‹ Les rivalitésChapitre 6 sur 30 · LA VI I II I I I IL II · texte numérisé non relu

LA VI I II I I I IL II

fut la première querelle qui troubla L'harmonie d pauvre ma

l Lendemain, à neuf heures, mademoiselle Cormon, amballée dans sa carriole 1 » tu, et qui se i

nait comme une pyramide sur L'océan de ses paquets, montait la rue Saint-Biaise pour se rendre au Prébaudet, où devait la surprendre L'événement qui précipita son mariage, et que ne pouvaient prévoir ni madame Gran- Mi du Bousquier, ni monsieur de Valois, ni mademoiselle Cormon. Le. hasard est le plus ,^rand de tous istes.

Le lendemain de son arrivée au Prébaudet, mademoiselle Cormon était fort innocemment occupée, sur lac huit heures du matin, à écouter pendant son déjeuner les divers rapports de son garde et de son jardinier, Lorsque lacquelin lit une vigoureuse irruption dans La salle à manger.

— Mademoiselle, dit-il tout ébouriffé, monsieur votre oncle vous expédie un exprès, le tils à la mère Grosmort, avec une lettre. Le gars est parti d'Alençon avant le jour, et ne le voilà pas moins arrivé. 11 a couru presque comme Pénélope ! Faut-il lui donner un verre de vin ?

— Qu'a-t-il pu arriver. Josette? mon oncle seraitil...?

— 11 n'écrirait pas, dit la femme de chambre en devinant les craintes de sa maitresse.

— Vite! vite ! s'écria mademoiselle Cormon après avoir lu les premières lignes, que Jacquelin attelle Pénélope. — Arrange-toi, ma fille, pour avoir tout remballé dans une demi-heure, dit-elle à Josetie. Nous retournons à la ville...

— Jacquelin! cria Josette excitée par le sentiment qu'exprima le visage de mademoiselle Cormon.

Jacqu<lin, instruit par Josette, arriva en disant: — Mais, mademoiselle, Pénélope mange $on avoine.

— Hé, qu'est-ce que cela me (ait? je veux partira l'instant

— Hais, mademoiselle, il va pleuvoir!

— Eh bien, nous serons mouillés.

— Le feu est à la maison, dit en murmurant Josette, piquée du silence que gardait sa maîtresse en achevant la lettre, la lisant et relisant.

— Achevez donc au moins votre café, ne vous tournez pas le sang ! Regardez comme vous êtes rouge.

— Je suis rouge, Josette ! dit-elle en allant se regarder dans une glace dont le tain tombait, et qui lui offrit l'image de ses traits doublement renversés. Mon Dieu ! pensa mademoiselle Cormon, si j'allais être laide ! — Allons, Jo?ette, allons, ma fille, habille-moi. Je veux être prête avant que Jacquelin ait attelé Pénélope. Si tu ne peux remettre mes paquets dans la voiture, je les laisserai ici, plutôt que de perdre une minute.

Si vous avez bien compris l'excès de monomanie à laquelle le désir de se marier avait tait arriver mademoiselle Cormon, vous partagerez son émotion. Le digne oncle annonçait à sa nièce que monsieur de Troisville, ancien militaire au service de Russie, petit-fils d'un de ses meilleurs amis, souhaitait se retirer à Alençon, et lui demandait l'hospitalité, en se recommandant de l'amitié que l'abbé portait à son grand-père, le vicomte de Troisville, chef d'escadre sous Louis XV. L'ancien vicaire général épouvanté priait instamment sa nièce de revenir pour l'aider à recevoir leur hôte et à lui faire les honneurs de la maison, car la lettre avait éprouvé quelque retard, monsieur de Troisville pouvait lui tomber sur les bras dans la soirée. A la lecture de cette lettre pouvait-il être question des soins ^que

emandait le Prébaudet? En ce moment, le garde et le annier, témoins de l'effaroiK bemenl de leur maiti

. lient cols en attendant ses ordres. Quand il- Parètèrent au passage afin d'obtenir leurs instructions, >.>ur la première lY>is de sa vie mademoiselle Cormon, i despotique vieille lille qui voyait tout par ellenêrne au Prébaudet, leur dit un comme vous voudrez! jui les frappa de stupéfaction; car leur maîtresse pouvait le soin administratif jusqu'à compter ses fruits •t les enregistrait par sortes, afin de diriger la conommation suivant le nombre de chaque espèce de mit.

— Je crois rêver, dit Josette en voyant sa majtreasc rotent par les escaliers comme un éléphant auquel Dieu mrail donné des ailes.

Bientôt, malgré une pluie battante, madem< m sortit du Prébaudet, laissant à ses gens la bride sur le :ou. Jacquelin n'osa prendre sur lui de presser le petit trot habituel de la paisible Pénélope, qui, semblable à la belle reine dont elle portait le nom, avait l'air de faire autant de pas en arrière qu'elle en faisait en avant. Voyant cette allure, mademoiselle ordonna d'une voix aigre à Jacquelin d'avoir à faire galoper à coups de fouet s'il le fallait, la pauvre jument étonnée ; tant elle avait peur de ne pas avoir le temps d'arranger convenablement la maison pour recevoir monsieur de Troisville. Elle calculait que le petit-fils d'un ami de son oncle pouvait n'avoir que quarante ans ; un militaire devait être immanquablement garçon, elle se promettait donc, son oncle aidant, de ne pas laisser sortir du logis monsieur de Troisville dans l'état où il y entrerait. Quoique Pénélope galopât, mademoiselle Cormon, occupée de ses toilettes et rêvant une première nuit de noces, dit plusieurs fois à Jacquelin

qu'il n'avançait pas. Elle se remuait dans la carriok répondre aux demandes de Josette, et se parlait ù. elle-même comme une personne qui roule de grandi desseins. Enfin la carriole atteignit la grande rued'Alen* çoo qui s'appelle la rue Saint-Biaise en y entrant du (Vite Je Horiagne; mais ?ers l'hôtel du More elle prend le nom de la rue de la porte de Séez, et devient la rue du Bercail en débouchant sur la route de Bretagne. Si le départ de mademoiselle de Cormon faisait grand bruit dans Alençon, chacun peut imaginer le tapage que dut y faire son retour le lendemain de son installation au Prébaudet, et par une pluie battante qui lui fouettait le ts qu'elle parût en prendre souci. Chacun remarqua le galop fou de Pénélope, l'air narquois de Jacquelin, l'heure matinale, les paquets sens dessus dess< tus* enfin la conversation animée de Josette et de mademoi-, selle Cormon, leur impatience surtout. Les biens de la maison de Troisville se trouvaient situés entre Alençon efl Mnrtagne. Josette connaissait les branches diverses de la famille de Troisville. Un mot dit par Mademoiselle en atteignant le pavé d'Alençon avait mis Josette au fait de l'aventure; la discussion s'était établie entre elles, et toutes deux avaient arrêté que le de Troisville attendu devait être un gentilhomme entre quarante et quarante-deux ans, garçon, ni riche ni pauvre. Mademoiselle se voyait vicomtesse de Troisville.

— Et mon oncle qui ne me dit rien, qui ne sait rien, qui ne B'inConne de rien? Oh! comme c'est mon oncle! il oublirait son nez s'il ne tenait pas à son visage î

N 'avt z vous pas remarqué que, dans ces sortes de

les vieilles filles deviennent comme

Richard III. spirituelles, féroces, hardies, prometteuses,

et, comme «le- < I- 1 s } ne respectent plus rien t

Aussitôt la ville d Alençon, instruite en un moment, du

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