IES DL LA VIE 1»E PE0T1HG
moins, ce fut pour Victurnien une passion angélique. Oui. madame de Maufrigneuse restait un ange que les corruptions de La terre n'atteignaient point : un ange aux Variétés devant ces farces à demi oba et populacières qui la faisaient rire, un ange au milieu du feu croisé di s délicieuses plaisanteries et des chrooiques Bcandaleuses qui se disaient aux parties fines, un ange pâmée au Vaudeville en ln.re grillée, un en remarquant les poses des danseuses de l'Opéra et les critiquant avec la science d'un vieillard du coin de la reine, un ange à la Porte-Saint-Mai tin, un ange aux petits théâtres du boulevard, un ange au bal masqué où elle s'amusait comme un écolier ; un ange qui voulait que l'amour vécût de privations, d'héroïsme, de sacrifices, et qui faisait changer à d'Esgrignon un cheval dont la robe lui déplaisait, qui le voulait dans la tenue d'un lord anglais riche d'un million de rente. Elle était un ange au jeu. Certes aucune bourgeoise n'aurait su dire angéliquement comme elle à d'Esgrignon : Mettez au jeu pour moi! Elle était si divinement folle quand elle faisait une folie, que c'était à vendre son àrne au diable pour entretenir cet ange dans le goût des joies terrestres. Après son premier hiver, le jeune comte avait pris chez monsieur Cardot, qui se gardait bien d'user du droit de remontrance, la bagatelle de trente mille francs au delà de la somme envoyée par Chesnel. Un refus extrêmement poli du notaire à une nouvelle demande, apprit ce débet à Victurnien, qui se choqua d'autant plus du refu>, qu'il avait perdu six mille francs au Club, et qu'il le.- lui (allait pour y retourner. Après s'être formalisé du refus de maître Cardot, qui avait eu pour trente mille francs de confiance en lui, tout en écrivant à Chesnel, mais qui faisait sonner haut cette prétendue confiance devant le favori de la belle duchesse de
il CABIHK1 DIS INTIQUBfl
grignon fut obligé de lui dem tnder comment il devait s*J prendre, car il s'agissait d'une L'honneur.
— Tirez quelques lettres de change sur le banquier de Notre père, portec-les à son correspondant , qui les escomptera sans (Imite, puis écrivez à votre famille d'en remettre les fonds chez ce banquier.
Dana la détresse "ù il était, le jeune comte entendit une voix intérieure qui lui jeta le nom de duCroisier, dont les dispositions envers l'aristocratie, aux genoux de laquelle il l'avait vu, lui étaient complètement inconnues. 11 écrivit donc ace banquier une lettre tri par laquelle il lui apprenait qu'il tirait sur lui une lettre de change de dix mille francs, dont les tonds lui seraient remis au reçu de sa lettre par monsieur Chesnel ou par mademoiselle Axmande d'Esgrignon. Puis il écrivit deux lettres attendrissantes à Chesnel et à sa tante. Quand il s'agit de se précipiter dans 1rs abîmes, les jeunes gens font preuve d'une adresse, d'une habisingulières, ils ont du honneur. Victurnien trouva dans la matinée le nom, l'adresse des banquiers parisiens en relation avec du Croisier , les Relier que de Marsay lui indiqua. De Marsay -avait tout à Paris. Les Relier remirent à d'Esgrignon impte, sans mot
dire, le montant de la lettre de change : ils devaient à du Croisier. Cette dette de jeu n'était rien en comparaison de l'état des choses au logis. 11 pleuvait cies mémoires chez Victurnien.
— Tiens ! tu t'occupes de ça, dit un matin Rastignae a d Esgrignon en riant. Tu les mets en ordre, mon cher. Je ne te croyais pas si bourgeois.
— Mon cher enfant, il faut bien y penser, jeu ai là pour vingt et quelques mille francs.
De Marsay, qui venait chercher d'Esgrignon pour
une course au clocher, sortit Je sa poche un élégant petit portefeuille, y prit vingt mille francs, et les lui présenta.
— Voilà, dit-il, la meilleure manière de ne pas les perdre, je suis aujourd'hui d nullement enchanté de les avoir gagnés hier à mou honorable père, mylord hudley.
te grâce française séduisit au dernier point d'Esgrignon, qui crut à L'amitié, qui ne paya point ses mémoires et se servit de cet argent pour ses plaisirs. De M t! iy3 suivant une expression de la langue dus dandys, voyait avec un indicible plaisir d'Esgrig
"t, il prenait plaisir à s'appuyer le nias sur son épaule avec toutes les chatteries de l'amitié pour y peser et le faire disparaître plus tut, car il était jaloux de l'éclat avec lequel s'affichait la duchesse pour d'Esgrignon, quand eiie avait réclamé le huis-clos pour lui. C'était, d'ailleurs, un de ces rudes goguenards qui se plaisent dans le mal comme les femmes turques dans le bain. Aussi, quand il eut remporté le prix de 1 : t que
les parieurs furent réunis chez un aubergiste où il jeûnèrent, et où l'on trouva quelques bonnes bouleilhes devin, de Marsay, dit-il en liant à d'Esgrignon : — Ces mémoires dont tu t'inquiètes ne sont certainement pas les tiens.
— Et s'en inquiéterait-il? répliqua Rastignac.
— Et à qui appartiendraient-ils donc? demanda d'Esgrignon.
— ïu ne connais donc pas la position de la duchesse? dit de Mar-ay en remontant achevai.
— Non, répondit d'Esgi ignon inti -
— Eh bien ! mou cher, repartit de Marsay, voici : trente mille franc- chez Victorine, dix-huit mille francs
.. /. lioubigant, un compte chez Heibault, chezNattier,
l ! CAB1RE1 M - \Minil>
chez Nourtier, chei les petites Latour, m tout cent mille francs.
— Un ange, dit d'Esgrignon en levant les yeux au i îeL
— Voilà le compte de ses ailes, s'écria bouffonnemenl Rastignac.
— Llle doit tout cela, mon cher, répondit de Marsay, pi cl isément parce qu'elle est un ange; mais nous ai i «a loua rencontré des anges dans ces situations-là, dit-il
tardant Rastignac. Les femmes sont sublimes en ceci qu'elles n'entendent rien à l'argent, elles \w b\ d mêlent pas, cela ne les regarde point; elles s<mt priées au banqut i /• la vie, selon le mut de je ne sais quel poète crevé à l'hôpital.
— Comment saNez-vous cela, tandis que je ne le sais pas? répondit naïvement d'Esgrignon.
— Tu seras le dernier à le savoir, comme elle sera la dernière à apprendre que tuas des dettes.
— Je lui croyais cent mille livres de rente, dit d'Esgrignon.
— Son mari, reprit de Marsay, est séparé d'elle et vit à si >n régiment où il fait des économies, car il a quelques petites dettes aussi, notre cher duc! D'où venez-vous? Apprenez donc à faire, comme nous, les comptes de vos amis. Mademoiselle Diane je l'ai aimée pour son nom!), Diane d'Uxelles s'est mariée avec soixante mille livres de rente à elle ; sa maison est depuis huit ans montée sur un pied de deux cent mille livres de rente; il est clair qu'en ce moment ses terres sont toutes hypothéquées au delà de leur valeur; il faudra quelque beau matin fondre la cloche, et l'ange sera mis en fuite par... faut-il le dire? par des huis>iersqui auront l'impudeur de saisir un ange comme ils empoigneraient l'un de nous.
24* RI ftHBS DB LA VIE DE PROVINCE
— Pauvre ang
— Eh! mon cher, il en coûte fort cher de rester dans le Paradis parisien, il Tant se blanchir le teint et les ailes tous les matins, dit Rastignac.
Comme il était passe par la tête .de dTEsgrignon d'avouer ses emban hère Diane, il lui passa
comme un frisson en pensant qu'il devait déjà soixante mille francs et qu'il avait pour dix mille francs de mémoires à venir. 11 revint assez triste. Sa préoccupation mal déguisée fut remarquée par ses amis, qui se dirent à dîner : — Ce petit d'Esgrignon s'enfonce î il n'a pas le pied parisien, il se brûlera la cervelle. C'est un petit sot, etc.
Le jeune comte fut consolé promptement. Son valet de chambre lui remit deux lettres. D'abord une lettre de Chesnel, qui sentait le rance de la fidélité grondeuse et des phrases rubriquées de probité ; il la respecta, la garda pour le soir. Puis une seconde lettre où il lut avec un plaisir infini les phrases cicéroniennes par lesquelles duCroisier, à genoux devant lui comme Sganarelle devant Géronte, le suppliait à l'avenir de lui épargner l'affront de faire déposer à l'avance l'argent des lettres de change qu'il daignerait tirer sur lui. Cette) lettre finissait par une phrase qui ressemblait si bien à une caisse ouverte et pleine d'écus au service de la noble maison d'Esgrignon, que Victurnien fit le geste de Sganarelle, de Mascarille et de tous ceux qui sentent i des démangeaisons de conscience au bout des doigts, liant un crédit illimité chez les Keller, il décacheta gaiement la lettre de Chesnel ; il s'attendait aux quih i la remontrance débordant à
pleins bords, il voyait déjà les mots habituels de prudence, honneur, esprit de conduite, etc., etc. Il eut le vertige en lisant ces mots :
LE CiBIMI 1 DBS AMI i
«Monsieur le comte,
s II oe me reste, de toute ma fortune, que doux cent » mille francs; je vous supplie de ne pas aller au delà, » .-i vous faites L'honneur de les prendre au plus dé- » voué des serviteurs de votre famille, et qui vous pré- » sente ses respects.
» Cil! -M I .
— C'est un homme de Plutarque, se dit Victurnien
en jetant la lettre sur sa table. 11 éprouva du dépit, il K sentait petit devant tant de grandeur. — Allons, il faut se réformer, se dit-il.
Au lieu de diner au restaurant où il dépensait à chaque dîner entre cinquante et soixante lianes, il lit l'économie de din<T chez la duchesse de Maufrigneuse, à laquelle il raconta l'anecdote delà lettre.
— Je voudrais voir cet homme-là, dit-elle en faisant briller ses yeux connue deux étoiles fixes.
— Qu'en feriez-vous?
— Mais je le chargerais de mes affaires.
Diane était divinement mise, elle voulut faire honneur de sa toilette à Victurnien, qui fut fasciné par la légèreté avec laquelle elle traitait ses affaires, ou plus exactement ses dettes. Le joli couple alla aux Italiens. Jamais cette belle et séduisante femme ne parut plus séraphique ni pluséthérée. Personne dans la salle n'aurait pu croire aux dettes dont le chiffre avait été donné le matin même par de Marsav à d'Esgrignon. Aucun des soucis de la terre n'atteignait à ce front sublime, plein des fiertés féminines les mieux situées. Chez elle, un air rêveur semblait être le reflet de l'amour terrestre noblement étouffé. La plupart des hommes pariaient
246 I I a VIE DE PmOTIRCE
que le beau Ykturnien en était pour ses frais, contre mmes sûres de Ut défaite de leur rivale , et qui l'admiraient comme Michel-Ange admirait Raphaël, m petto! Yicturnien aimait Diane, selon celle-ci, à cause s cheveux, car elle avait la plus belle chevelure blonde de France; selon celle-là, son piincipal mérite était sa blancheur, car elle n'était pas bien faite, mais bien habillée: selon d'autre-. d'Esgrignon l'aimait pour ton pied, la seule chose qu'elle eût de bien, elle avait la figure plate. Mais ce qui peint étonnamment les mœurs de Paris : d'un côte , les hommes disaient que la du- ■ fournissait au luxe de Yicturnien; de l'autre, les femmes donnaient à entendre que Yicturnien payait, comme disait Rastignac, les ailes de cet an^re. Kn revenant, Yicturnien, à qui les dettes de la duchesse pesaient bien plus que les siennes, eut vingt fois sur les lèvres une interrogation pour entamer ce chapitre; mais vingt fois elle expira devant l'attitude de cette créature divine à la lueur des lanternes de son coupé, séduisante de ces voluptés qui, chez elle, semblaient toujours ai radiées violemment à sa pureté de madone. La duchesse ne commettait pas la faute de parler de sa vertu, ni de son état d'ange, comme les femmes de province qui l'ont imitée; elle était bien plus habile, elle y faisiit penser celui pour qui elle commettait de si grands sacrifices. Elle donnait, après six mois, l'air d'un péché capital au plus innocent baisement de main, elle pratiquait l'extorquement des bonnes grâces avec un art si consommé ça il était impossible de ne pas la croire plus ange avant qu'après. Il n'y a que les Parisiennes asses tories pour toujours donner un nouvel attrait à la lune et pour romantiserl . pour tonjours rouler dans le mêma
sac à charbon et en sortir tonjours plus blanches. Là est le dernier degré de la civilisation intellectuelle et pari-
tienne. Les femmes d'au-delà le Rhin ou la Manche
mettes quand i lies les déb lent; I que les Parisiennes y font croire leurs amants pour les rendre plus heureux en Qattant toutes leurs vanités relies el spirituelles. Quelques personnes onl voulu diminuer le mérite de la duchesse, en prétendant qu'elle était la première dupe de ses sortilèges. Infâme calomnie! La duchesse ne croyait à rien qu'à ellemême.
Au commencement de l'hiver, entre les allées 1823 et 1824, Victurnien avait chez les Relier un débet de deux cent mille francs dont ni Chesnel, ni mad' ■elle Armande ne bavaient rien. Pour mieux cacher la source où il puisait, il s'était (ait envoyer de temps à autre deux mille écus par Chesnelj il écrivit dus lettres mensongères à son pauvre père et à sa tante qui vivaient heureux, abusés comme la plupart des gens heureux. I ne seule personne était dans le secret de Phonïble catastrophe que l'entraînement fascinateur de la vie parisienne avait préparé à cette grande et noble famille. Du Croisier, en passant le soir devant le Cabinet des Antiques, se frottait les mains de joie, il espérait arriver à se- fins. Ses tins n'étaient plus la ruine mais le dé-honneur de la maison d'Esgrignon, il avait alors l'instinct de sa vengeance, il la flairait ! Enfin il en fut sur des qu'il sut au jeune comte des dettes sous le poids desquelles cette jeune âme devait succomber. 11 commença par as?assiner celui de ses ennemis qui lui était le plus antipathique, le vénérable Chesnel. Ce bon vieillard habitait rue du Bercail une maison à toits très-élepetite cour pavée, le long des murs de laquelle montaient des rosiers jusqu'au premier étage. Derrière, était un jardinet de province, entouré de mur? humides et sombres, divise en plates-bandes par des borduie? en
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buis. La porte, grise et proprette, avait cette barrière à claire-voie armée de sonnettes, qui dit autant que Les
panonceaux : Ici respire un notaire. Il était cinq heures et demie du soir, moment où le vieillard digérait son
dîner. Chesne) était dans son vieux fauteuil de cuir noir, devant son feu: il .avait chaussé l'armure de carton peint? Ggurant nue botte, avec laquelle il préservait ses jambes du feu. Le bonhomme avait l'habitude d'appuyer
ds sur la barre et de tisonner en digérant, il mangeait toujours trop : il aimait la bonne chère. Hélas! sans ce petit défaut, n'eût-il pas été plus parfait qu'il n'est permis à un homme de l'être? 11 venait de {rendre sa tasse de café, sa vieille gouvernante s'était retirée en emportant le plateau qui servait à cet usage depuis vingt ans; il attendait ses clercs avant de sortir pour aller faire sa partie; il pensait, ne demandez pas à qui ni à quoi? Rarement une journée s'écoulait sans qu'il se fût dit : Où est-il? que fait-il? 11 le croyait en Italie avec la belle Maufrigneuse. Une des plus douces jouissances des hommes qui possèdent une fortune acquise et non transmise est le souvenir des peines qu'elle a coûtées et l'avenir qu'ils donnent à leurs écus : ils jouissent à tous les temps du verbe. Aussi, cet homme dont les sentiments se résumaient par un attachement unique, avait-il de doubles jouissances en pensant que ^es terres si bion choisies, si bien cultivées, si péniblement achetées, grossiraient les domaines de la maison
- i:. A l'aise dans son vieux fauteuil, il se carrait dans ses espérances : il regardait tour à tour l'éditice élevé par ses pincettes avec des charbons ardents et l'édifice de La maison d'Esgrignon relevé par ses soins. Il s'applaudissait du sens qu'il avait donné à sa vie, en imaginant le jeune comte heureux. Chesnel ne manquait pas d'esprit, son aine n'agissait pas seule dans ce
I! i m.im i DRS ANTIQUES
grand dévouement, il avait son orgueil, il ressemblait à i 'Mrs qui ni des piliers dans les ( ithé-
drales en j inscrivant leurs noms : il s'inscrivait dans la mémoire de la maison i ; rig >n. On j parlerait du vieux Chesnel. En ce moment, sa vieille gouvernante entra en donnant les marques d'un effarouchement ssif.
— Est-ce le feu, Brigitte? dit Chesnel.
— C'e^t quelque chose comme ça, répondit-elle. Voici monsieur du Croisier qui veut vous parier...
— Monsieur du Croisier, répéta le vieillard si cruel- •it atteint jusqu'au cœur par la froide lame du
soupçon qu'il laissa tomber ses pincettes. Monsieur du Croisier ici, pensa-t-il, notre ennemi capital!
Du Croisier entrait alors avec l'allure d'un chat qui sent du lait dans un office. Il salua, prit le fauteuil que lui avançait le notaire, s'y a?sit tout doucettement, et présenta un compte de deux cent vingt-sept mille francs, intérêts compris, formant le total de l'argent avancé à monsieur Victurnien en lettre? de change tirées sur lui, acquittées; et desquelles il réclamait le payement sous peine de poursuivre immédiatement avec la dernière ur l'héritier présomptif de la maison d'Esgrignon. Çfeesnel mania ces fatales lettres une à une, en demandant le secret à l'ennemi de la famille. L'ennemi promit de se taire, s'il était payé dans les quarante-huit heures : il était gêné, il avait obligé des manufacturiers. Du Croisier entama cette série de mensonges pécuniaires qui ne trompent ni les emprunteurs ni les notaires. Le bonhomme avait les ncux troublés, il retenait mal ses larmes, il ne pouvait payer qu'en hypothéquant ses bien- pour le reste de leur valeur. En apprenant la difficulté qu'éprouverait son remboursement, du Croisier ne fut plus gêné, n'eut plus besi in
s BS DK LA VIE DE F-R0V1>< ;
- aat, il pr tdain au vieux notaire de lui
acheter ses propriétés. Cette vente fut signée et consommée en deux jours. Le pauvre Chesnel ne put supporter l'idée de savoil l'enfant de la maison détenu pour dette- pendant cinq ans. Quelques jours après, il ne resta donc plus au notaire que son Etude, ses recouvrement- et sa maison. Chesnel se promena, dépouillé - biens, sous 1< > lambris en chêne noir de son cabinet, regardant les solives de châtaignier à filets sculptés, regardant si treille par la lenètre, ne pensant plus à .-es fermes ni à sa chère campagne du Jard,uon.
— Que deviendra-t-il? Il faut le rappeler, le marier à une riche héritière, se disait-il les yt;u\ troublés et la {>'■[<• pesante.
I! ne savait comment aborder mademoiselle Armande ni en quels termes lui apprendre cette nouvelle. Lui, qui venait de solder le compte des dettes au nom de la famille, tremblait d'avoir à parler de ces choses. Eu allant de la rue du Bercail à l'hôtel d'Esgrignon, le bon vieux notaire était palpitant comme une jeune fille qui se sauve de la maison paternelle pour n'y revenir que mère et désolée. Mademoiselle Armande venait de recevoir une lettre charmante d'hypocrisie, où son neveu parai- l'homme du monde le plus heureux.
Après être allé aux Eaux et en Italie avec madame de llauf ligneuse, Victunûen envoyait le journal de son voyage à sa tante. Lamour respirait dans toutes ses phrase-. Tantôt une ravissante description de Venise et d'enchanteresses appréciations des chefs-d'œuvre de l'art italien; tantôt des pages divines sur le dôme de Milan, sur Florence; ici la peinture des Appennins opà celle <!<■- \i. - . \\ des ullages, comme celui de Chiavari, où l'on trouvait autour de soi le bonheur tout fait, fascinaient la pauvre tante qui voyait planant
LB CABIHBT DBS ANTIl 231
à traversées contrées «l'amour on ange donl la tendresse prêtail à ces belles choses on air enflammé. Mademoiselle Armande BaTourait cette lettre a longs traits, comme le devait une fille sage, mûrie au feu des passions contraintes, comprimées, victime des désirs offerts en holocauste sur l'autel domestique avec une joie constante. Elle n'avait pas l'air ange comme la duchesse, elle ressemblait alors à ces statuettes droites, minces, élancées, de couleur jaune, que les merveilleux artistes des cathédrales ont mises dans quelques angles, au pied desquelles l'humidité permet au liseron de croître et de les couronner par un beau jour d'une belle cloche bleue. En ce moment, la clochette s'épanouissait aux yeux de cette Sainte : mademoiselle Armande aimait fantastiquement ce beau couple, elle ne trouvait pas condamnable l'amour d'une femme mariée pour Vic- Inrnien, elle l'eût blâmé dans toute autre; mais le crime ici aurait été de ne pas aimer son neveu. Les tantes, les mères et lis sœurs ont une jurisprudence particulière pour leurs neveux, leurs lils et leurs frères. Elle se voyait donc au milieu des palais bâtis par les fées sur les deux lignes du grand canal à Venise. Elle y était dans la gondole de Victurnien qui lui disait combien il avait été heureux de sentir dans sa main la belle main de la duchesse, et d'être aimé en voyageant sur le sein de cette amoureuse reine des mers italiennes. En ce moment d'angélique béatitude, apparut au bout de l'allée, Chesnél! Hélas! le ^able criait sous ses pieds, comme celui qui tombe du sablier de la Mort et quelle broie avec ses pieds sans chaussure. Ce bruit et la vue de Chesnel dans un état d'horrible désolation , donnèrent à la vieille fille la cruelle émotion que cause le rappel des sens envoyés par l'âme dans les pays imaginai!
|] - L'K L*l VIE DE PR0V1.NCE
— Qu'j a-t-il ? s'écria-trelte comme frappée d'un coup au cœur.
— T<uit est perdu! dit Chesnel. Monsieur ie comte Dorera la maison si nous n'y mettons ordre.
11 montra les lettres de change, il peignit les tortures qu'il avait subies depuis quatre jours, en peu de mots simples, mais énergiques et touchants.
— Le malheureux, il nous trompe, s'écria mademoiselle Armande dont le cœur se dilata sous l'affluence du sang qui abondait par grosses vagues.
— Oisons notre meà cv.lpâ, mademoiselle, reprit d'une voix forte le vieillard, nous l'avons habitué à faire ses volontés ; il lui fallait un guide sévère, et ce ne pouvait ètie ni vous qui êtes une tille, ni moi qu'il n'écoutait pas : il n'a pas eu de mère.
— 11 y a de terribles fatalités pour les races nobles qui tombent, dit mademoiselle Armande les yeux en pleui s.
En ce moment le marquis se montra. Le vieillard revenait de sa promenade en lisant la lettre que son fils lui avait écrite à son retour en lui dépeignant son voyage au point de vue aristocratique. Victumien avait été reçu par les plus grandes familles italiennes, à Gènes, à Turin, à Milan, à Florence, à Venise, à Rome, à Naples ; il avait dû leur flatteur accueil à son nom et aussi à la duchesse peut-être. Enfin il s'y était montré magnifiquement, et comme devait se produire un d'Esgrignon.
— Tu auras fait des tiennes, Chesnel, dit-il au vieux notaire.
Mademoiselle Armande fit un signe à Chesnel, signe ardent et terrible, également bien compris par tous deux. Ce pauvre père, cette fleur d'honneur féodal,
i ! CABIHE1 DES LKTIQUES
devait mourir avec ses illusions. Un pacte de Bile
rt de dérouen ut entre le noble notaire et la noble fille l'ut conclu par inn4 simple inclination de tête.
— Ati! Chesnel, ce n*est pas l"ut à fait corami que i ignon sont allés en ltali< vers le quinzième siècle, quand le maréchal Trivulce, au sei ?ice de France, servait sous un dlSsgrignon qui avait \\ <
ordres: autre temps, autres plaisirs. La duchesse il»' Maiifrigneuse vaut d'ailleurs bien la marquise de Spinola.
Le vieillard, posé sur son arbre généalogique, se balançait d'un air fat comme s'il avait eu la marquise de Spinola, et comme s'il possédait la duchesse moderne. Quand les deux affligés lurent seuls, assis sur le même banc, réunis dans une même pensée, ils se dirent pendant longtemps l'un à l'autre des paroles vagues, insignifiantes, en regardant ce père heureux qui s'en allait en gesticulant comme s'il se parlait à lui-même.
— Que va-t-il devenir? disait mademoiselle Armande.
— Du Croisier a donné l'ordre à messieurs Keller de ne plus lui remettre de sommes sans titres, répondit Chesnel.
— Il a des dettes, reprit mademoiselle Ai mande.
— Je le crains.
— S'il n'a plus de ressources, que fera-t-il ?
— Je n'ose me répondre à moi-même.
— Mais il faut l'arracher à cette vie, l'amener ici, car il arrivera à manquer de tout.
— Et à manquer à tout, répéta lugubrement Chesnel. Mademoiselle Armande ne comprit pas encore, elle
ne pouvait pas comprendre le sens de cette parole.
— Comment le soustraire à cette femme, à cette duchesse, qui peut-être l'entraîne? dit-elle.
— Il fera des crimes peur rester auprès d'elle, dit
snel, en essayant d'arriver par des transitions supportables à une idée insupportable.
— Des crimes! répéta mademoiselle Armande. Ah! Chesnel, cette idée ne peut venir qu'à vous, ajoutât-elle, en lui jetant un regard accablant, le regard par lequel la femme peut foudroyer les dieux. Les gentilshommes ne commettent d'autres crimes que ceux dits de haute trahison, et on leur coupe alors la tête sur un drap noir comme aux rois.
— Les temps sont bien changés, dit Chesnel en branlant sa tête de laquelle Victurnien avait fait tomber les derniers cheveux. Notre roi Martyr n'est pas mort comme Charles d'Angleterre.
Cette reflexion calma le magnifique courroux de la fille noble, elle eut le frisson, sans croire encore à l'idée de Chesnel.
— Nous prendrons un parti demain, dit-elle, il y faut réfléchir. Nous avons nos biens en cas de malheur.
— Oui, reprit Chesnel, vous êtes indivis avec monsieur le marquis, la plus forte part vous appartient, vous pouvez l'hypothéquer sans lui rien dire.
Pendant la soirée, les joueurs et les Joueuses de whist, dereversi, de boston, de trictrac, remarquèrent quelque agitation dans les traits ordinairement si calmes et si purs de mademoiselle Armande.
— Pauvre enfant sublime! dit la vieille marquise de Castcran, elle doit souffrir encore. Une femme ne sait jamais à quoi elle s'engage en faisant les sacrifices qu'elle a faits à sa maison.
Il fut décidé le lendemain avec Chesnel que mademoiselle Armande irait à Paris arracher son neveu à sa perdition. Si quelqu'un pouvait opérer l'enlèvement de Victurnien, n'était-ce pas la femme qui avait pour lui
1 i. CABIRB1 i'i - LRTI
otraillea mat< nielles? Mademoiselle Aim.ui.! à allertrouver la duchesse de Maufrigneuse, roulait tout déclarer à cette femme. Mais il lallut un texte p >ur justifier ce voyage aux yeux du marquis et de la ville. Mademoiselle Armande risqua toutes ses pudeurs de lille vertueuse eu laissant croire à quelque maladie qui exigeait une consultation de médecins habiles et renommés. Dieu sait si l'un en causa. Mademoiselle Armande voyait un bien autre honneur que le sien au jeu! Elle partit. Chesnel lui apporta son dernier sac de louis, elle le prit, sans • même y faire attention, comme elle prenait ?a capote blanche et ses mitaines de filet.
— Généreuse fille! Quelle grâce! dit Chesnel en la mettant en voiture, elle et >a femme de chambre qui ressemblait à une sœur grise.
Du Croisier avait calculé sa vengeance comme les gens de province calculent tout. Il n'y a rien au monde que 1 -es, les paysans et ks gens de province
pour étudier à fond leurs affaires dans tous les sens ; aussi, quand ils arrivent de la Pensée au Fait, trouvezvous les choses complètes. Les diplomates sont des entants auprès de ces Irois classes de mammifères, qui ont le temps devant eux, cet élément qui manque aux gens obligés de penser à plusieurs choses, obligés de tout enduire, de tout préparer dans les grandes affaires humaines. Du Croisier avait-il si bien sondé le cœur du pauvre Victurnien, qu'il eût prévu la facilité avec laquelle il se prêterait à sa vengeance, ou bien proûtat-il d'un hasard épié durant plusieurs années? Il y a ceites un détail qui prouve une certaine habileté dans la minière dont se prépara le coup, oui avertissait du Croisier? Était-ce les Relier? était-ce le fils du Président du Ronceret, qui achevait son Droit à Paris ? Du
RS Dl LA \ Il DE P10TIHCE
îier écrivit à Victurnien une lettre pour lui annoncer qu'il a\ait défendu aux Keller de lui a\ i aucune somme s, au moment ou il savait la
duchesse de Mai
le comte d*Esgrign .1 dév< ré par une misère aussi ef-
unment déguisée. Ce malheureux jeune
homme déployait son esprit à feindre l'opulence! Cette
lettre, qui disait à la victime que les Keller ne lui remettraient rien valeurs, laissait entre les formules d'un resj . ré et la signature un espace ! le. En coupant ce fragment de lettre, il
était facile d'en faire un effet pour une somme cens rable. Cette infernale lettre allait jusque sur le verso du second feuillet, elle était sous enveloppe, le revers se tit blanc. Quand cette lettre arriva, Victurnien roulait dans les abîmes du désespoir. Après deux ans p dan- la vie la plus heureuse, la plus sensuelle, la moins use, la plus luxeuse, il >e voyait face à face avec une inexorable misère, une impossibilité absolue d'avoir de l'argent. Le voyage ne s'était pas achevé sans quel- ,ques tiraillements pécuniaires. Le comte avait extorqué très-difficilement, la duchesse aidant, plusieurs sommes à des banquiers. Ces sommes, représentées par des let- - . allaient se dresser devant lui dans toute leur rigueur, avec les sommations implacables de la îe et de la Jurisprudence commerciale. A travers uissances, ce malheureux enfant s la pointe de l'épée du Commandeur. Au milieu ue ^:cs rs, il entendait, comme don Juan, le bruit lourd Statue qui montait les escaliers. 11 éprouvait ces bs indicibles que donne lestrœeo de dette.-. 11 comptait sur un hasard. 11 avait tonjoursgagné à la loterie depuis cinq ans, sa bourse -était toujours remplie. Il se disait qu'après Chesnel était venu du Croisier,
il CA1IRB1 DBS kNTIQUBfl
qu'après du Croisier jaillirait une autre mine d'or. D'ailleurs ;1 -uni1! a sommes au jeu. Le jeu
l'avait sauvé déjà de plusieurs mauvais pas. Souvent, dans un fol espoir, il allait perdre au salon des Étrangers le gain qu'il faisait au Cercle ou dans le monde au whist. Sa vie, depuis deux mois, ressemblait \ l'immortel finale du Don Juan de Mozart ! Celte musique doit faire frissonner certains jeunes venus à la
situation où se débattait Victurnien. Si quelque chose peut prouver l'immense pouvoir de la Musique, n'estce pas cette sublime traduction du désordre, dos embarras qui naissent dans une vie exclusivement voluptueuse , cette peinture effrayante du parti pris de s'étourdir sur les dette-, but les duels, sur les trompesu] les mauvaises chances J Mozart est, dansée morceau, le ris al heureux de Molière. Ce terrible finale ardent, vigoureux, désespéré, joyeux, plein de fantômes horribles et de femmes lutines, marqué par une dernière tentative qu'allument les vins du souper et par une défense enragée; tout cet infernal poème, Victurnien le jouait à lui seul ! 11 se voyait seul, abandonné, sans amis devant une pierre où était écrit, comme au bout d'un livre enchanteur, le mot fin. Oui ! tout allait finir pour lui. Il voyait par avance le regard froid et railleur, le sourire par lequel .-es compagnons accueilleraient le récit de son dé>astre. 11 savait que parmi eux , qui hasardaient des sommes importantes sur les tapis verts que Paris dresse à la Bourse, dans les salons, dans les cercles, partout, nul n'en distrairait un billet de banque pour sauver un ami. Chesnel devait être ruiné. Victurnien avait dévoré Chesnei. Toutes les furies étaient dans son cœur et se le partageaient quand il souriait à la duchesse, aux Italiens, dans cette loge où leur bonheur faisait envie à toute la salle. Enfin,
pour expliquer jusqu'où il roulait dans l'abîme du doute, du désespoir et de L'incrédulité, lui qui aimait la vie jusqu'à devenir lâche pour la conserver, cet ange la lui faisait m belle ! eh bien ! il regardait ses pistolets, il allait jusqu'à concevoir Le suicide, lui, ce voluptueux mauvais sujet, indigne de son nom. Lui, qui n'aurait pas souffert l'apparence d'une injuie, il s'adressait ces horribles remontrances que l'on ne peut entendre que de soi-même. Il laissa la lettre de du Croisier ouverte sur son lit : il était neuf heures quand Joséphin la lui remit, et il avait dormi au retour de l'Opéra, quoique ses meubles fussent saisis. Mais il avait passé par le voluptueux réduit où la duchesse et lui se retrouvaient pour quelques heures après les fêtes de la Cour, après les bals les plus éclatants, les soirées les plus splendides. Les apparences étaient très-habilement sauvées. Ce réduit était une mansarde vulgaire en apparence, mais que les Péris de l'Inde avaient décorée , et ou madame de Maufrigneuse était obligée en entrant de baisser sa tète chargée de plumes ou de fleurs. A la veille de périr, le comte avait voulu dire adieu à ce nid élégant, bâti par lui qui en avait fait une poésie digne de son ange , et où désormais les œuf» enchantés, brisés parle malheur, n'écloraient plus en blanches colombes, en bengalis brillants, en flamants roses, en mille oiseaux fantastiques qui voltigent encore au-dessus de nos tètes pendant les derniers jours de la vie. Hélas î dans trois jours il fallait fuir, les poursuites pour des lettres de change données à des usuriers étaient arrira dernier terme. Il lui passa par la cervelle une atroce idée : fuir avec la duchesse, aller vivre dans un coin ignoré, au fond de l'Amérique du Nord ou du Sud: mais fuir avec une fortune, et en laissant les créanciers nez à nez avec leur» titre». Pour réaliser ce
il CÂBIRtl DBS klITlQtJBS
plan il suffis lit de couper ce bas de l I i . ,i 'en faire un effet et de k porter ch(
Keller. Ce fut un combat affreux, où il y eut des larmes répandues e1 où l'honneur de la race triompha, mais ious condition. Vkturnien voulut être sûr d belle Diane, il subordonna l'exécution de son plana liment qu'elle donnerait à leur fuite. Il vint chez la duchesse, rue du Faubourg-Saint-Honoré , il la trouva dans on de ses négligés coquets qui lui coûtait autant de soins que d'argent, et qui lui permettaient de commencer son rôle d'ange dès onze heures du matin.
Madame de Mauii igneuse était à demi pensive : mêmes inquiétudes la dévoraient, mais elle les supportait avec courage. Parmi les organisations diverses que les phygisles ont remarquées chez les femmes, il en est une qui a je ne sais quoi de terrible, qui comporte une vigueur d'âme, une lucidité d'aperçus, une promptitude de décision, une insousiance, ou plutôt un parti pris sur certaines choses dont s'effrayerait un homme. Cas facultés sont cachées sous les dehors de la faiblesse la plus gracieuse. Ces femmes, .-cuit'.- entre les femmes, offrent la réunion ou plutôt le combat de deux êtres que Buffan ne reconnaissait existants que chez l'homme. Les autres femmes sont entièrement femmes; elles sont entièrement tendres, entièrement mère.-, entièrement dévouée?, entièrement nulles ou ennuyeuses: leurs nerfs sont d'accord avec leur sang elle sang avec leur tète; mais les femmes comme la duchesse peuvent arriver à tout ce que la sensibilité a de plus élevé, et faire preuve de la plus égoïste insensibilité. L'une des gloires de Molière est d'avoir admirablement peint, d'un seul côlé seulement, ces natures de femmes dans la plugrande ligure qu'il ait taillée en plein marbre : Céli-
USA M I \ VIE I>F. PROTlftCI
mène ! Célimène ! qui représente la femme aristocratique, comme Figaro, cette seconde édition de Panurge, - nte le peuple. Ainsi . i i im le poids de
dettes énormes, la duchesse s'était ordonnée à ellemême, absolument comme Napoléon oubliait et reprenait à volonté le fardeau de ses pensées , de ne songer à cette avalanche de soucis qu'en un seul moment et p»ur prendre un parti définitif, Elle avait la faculté de se séparer d'elle-même et de contempler le désastre à quelques pas, au lieu de se laisser enterrer dessous. C'était, certes, grand, mais horrible dans une femme. Entre l'heure de son réveil où elle avait retrouvé toutes ses iiées et L'heure où elle s'était mise à sa toilette, elle avait contemplé le danger dans toute son étendue, la possibilité d'une chute épouvantable. Elle méditait : la fuite en pays étranger, ou aller au Roi et lui décl r i sa dette, ou séduire un du Tillet, un Nucingen, et payer en jouant à la Bourse; avec l'or qu'il lui donnerait, le banquier bourgeois serait assez spirituel pour n'apporter que des bénéfices, et ne jamais parler de pertes, délicatesse qui gazerait tout. Ces divers moyens, cette catastrophe , tout avait été délibéré froidement, avec calme, sans trépidation. De même qu'un naturaliste prend le plus magnifique des lépidoptères, et le fiche sur du coton avec une épingle, madame de Maufrigneuse avait oté son amour de son cœur pour penser à la nécessité du moment, prête à reprendre sa belle ri >n sur sa ouate immaculée quand elle aurait sauvé sa couronne de duchesse. Point de ces hésitations que Richelieu ne confiait qu'au père Joseph, que Napoléon cacha d'abord à tout le monde, elle s'était dit : ou ceci ou cela. Elle était au coin de son feu, commandant >a toilette pour aller au Huis, si le temps i mettait, quand \ icturnien entra.
il. CABINET DBS A NT 11 '-'' I
M ilgré ses i i| acite* étouffées el son esprit -i \it, le comte était comme aurait dû être cette femme : il avait des palpitations au cœur, il suait dans son harnais de dandy, il D'osait encore porter une main sur une pierre angulaire, qui, retirée, allait faire crouler la pyramide de leur mutuelle existence. 11 lui en coulait tant d'avoir une certitude! Les liMnur.es les plu- forts aiment à se tromper eux-mêmes sur certaines choses où la vérité connue les humilierait, les offenserait d'eux à eux. Victnrnien força sa propre incertitude à venir sur le terrain en lâchant une phrase compromettante.
— Qu'aves-vous? avait été le premier mot de Diane de Maufrigneuse à L'aspect de son cher Victurnien.
— Mai-, ma chère Diane, je suis dans un si grand embarras qu'un homme au fond de l'eau, et à sa dernière gorgée, est heureux en comparaison de moi.
— Bah ! lit-elle, des misères, vous êtes un enfant. Voyons, dites!
— Je suis perdu de dettes, et arrivé au pied du mur.
— N'est-ce que cela? dit-elle en souriant. Toutes les affaires d'argent s'arrangent d'une manière ou de l'autre, il n'y a d'irréparable que les désastres du cœur.
Mis à l'aise par cette compréhension subite de sa position, Victurnien déroula la brillante tapisserie de sa \ie pendant ces trente mois, mais à l'envers et avec talent d'ailleurs, avec esprit surtout. Il déploya dans son récit cette poésie du moment qui ne manque à personne dans les grandes crises, et sut le vernir d'un élégant mépris pour les choses et les hommes. Ce fut aristocratique. La duchesse écoutait comme elle savait écouter, le coude appuyé sur son genou levé très-haut. Elle avait le pied sur un tabouret. Ses doigts étaient mignonnement groupés autour de son joli menton. Elle tenait ses yeux attachés aux yeux du comte; mais des myriades
SCÈNES Dl LA TIB DE PkOVIHCE
us leur bleu comme des lueurs d'oi i-re entre deux nuées. K!le avait le front calme, la bouche sérieuse d'attention, sérieuse d'amour, l vies Douées rai lèvres de Victuroien. Etre écouté ainsi, voyez-vous, c'était à croire que l'amour divin émanait de ce cœur. Aussi, quand le comte eut proposé la fuite à cette âme attachée à son àme, fut-il obi ( - lier :
— \ os êtes un ange : — La belle Maufrigneuse répondait sans avoir encore parlé.
— Bien, bien, dt la duchesse qui au lieu d'être livrée à l'amour qu'elle exprimait était livrée à de profondes
inaisons qu'elle gardait pour elle; il ne s'agit pas de cela, mon ami... [L'ange n'était plus que cela.) ... Pensons à vous. Oui, nous partirons, le plus tôt sera ie mieux. Ai rangez tout : je vous suivrai C'est beau de laisser là Paris et le monde. Je vais faire mes préparatifs de manière que l'on ne puisse rien soupçonner.
Ce mot: Je vous suie rai! fut dit comme l'eût dit à cette époque la Mars pour faire tressaillir deux mille spectateurs. Quand une duchesse d« Maufrigneuse olïïe dans une pareille phrase un pareil sacrifice à l'amour, elle a payé sa dette. E.-t— il po.;-ible de lui parler de détails ignoble.-? Yicturnien put d'autant mieux cacher les moyens qu'il comptait employer, que Diane se garda bien de le questionner : elle resta conviée , comme le dirait de Mar?ay, au banquet couronné de ro.-es que tout homme devait lui apprêter. Yicturnien ne voulut pas s'en aller sans que cette promesse fut scellée : il avait er du courage dans son bonheur pour se
ire à une action qu disait-il, mal int 1-
Eul -a raison détermin mte",
sur .-a tante et iiffer l'affaire, il
comptaitmème encore suj Chesnel pour inventer quelque
îction. D'ailleurs cette affaire était le seul moyen
'i CAB1HI1 DIS kHTIQUIB
et taire on emprunt but les t. rres de la famille, i
trois cent mille lianes, le comte et la du< h.
fifre heureux, cachés, dans un palais à Venise, ils j
oublieraient l'univers! Ils se racontèrent leur roman par
ayanec.
Le lendemain, Victurnien fit un mandat de trois cent mille francs, et le porta chez les Relier. Les Keller payèrent; ils avaient, en ce moment, des fonds à du Croisier; mais ils le prévinrent par une lettre qu'il ne tirât plus sur eux sans avis. Du Croisier, très-étonné, demanda son compte, on le lui envoya. Ce compte lui expliqua tout : sa vengeance était échue.
Quand Victurnien eut son argent, il le porta chez une de Rfaufrigneusc, qui serra dans son secrétaire les billets de banque et voulut dire adieu au nvuide en voyant une dernière fois l'Opéra. Victurnien était rêveur, distrait, inquiet, il commençait à réfléchir. Il pensait que sa place dans la loge de la duchesse pouvait lui coûter cher, qu'il ferait mieux, après avoir mis le.- trois cent mille francs en >ùreté, de courir la poste et de tomber auv pieds de Chesnel en lui avouant son embarras. Avant de sortir, la duchesse ne put s'empêcher de jeter à Victurnien un adorable regard où éclatait le désir de faire encore quelques adieux à ce nid qu'elle aimait tant ! Le trop jeune comte perdit une nuit. Le lendemain, à trois heurs, il était à l'hôtel de Maufrigneuse, et venait prendre les ordres de la duchesse pour partir au milieu de la nuit.
— Pourquoi partirions-nous? dit-elle. J'ai bien pensé à ce projet. La vicomtesse de Bauséant et la duchesse de Langeais ont disparu. Ma luite aurait quelque chose de bien vulgaire. .Nous fen»ns tète à l'orage. Ce sera beaucoup pius beau. Je suis sûre du succès.
Victurnien eut un éblouissement, il lui sembla que
SCENES DE LA VIE l>.» PR01
sa peau se dissolrait el que son sang coulait de tous côtés.
— Qu'avex-Tous? s'écria la belle Diane en s'apernt d'une hésitation que les leinmes ne pardonnent
jamais.
A Loutes les fantaisies des femmes, les gens habiles doivent d'abord dire oui, et leur suggérer les motifs du non en leur laissant l'exercice de leur droit de changer à l'infini leurs idées, leurs résolutions et leurs sentiments. Pour la première fois, Victurnien eut un accès de colère, la colère des gens bibles et poétiques, orage mêlé de pluie, d'éclairs, mais sans tonnerre. Il traita fort mal cet ange sur la foi duquel il avait hasardé plus que sa vie, l'honneur de sa maison.
— Voilà donc, dit-elle, ce que nous trouvons après dix-huit mois de tendresse ! Vous me faites mal, bien mal. Allez-vous-en ! Je ne veux plus vous voir. J'ai cru que vous m'aimiez, vous ne m'aimez pas.
— Je ne vous aime pas ? demanda-t-il foudroyé par ce reproche.
— Non, monsieur.
— Mais encore, s'écria-t-il. Ah ! si vous saviez ce que je viens de faire pour vous î
— Et qu'avez-YOUS tant fait pour moi , monsieur, dit-elle, comme si l'on ne devait pas tout faire pour une femme qui a tant fait pour vous !
— Vous n'êtes pas digne de le savoir, s'écria Victurnien eni
— Ah:
Après ce sublime ah ! Diane pencha sa tète, la mit dans sa main, et demeura froide, immobile, implacable, comme doivent être les anges qui ne partagent
il CAB1NB1 DKS àHTI
aucun «If- sentiments humain-. Quand Victurnien trouva celle femme dans cette p se terrible, il oublia \. 1 1 . i i t - 1 1 pas de maltraiter la créature b plus angélique du monde? il voulait il se
mit aux pieds de Diane de Maufrïgneuse et les baisa; il l'implora, il pleura. Le malheureux resta là deux heures faisant mille folies, il rencontra toujours un ..•■ froid, et des jeux où roulaient dos larmes par moments, de grosses larmes silencieuses, aussitôt es-
s, afin d'empêcher Tindigne amant de les recuillir. La duchesse jouait une de ces douleurs qui rendent les femmes augures et sacrées. Deux autres heures
dèrent à ces deux premières beures. Le comte obtint alors la main de Diane, il la trouva froide et
Une. Cette belle main, pleine de trésors, ressemblait à du bois souple; elle n'exprimait rien; il l'avait
. elle n'était pas donnée. 11 ne vivait plus, il ne pensait plus. Il n'aurait pas vu le soleil. Que faire? que résoudre ? quel parti prendre? Dans ces sortes d'occasions, pour conserver son sang-froid, un homme doit être constitué comme ce forçat qui, après avoir volé pendant toute la nuit les médaille? d'or de la Bibliothèque royale, vient au malin prier son honnête homme de frère de les fondre, s'entend dire : que faut-il faire 1 et lui répond : lais-moi du café! Mais Victurnien tomba dans une stupeur hébétée dont les ténèbres enveloppèrent son esprit. Sur ces brume- grises passaient, semblables à ces tigures que Raphaël a mises sur des fonds noirs, les images de? voluptés aux<|iielles il fallait dire adieu. Inexorable et méprisante, la duchesse jouait avec un bout d'écharpe en lançant des regards irrités sur Victurnien. elle coquetait ,. ses souvenirs mondains, elle parlait à son amant de ses rivaux comme si cette colère la décidait à remplacer par l'un d'eux un
Bl 1 NES Dl LA VIH DE PROVINCE
homme capable de démentir en un moment vingt-huit l'amour.
— Ah ! disait-elle, ce ne serait pas ce cher charmant petit Félix de Vandeoesse, si fidèle à madame de Mortsauf,
qui se permettrait une pareille scène : il aime, celui-1 î ! De Haraay, ce terrible «Je Marsay, que tout le monde trouve si tigre, est un de ces hommes forts qui rudoient
- lommes, mais qui gardent toutes leurs délicatesses
p. au- tes femmes. Moniriveau a brisé sous son pied la du- • de Langeais, comme Othello tue Dedesmona, dans un accès de colère qui du moins attesta l'excès d< amour : ce n'était pas mesquin comme une querelle ! il y a du plaisir à être hrisée ain>i ! Les hommes blonds, petits, minces et fluets aiment à tourmenter les femmes, ils ne peuvent régner que sur ces pamres faibles créatures; ils aiment pour avoir une raison de se croire des hommes. La tyrannie de l'amour est leur seule chance de pouvoir.
Elle ne savait pas pourquoi elle s'était mise sous la domination d'un homme blond. De Mai sa] . Montriveau, Yamlenesse, ces beaux bruns, avaient un rayon de soleil dans les yeux.
Ce fut un déluge d'épigrammes qui passèrent en sifflant comme des balles. Diane lançait trois Bêches dans un mot : elle humiliait, elle piquait, elle blessait à elle seule comme dix Sauvages savent blesser quand ils veulent l'aire souflrir leur ennemi lié à un
Le comte cria dans un accès d'impatience : — Vous êtes folle ! et sortit, Dieu -ait en quel état ! 11 conduisit sn n ( : me s'il n'eut jamais mené. Il accrocha
des toitures, il donna contre une borne dans la place Louis XV, il alla sans .-a\oir où. Son cheval ne se sentant pas tenu, s'enfuit par le quai d'Orsay à son écurie.
il CAB1HE1 :•• - kNTIQUBfl
En tournant la rue de l'Université, le cabriolet lut arrête pu ] «éphtn.
— Monsieur, dit le vieillard d'un air effaré, vous ne
pouvez pas rentrer ehez VOUS, la Justice e>t venue pour tous arrêter...
Victurnien mil le compte de cette arrestation sur le
mandat qui ne pouvait pas encore être arrivé chez le Procureur do Roi, et non sur <es véritables lettres de <' qui se remuaient depuis quelques jours sous forme de jugi ment en règle et que la main des Gardes du Commerce mettait en scène avec accompagnement d'espions, de reoors,deju| Ix, commissaires de
police, gendarmes et autres représentants de l'Ordre social. Comme la plupart des criminels . Victurnien ne pensait plus qu'a son crime.
— Je buis perdu, s'écria-t-il.
— Non, monsieur le comte, poussez en avant, allez à l'Hôtel du Bon Lafontaine, rue de Grenelle. Vous y trouverez mademoiselle Armande qui e>t arrivée, les chevaux sont mis à sa voiture, elle vous attend et vous emmènera.
Dans son (rouble, Victurnien saisit cette branche offerte à portée de sa main, au sein de ce naulrag courut ,i cet hôtel, y trouva, y embrassa sa tante qui pleurait comme une Madeleine : on eût dit la complice des fautes de son neveu. Tous deux montèrent en voiture, et quelques instant- après il- se trouvèrent hors . sur la route de Bre>t. Victurnien anéanti demeurait dans un profond silence. Quand la tante et le neveu se parlèrent, ils furent l'un et l'autre victimes du fatal quiproquo qui avait jeté sans réflexion Victurnien dans les bras de mademoiselle Armande : le neveu pensait à son faux, la tante pensait aux dettes et aux lettres de change.
Si I RBS Dl I \ VIE DE l'Rn VIM.E
— Vous savez tout, ma tante, lui dit-il.
— Oui, mon pauvre enfant, mais nous sommes là. Dans ce moment-ci, je ne te gronderai pas, reprends
— 11 faudra me cacher.
— Peut-être. Oui, cette idée est excellente.
— Si je pouvais entrer chez Chesnel sans être vu, en calculant notre arrivée au milieu de la nuit?
— Ce sera mieux, nous serons plus libres de tout cuchera mon frère. Pauvre ange! comme il souffre, dit-elle en caressant cet indigne enfant.
— Oh ! maintenant je comprends le déshonneur, il a refroidi mon amour. *
— Malheureux enfant, tant de bonheur et tant de misère :
M idemoiseUe Armande tenait la tète brûlante de son neveu sur sa poitrine, elle baisait ce front en sueur malgré le froid, comme les saintes femmes durent baiser le front du Christ en le mettant dans son suaire. Selon ?un excellent calcul, cet enfant prodigue fut nuitamment introduit dans la paisible maison delà rue du Bercail; mais le hasard fit qu'en y venant, il se jetait, suivant une expression proverbiale, dans la gueule du loup. Cnesnel avait la veille traité dans son Étude arec le premier ( 1ère de monsieur Lepressoir, le notaire des Libéraux, comme il était le notaire de l'aristocratie. Ce jeune clerc appartenait à une famille assez riche pour pouvoir donner à Cnesnel une somme importante en à-compte, cent mille fran< s.
— Avec cent mille francs, se disait en ce moment le vieux notaire <jni se frottait les mains, on éteint bien des créance.-. Le jeune homme a des dettes usuraires, nous ie renfermerons ici. J'irai là-bas, moi, faire capituler ces chiens-là.
il CABINET DES àîITlfl
Chesnel, L'honnête Chesnel, le vertueux Chesnel, le digne Chesael appelait de* chiens les créanciers d< ciil'ant d'amour, le comte Victurnien. Le futur n< quittait la rue du Bercail] lorsque la calèche de m moiselle armande y entrait. La curiosité naturelle à tout jeune homme qui eût vu, dans cette ville, à cette heure, une calèche s'arrètant à la porte du vieux notaire, était suffisamment éveillée pour faire rester le premier clerc dans l'enfoncement d'une porte, d'où il aperçut mademoiselle Armande.
— Ilademoiselle Armande d'Esgrignon, à cette heure? Que se passe-t-il donc chez les d'Esgrignon? se dit-il.
A l'aspect de mademoiselle, Chesnel la reçut mystérieusement, en rentrant la lumière qu'il tenait à la main. Lu voyant Victurnien. au premier mot que lui dit a L'oreille mademoiselle Armande, le bonhomme comprit tout; il regarda dans la rue, la trouva silencieuse et tranquille ; il fit un signe, le jeune comte s'élança de la calèche dans la cour. Tout fut perdu, la retraite de Victurnien était connue du successeur de Chesnel.
— Ah! monsieur le comte, s'écria l'ex-notaire quand Victurnien fut installé dans une chambre qui donnait dans le cabinet de Chesnel où l'on ne pouvait pénétrer qu'en passant sur le corps du bonhomme.
— Oui, monsieur, répondit le jeune homme en comprenant l'exclamation de son vieil ami, je ne vous ai pas écouté, je suis au fond d'un abime où il faudra périr.
— Non, non, dit le bonhomme en regardant triomphalement mademoiselle Armande et le comte. J'ai vendu mon Étude. Il y avait bien longtemps que je travaillais et que je pensais à me retirer. J'aurai demain, à midi, cent mille francs avec lesquels on peut
arranger bien des choses. Mademoiselie, dit-il, vous Mes fatiguée, remontez en voiture, et rentrez coucher. A demain les allai i
— 11 est en sûreté ? repondit-elle en montrant Victnmien.
— Oui, dit le vieillard.
Elle embrassa son neveu, lui laissa quelques larmes sur le front, et partit.
— M m bon Chesnel, à quoi serviront vos cent mille francs dans la situation où je me trouve? dit le comte a son vieil ami quand ils se mirent à causer d'affaires. Vous ne connaissez pas, je le crois, l'étendue de mes malheurs.
Yîcturnien expliqua son affaire. Chesnel resta foudroyé. Sans la force de son dévouement, il aurait succombé sous ce coup. Deux ruisseaux de larmes coulèrent de ses yeux, qu'on aurait cru desséches. 11 redevint enfant pour quelques instants. Pendant quelques infants il fut insensé comme un homme qui Terrait brûler .-a maison, et à travers une fenêtre, flamber le berceau de ses enfants, et leurs cheveux siffler en se consumant. 11 se dressa en pied, eût dit Armof, il sembla grandir, il leva ses vieilles mains, il les agita par des gestes désespérés et fous.
— nue votre père meure sans jamais rien savoir, jeune homme! C'est assez d'être faussaire, ne soyei point parricide! Fuir? Non, ils vous condamneraient par contumace. Malheureux enfant, pourquoi n'avez-
contrefait ma signature à moi ? Moi j'aurais . je n'aurais pas porté le titre du ■/. le Procureur du RoL Je ne puis plus rien. Vous m'ayez acculé dans le derniertrou de L'Enfer. Du Croisier '. que devenir? que faire? Si vous aviez tué quelqu'un, cela s'excuse encore; mail un faux! un faux! Lt le temps, le temps qui s'envole!
\ IIM i DEI I \ i !■.. i 1 -
dit-il en montrant sa vieille pendule par un geste menaçant. Il faut un faui passe-port, maintenant : le crime attire le crime. Il faut... dit-il en faisant une pause, il faut avant tout Bauver la maison d'Esgrignon.
— liais, s'écria Victurnien, l'argent est em Madame de Haufrigneuse.
— Ah : s'é ria ( Ihesnel. Eh bien ! il y a quelqni poir bien faible: pourrons-nous attendrir du Croisier, l'acheter? il aura, s'il les veut, tous les biens de la liaison. J'y vais, je vais le réveiller, lui offrir tout. D'ailleurs, ce n'est pas veau qui aurez fait le taux, ce sera moi. J'irai aux galères, j'ai passé l'âge des galères, on ne pourra que me mettre en prison.
— Mais j'ai écrit le corps du mandat, dit Victurnien sans s'étonner de ce dévouement insensé.
— Imbécile ! Pardon, monsieur le comte. 11 fallait le faire écrire par Joséphin, s'écria le vieux notaire enragé. C'est un bon garçon, il auiait eu tout sur le dos. C'est fini, le monde croule, reprit le vieillard atl'aissé qui s'assit. Du Croisier est un tigre, gardons-nous de le réveiller. Quelle heure est-il? Où est le mandat? à Paris, on le rachèterait chez les Relier, ils s'y prêteraient. Ah! c'est une affaire où tout est péril, une seule fausse démarche nous perd. En tout cas, il faut l'argent. Allons, personne ne vous sait ici, vivez enterré dans la cave, s'il le faut. Moi, je vais à Pans, j'y cours, j'entends venir la malle-poste de Bnvt.
En un moment, le vieillard retrouva les facultés de sa jeunesse, son agilité, sa vigueur : il se lit un paquet de voyage, prit de l'argent, mit un pain de six livres dans la petite chambre, et y enferma son enfant d'adoption.
— Pas de bruit, lui dit-il, restez là jusqu'à mon retour, sans lumière la nuit, ou sinon vous allez au
bagne! M'entendez-vous monsieur le comte? oui, au bagne, si, dans une ville comme la nôtre, quelqu'un I là.
Puis Chesnel sortit de chez lui, après avoir ordonné à la gouvernante de le dire malade, de ne recevoir personne, de renvoyer tout 1«' monde, et de remettre toute espèce d'affaire à trois jours. 11 alla séduire le directeur de la poste, lui raconta un roman, car il eut le génie d'un romancier habile : il obtint, au cas où il y aurait une place, d'être pi i- sans passe-port; et il se fit promettre le secret sur ce départ précipité. La malle arriva très-heureusement vide.
Débarqué, le lendemain dans 1a nuit s Paris, le notaire se trouvait à neuf heures du matin chei tes Kelldr, il y apprit que le fatal mandat était retourné depuis trois jours à du Croisier; mais tout en prenant ses informations, il n'y avait rien dit de compromettant. Avant de quitter les banquiers, il leur demanda si, en rétablissant les fonds, ils pouvaient faire revenir cette pièce. François Relier répondit que la pièce appartenait à du Croisier, qui seul était maître de la garder ou de la renvoyer. Le vieillard au désespoir alla chez la duchesse. A celte heure, madame de Bfaufrigneuse ne recevait personne. Chesnel -entait le prix du temps, il s'assit dans l'antichambre, écrivit quelques lignes, et les fit parvenir à madame de Maufrigneuse, en séduisant, en fa-cinant, en intéressant, en commandant les
les plus insolents, les plus inaccessibles du monde. Quoiqu'elle fût encore au lit, la duchesse, au gi étonnement de sa maison, reçut dans sa chambre le vieil homme eu culotte.- noire.-, en bas drapés, en soulier- -
— Ou y a-t-il, monsieur, dit-elle en se posant dans son désordre, que veut-il de moi, L'ingrat?
il CABME1 DBS kHTIQUBfl
— 11 y a, madame b duchesse, s'écria le bonhomme,
mie vous ,ivez cent mille i\n> à nous.
— Oui, dit-elle. Que signifie...
— Cotte somme est le résultat d'un faux qui nous mène aux galères, e! que nous avons fait par amour pour vous, dit vivement Chesnel. Comment ne l'avezfous pas deviné, vous qui êtes >i spirituelle ? Au lieu de gronder le jeune homme, vous auriez dû le questionner, et le sauver en L'arrêtant à propos. Maintenant, Dieu veuille que le malheur ne soit pas irréparable ! Nous allons avoir besoin de tout votre crédit auprès du Roi.
Aux premiers mots qui lui expliquèrent l'affaire, la duchesse honteuse de sa conduite avec un amant si passionné, craignit d'être soupçonnée de complicité. Dans son désir de montrer qu'elle avait conservé l'argent sans y toucher, elle oublia toute convenance, et ne compta pas d'ailleurs ce notaire pour un homme ; elle jeta son édredon par un mouvement violent, s'élança vers son secrétaire en passant devant le notaire comme un de ces anges qui traversent les vignettes de Lamartine, et se remit confuse au lit, après avoir tendu les cent mille écus à Chesnel.
— Vous êtes un ange, madame, dit-il. (Elle devait être un ange pour tout le monde !) Mais ce ne sera pas
[tout, reprit le notaire, je compte sur votre appui pour nous sauver.
— Vous sauver! j'y réussirai ou je périrai. Il faut bien aimer pour ne pas reculer devant un crime. Pour quelle femme a-t-on fait pareille chose? Pauvre enfant! Allez, ne perdez pas de temps, cher monsieur CheMiel. Comptez sur moi comme sur vous-même.
— Madame la duchesse, madame la duché» !
Le vieux notaire ne put rien dire que ces mots, tant
il était saisi! Il pleurait, il lui prit envie de danser, mais il eut peur de devenir fou, il se contint.
— A nous deux, nous le sauverons, dit-il en s'en allant.
Chesnel alla voir aussi Joséphin, qui lui ouvrit le secrétaire et la table où étaient les papiers du jeune comte; il y trouva tres-heureusement quelques lettres de du Croisier et des Relier qui pouvaient devenir utiles. Puis il prit une place dans une diligence qui partait immédiatement. 11 paya les postillons de manière à faire aller la lourde voiture aussi vite que la malle, car il rencontra deux voyageurs aussi pressés que lui, et qui s'accordèrent pour faire leurs repas en voiture. La route fut comme dévorée. Le notaire rentra rue du Bercail, après trois jours d'absence. Quoij qu'il fût onze heures avant minuit, il était trop tard. Chesnel aperçut des gendarmes à sa porte, et quand il en atteiguit le seuil, il vit dans sa cour le jeune comte arrêté. Certes, s'il en avait eu le pouvoir, il aurait tué tous les gens de justice et les soldats, mais il ne put que se jeter au cou de Victurnien.
— Si je ne réussis pas à étouffer l'affaire, il faudra vous tuer avant que l'acte d'accusation ne soit dressé, lui dit-il à l'oreille.
Victurnien était dans un tel état de stupeur, qu'il regarda le notaire sans le comprendre.
— Me tuer ? répéla-t-il.
— Oui! Si vous n'en aviez pas le courage, mon enfant, comptez sur moi, lui dit Chesnel en lui serrant la main.
Il resta, malgré la douleur que lui causait ce spectacle, pliiit.' bot ses deux jambes tremblantes à regarder le fils de son cœur, le comte d'Esgrignon, l'héiitier de cette grande maison , marchant entre les
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gendarmes, entre Le commissaire de police de la ville, i de ptix, et L'huissier du Parquet. Le \ ieillard ne lecouvra sa résolution et ^a présence d\ sprit que quand pette troupe eu! disparu, qu'il n'entendit plus le bruit |es p is, el que Le silence se tut rétabli.
— Monsieur, vous niiez tous enrhumer, lui dit Brigitte.
— Que le diable t'emporte, s'écria le notaire exas-
Brigitte, qui n'avait rien entendu de pareil depuis
vingt-neuf ans quelle servait Chesnel, laissa tomber sa
chandelle; mais sans prendre garde à l'épouvante de
Brigitte, le maître, qui n'entendit pas L'exclamation de sa
ruante, se mit à courir vers le Val-Noble.
— 11 est fou, se dit-elle. Apres tout il y a de quoi. Mais où va-t-il? il m'est impossible de le suivre. Que deviendra-t-ilT irait-il se noyer ?
;te réveilla le premier clerc, et l'envoya surveiller les bords de la rivière, devenus fatalement célèbres depuis le suicide d'un jeune homme plein d'avenir et la mort récente d'une jeune fille séduite. Chesnel se rendait à l'hôtel de du Croiser. 11 n'y avait plus d'espoir que là. Les crimes de faux ne peuvent ètie poursuivis que sur des plaintes privées. Si du Croisier voulait s'j prêter, il était encore possible de faire passer la planite pour un malentendu, Chesnel espérait encore acheter cet homme.
Pendant cette soirée, il était venu beaucoup plus de monde qu'à l'ordinaire chez monsieur et madame du Croisier. Quoique cette affaire eût été tenue secrète entre le Président du Tribunal, monsieur du Bonceret, monsieur Sauvayer, piemier Sub:>titut du Procureur du Roi, et monsieur du Coudrai, l'ancien Conservateur des hypothèque- destitué pour avoir mal vote ; nies-
dames du Ronceret et du Coudrai l'avaient confiée sous rot, à une ou deux amies intimes. La nouvelle avait donc couru dan- 1 1 so< iété mi-partie de noblesse et de bourgeoisie qui se donnait rendez-vous chez monsieur du Croisier. Chacun sentait la gravité d'une affairé semblable, et n'osait en parler ouvertement. L'attachement de madame du Croisier à la haute noblesse était d'aOleurssiconnuqu'à peine se hasarda-t-on à chuchoter quelque chose du malheur qui arrivait aux d'E>grignon en demandant des éclaircissements. Les principaux intéressés attendirent, pour en causer, l'heure à laquelle la bonne madame du Croisier faisait sa retraite -a chambre à coucher, où elle accomplissait sea devoirs religieux loin des regards de son mari. Au moment où la dame du logis disparut, les adhérents de du Croisier qui connaissaient le secret et les plans de ce grand industriel se comptèrent, ils virent encore dans le salon des personnes que leurs opinions ou leurs intérêts rendaient suspectes, ils continuèrent à jouer. >nze heures et demie, il ne resta plus que les intimes, monsieur Sauvager, monsieur Camusot, le Juge d'Instruction et sa femme, monsieur et madame du Honceret, leur fils Fabien, monsieur et madame du Coudrai, Joseph Blondet, fils aine d'un vieui juge, en tout dix personnes.
On raconte que Talleyrand, dans une fatale nuit, à troU heures du matin, jouant chez la duchesse de Luynes, interrompit le jeu, posa ^a montre sur la table, demanda aux joueurs si le prince de ait d'autri
enfant que le duc d'Enghien. — Pourquoi demandée tous nne chose que z si bien ? répondit ma*
dame de Luynes. — C'est que si le prince n'a pas d'autre enfant, la maison de Condé est finie. Apres un moment de silence, on reprit le jeu. Ce fut par un
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mouvement semblable que procéda le Président «lu i, qu'il connût ce trait de l'histoire con-
temporaine, soit que les petits esprits ressemblent aux Brands dans tes expressions de la fie politique, il ret sa montre, et «lit en interrompant le boston: — i e moment, on arrête monsieur le comte d'I&grignon, et cette mai-nu si Gère est à jamais dëshon
— V.»us au/, donc mis la main sur l'enfant? décria joyeusement du Coudrai.
Ton- les i ststants, moins le Président, le Substitut et du Croisier, manifestèrent un étonnement subit.
— Il vient d'être arrêté dans la maison de Chesnel eu il s'était caché, dit Le Substitut on prenant l'air d'un homme capable et méconnu qui devrait être ministre
Ce monsieur Sauvager, premier Substitut, était un jeune homme de vingt-cinq ans, maigre et grand, à Pgure longue et olivâtre, à cheveux noirs et crépus, les |eux enfoncés et bordés en dessous d'un large cercle brun répété au-dessus par ses paupières ridées et bistrées. Il avait un nez d'oiseau de proie, une bouche e, les joues laminées par l'étude et creusées par l'ambition. 11 offrait le type de ces êtres secondaires à l'ail'ùt des circonstances, prêts à tout faire pour parvenir, mais en se tenant dans les limites du possible et dans le décorum de la légalité. Son air important annonçait admirablement sa faconde servile. Le secret de la retraite du jeune comte lui avait été dit par le successeur de Cbesnel, et il en faisait honneur à sa pénétration. Cette nouvelle parut vivement surprendre le lugi d'Instruction, monsieur Camusot, qui, sur le réquisitoire de Sauvager, avait décerné le mandat d'arrêt si promptement exécuté. Camusot était un homme d'environ trente ans, petit, déjà gias, blond, à chair
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molle, à teint livide comme celui de presque Ions les magistrats qui vivent enfermés dans leurs cabinets ou leurs salles d'audience. Il avait de petits yeux jauneclair, pleins de cette défiance qui passe pour de la rose.
Madame Camusot regarda son mari comme pour lui dire : — N'avais-je pas raison?
— Ainsi l'affaire aura lieu ? dit le Juge d'Instruction.
— En douteriez-vous? reprit du Coudrai. Tout est fini puisqu'on tient le comte.
— Il y a le Jury, dit monsieur Camusot. Pour cette affaire, monsieur le Préfet saura le composer de manière que, avec les récusations ordonnées au Parquet et celles de l'accusé, il ne reste que des personnes favorables à l'acquittement. Mon avis serait de transiger, dit-il en s'adressant à du Croisier.
— Transiger ? dit le Président, mais la Justice est saisie.
— Acquitté ou condamné, le comte d'Esgriguon n'en sera pas moins déshonoré, dit le Substitut.
— Je suis partie civile, dit du Croisier, j'aurai I)upin Tainé. Nous verrons comment la maison d'Esgrignon se tirera de ses grifles.
— Elle saura se défendre et choisir un avocat à Pari-, elle vous opposera Berryer, dit madame Camusot. A bon chat, bon rat.
Du Croisier, monsieur Sauvager et le Président du Ronceret regardèrent le Juge d'Instruction en proie à une même pensée. Le ton et la manière avec lesquels la jeune femme jeta son proverbe à la face des huit personnes qui complotaient la perte de la maison d'Esgrignou leur causèrent des émotions que chacune d'elles dissimula comme savent dissimuler les gens de pro-
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viiirc habitués, par leur cohérence continue aux ruses, et la vie ronacale. La petite madame Camusot remarqua le changement des visages qui se composèrei que l'on eut Qairé l*opposition probable du juge aux desseins de du Croisier. En voyant son mari dévoiler le fond de >a pensée, elle avait voulu sonder la profondeur de ces haines, et deviner par quel intérêt du Croisier >'etait attaché le premier Substitut qui a\ lit i précipitamment et si contrairement aux vues du l'on voir.
— Dans tous les cas, dit-elle, si dans cette affaire il vient de Paris des avocats célèbres, elle nous promet des Féances de Cour d'assises bien intéressantes \ mais l'aflaire expirera entre le Tribunal et la Cour royale. Il est à croire que le Gouvernement fera secrètement tout ce qu'on peut faire pour sauver un jeune homme qui appartient à de grandes familles et qui a la duchesse de Maufrigneuse pour amie. Ainsi, je ne crois pas que nous ayons de scandale à Landernau.
— Comme vous y allez, madame ! dit sévèrement le Président. Croyez-vous que le Tribunal qui instruira l'affaire et la jugera d'abord, soit influençable par des considérations étrangères à la justice?
— L'événement prouve le contraire, dit-elle avec malice en regardant le Substitut et le Président, qui lui jetèrent un regard froid.
— Expliquez-vous, madame! dit le Substitut. Vous parlez comme si nous n'avions pas fait notre devoir.
— Les paroles de madame n'ont aucune valeur, dit Camusot.
— Mais celles de monsieur le Président n'ont-elles pas préjugé une question qui dépend de l'instruction, reprit-elle, et cependant L'instruction est encore à faire, et le Tribunal n'a pas encore prononcé !
— Nous ne sommes pas au Palais, lui répondit le Substitut avec aigreur, et d'ailleurs nous savons tout cela.
— Monsieur le Procureur du Roi ignore tout encore, lui répliqua-t-elle en le legardant avec ironie. Il va revenir de la Chambre des députes en toute hâte. Vous lui avez taillé de la besogne, il portera sans doute luimême la parole.
Le Substitut fronça ses gros sourcils touffus, et les intéressés virent écrits sur son front de tardifs scrupules. 11 se fit alors un grand silence pendant lequel on n'entendit que jeter et relever les cartes. Monsieur et madame Camusot, qui se virent très-froidement traisorurent pour laisser les conspirateurs parler à leur aise.
— Camusot, lui dit sa femme dans la rue, tu t'es trop avancé. Pourquoi faire soupçonner à ces gens que tu ne trempes pas dans leurs plans? ils te joueront quelque mauvais tour.
— Que peuvent-ils contre moi ? je suis le seul Juge d'instruction.
— Ne peuvent-ils pas te calomnier sourdement et provoquer ta destitution ?
En ce moment, le couple fut heurté par Chesnel. Le vieux notaire reconnut le Juge d'instruction. Avec la lucidité des gens rompus aux affaires, il comprit que la destinée de la maison d'E>grignon était entre les mains de ce jeune homme.
— .\h ! monsieur, s'écria le bonhomme, nous allons avoir bien besoin de vous. Je ne veux vous dire qu'un mot. Pardonnez- moi, madame, dit-il à la femme du juge en lui arrachant sou mari.
En bonne conspiratrice, madame Camusot regarda