‹ Les rivaux d'eux-mêmes, comédie en un acte et en prose. Par Pigault Lebrun. Représentée, pour la premìere fois, sur le théâtre de la Cité, le 22 thermidor an VIChapitre 14 sur 20 · D JE R V A L · texte numérisé non relu

D JE R V A L

De grâce, finissons. Quel estril ce mari? un vieillard , un sot?

LISE

Respectez vos généraux , s'il vous plaît.

Elle est la femme d'un officier-général?

LISE

Dangereusement blessé à Fonlenoj.

Nous n'avons que le maréclial-des-camps Dalleviile...

LISE

C'est son ëpouse que vous avez eu l'honneur d'entretenir.

Madame Dalleviile ?

LISE

Madame Dalleviile.

Vous êtes bien sûre de cela ?

LISE

Vous verrez que je ne connais pas ma maîtresse.

Friponne ?

LISE

Monsieur.

Dalleviile n'est pas marié !

LISE

Comment il n'est pas mare.

Vous rougissez? il j a de l'intrigue là-dessous.

LISE

Pour qui nous prenez-vous ?

Votre maîtresse n'ira point à Tournai : Dalleviile n'a besoin que de son chirurgien. Je me charge de l'épouse prétendue , je serai son consolateur, ( s'asseyont et lui prenant les mains ) et si par hasard vous aviez aussi un mari blessé...

LISE

Finissez donc, monsieur , vous chiffonnez mon ouvrage.

(Tournant et retournant la broderie.) Le joli point! à qui est-il destiné?

LISE

Mais vous êtes d'une pétulance...

D E R V A L , prenant l ou. rage.

Comment donc, des vers! ah ! vous faites des patrons av^e des billets doux.

LISE

Vous m'impatientez j au moins. Je vais prendre aussi mon ton imposant.

D E R V A L , folâtrant.

Oh ! par exemple , vous , vous n'y gagnerez rien.

LISE

L'impertinent !

D E R V A L , Usant.

« Un époux inconnu m'engage; « Mon cœur, pressé d'aimer, vole au-devant du sien..; »

{Se levant 'vivement. ) Ah! mon dieu... mon dieu!..,

LISE, toujours assise.

(Jii'a-t-il donc .?

D E R V A L , hors de lui.

Ce n'est pas là votre écriture?

LISE

lîé î non. C'est celle de ma maîtresse. i

Lise, ma chère Lise, je suis l'homme du monde le plus heureux. (Il met la broderie dans sa poche.)

LISE, se levant.

Mon ouvrasse, monsieur. Rendez-moi donc mon ouvrage,

D E R V A L , descendant la scène.

C'est ma femme, c'est elle... Derval, dont on me demandait des nouvelles, Dalleville qui est garçon, ces vers qu'elle a écrits... c'est elle... c'est elle. Oh! j'en perds la raison.

LISE, stupéfaite et à sa place.

En honneur je n'y comprends rien.

DERVAL

Elle est Venue au-devant de moi ; oh ! comme je dois l'aimer. Elle a voulu m'éprouver j oh ! comme je vais le lui rendre, (appelant et sortant.) Mon ami, mon ami J

LISE

Mon ouvrage , monsieur , mon ouvrage.... Il a quelque chose d'ex.'raordinaire ce jeune homnie-là.

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