendra ses sûretés sur nos biens pour le tout Puis lavez la tête à ce jeune étourdi, car il finirait par se ruiner.
Le Chevalier et mademoiselle d'Esgrignon trouvaient simples et naturelles ces paroles, si comiques pour tout autre qui les aurait entendues. Loiu de là, ces deux personnages furent très-émus de l'expression presque douloureuse qui se peignit sur les traits du vieillard. En ce moment, monsieur d'Esgrignon était sous le poids de quelque prévision sinistre, il devinait presque son époque. Dalla sur une bergère, au coin du feu.
I B8 Dl LA \ 1 B L> E i' R oVl.NCE
cul-liant Chesnel ,qui devait venir, et auquel il ne
lait rien demander.
Le marquis d'Esgrignon avait alors la physionomie que les imaginations un peu poétiques lui voudraient. Sa tète presque chauve avait encore des cheveux blancs soyeux, placés à L'arrière de la tête et retombant par mèches plates, mais bouclées aux extrémités. Son beau front plein de nobles 'Ot que l'on admire dans
la tète de Louis XV, d lus celle de Beaumarchais et dans celle du maréchal de Richelieu , n'offrait au regard ni l'ampleur carrée du maréchal de Saxe, ni le cen le petit, dur, serré, trop plein de Voltaire; mais une iaciense forme convexe, finement modelée, à tempes molles et dorées. Ses yeux brillants jetaient ce courage et ce feu que l'âge n'abat point. Il avait le nez des Condé, l'aimable bouche des Bourbons de laquelle il ne sort que des paroles spirituelles ou bonnes, comme en disait toujours le comte d'Artois. Ses joues plus en talus que niaisement rondes étaient en harmonie avec son corps sec, ses jambes fines et sa main potelée. Il avait le cou serré par une cravate mise comme celle des marquis représentés dans toutes les gravures qui ornent les ouvrages du dernier siècle, et que vous voyez à Saint- Preux comme à Lovelace, aux héros du bourgeois Diderot comme à ceux de l'élégant Montesquieu (voir les premières éditions de leurs œuvres). Le marquis poi tait urs un grand gilet blanc brodé d'or sur lequel brillait le ruban de commandeur de Saint-Louis, un habit bleu à grandes basques, à pans retroussés et fleurdelisés, singulier costume qu'avait adopté le Roi; mais le marquis n'avait point abandonné la culotte fram ni les bas de soie blancs, ni les boucles, et des sixheures du soir, il se montrait dan- sa tenue. Il ne lisait que la Uame et la Gazette de France, deux journaux que
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les feuilles constitutionnelles accusaient d'obscurantisme, de mille énonnités monarchiques et religieuses, et que le ojarquis, lui, trouvait pleines d'hérési d'idées révolutionnaires. Quelque exagérés que soient |es organes d'une opinion, il> sont toujours au-dt -
urs de leur parti ; de môme que le peintre de ce - taxé d'avoir outretandis qu'il adoucit quelques tons trop I qu'il éteint des parties trop ardentes chez son modèle. Le marquis d'Esgrignon avait mis ses coudes lur ses genoux, et se tenait la tète dans ses mains. Pendant tout le temps qu'il médita, mademoiselle Armande Chevalier se regardèrent sans se communiquer leurs idées. Le marquis souffrait-il de devoir l'avenir n ancien intendant? Doutait-il de l'accu- il qu'on ferait au jeuiw comte? Regrettait-il de n'ai ien préparé pour l'entrée de son héritier dans le monde brillant de la Cour, en demeurant au fond de sa province où l'avait retenu sa pauvreté, car comment aurait-il paru à la Cour? Il soupira fortement en relevant la tète. Ce soupir était un de ceux que rendait alors la véritable et loyale aristocratie, celle des gentilhommes de province, alors si négligés, comme la plupart de ceux qui avaient saisi leur épée et résisté pendant l'orage.
— Qu'a-t-on fait pour les Montauran, pour les du C.uénic, pour les Fontaine, pour les Bauvan, qui ne se sont jamais soumis ? se dit- il à voix basse. A ceux qui ont lutté le plus courageusement, on a jeté de misérables pensions, quelque lieutenance de Roi dans une forte- . i la frontière. Evidemment le marquis doutait de la Royauté. Mademoiselle d'Esgrignon essayait de rassurer son frère sur l'avenir de ce voyage, quand on entendit sur le petit
sec de la rue, le long des fenêtres du salon, pas qui annonçait Chesnel. Le notaire se montra bientôt à la porte de Joséphin, le vieui valet de chambre du comte, ouvrit sans annoncer.
— Chesnel, mon garçon...
Le notaire avait soixante-neuf ans, une tète chenue, un visage cane, vénérable, des culottes d'une ampleur qui eussent mérité de Sterne une description épique; des bas drapés, des souliers à agrafes d'argent, un habit en t non de chasuble, et un grand gilet de tuteur.
— ... Tu a< été bien outrecuidant de prêter de l'argent au comte d'Esgrignon ? Tu mériterais que je te le rendisse à l'instant et que nous ne te vissions jamais, car tu as donné des ailes à ses vices.
Il y eut un moment de silence comme à la Cour quand le Roi réprimande publiquement un courtisan. Le vieux notaire avait une attitude humble et contrite. — Chesnel, cet enfant m'inquiète, reprit le marquis avec bonté, je veux l'envoyer à Paris, pour y servir le Roi. Tu t'entendras avec ma sœur pour qu'il y paraisse convenablement... Nous réglerons nos comptes.
Le marquis se retira gravement, en saluant Chesnel par un geste familier.
— Je remercie monsieur le marquis de ses bontés, dit le vieillard qui restait debout.
Mademoiselle Arrnande se leva pour accompagner son frère; elle avait sonné, le valet de chambre était à la porte, un (lambeau à la main, pour aller coucher son maître.
— Chesnel, dit la vieille fille en revej riant.
Par ses délicatesses de femme, mademoiselle Arrnande «Hait toute rudesse au commerce du marquis