‹ Les rivaux d'eux-mêmes, comédie en un acte et en prose. Par Pigault Lebrun. Représentée, pour la premìere fois, sur le théâtre de la Cité, le 22 thermidor an VIChapitre 6 sur 20 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Mad. D E R V A L , L I S E.

Mail. D E R V A L.

Cet liomme est vraiment aimable.

LISE

Hé, poiu^ez-voiss en trouver d'autres?

Mad. D E n V A L.

Tu ne me flattes pas?

Incapable , madame.

Mad. D E R V A L.

Je puis donc espérer que Derval...

LISE

Daignera vous rendre justice , et sentir tout son boidicur.

Mad. DERVAL.

Ah! c'est que les maris....

LISE

A la vérité, ils ont quelquefois des tor!s.

Mad. DERVAL.

Ou le dit.

LISE

Ils ont aussi leur Joli côté,

Mad. DERVAL.

C'est ce qu'on dit encore.

LISE

Vous jugerez bienlôt de l'un et de l'autre.

Mad. DERVAL.

Plus le moment approche , plus je suis inquiète , préoccupée.

LISE

Folie. Hé, tant pis après tout pour monsieur Derval, s'il n'est pas ce qu'il doit être : une jolie femme a tant de mojeus de dissipation,

Mad, DERVAL.

Lise !

LISE, se reprenant.

La lecture, la promenade , la musique j que sais-je , moi?

]\î;ul. P E R V A r,.

( Rêvant. ) C'est peu de chose que cela, f Avec dépit.) Ces niallieureux BohtMuiens avaient bien allaire d'arrêter le courier du ministre de la guerre; il aurait reçu mou portrait, il me comiaîtrait, il ne se serait pas lait uue idole.... LISE, avec impatience.

Qui , à coup sûr , ne vous vaut pas.

Mad. D E R V A L , d'un ton caressant.

Tu le crois?

L I s E , f/" même ton.

Vous aimez à vous l'entendre répéier.

Mad. D E R V A L.

Oh ! ce n'est pas par amour-propre.

LISE

Ah ! sans doute,

Mad. n E R V A L.

Mais je l'aime tant, ce cher Derval !

LISE

On assure qu'il est si bien.

Mad. DERVAL.

Je ne tiens pas essentiellement à la figure.

Hen ! un joli homme en vaut bien un autre : on peut pardonner à celui-ci, d'être grand, bien fait, brave. Mad. DERVAL, avec chaleur.

Et il écrit... il écrit...

LISE

Comme un ange, madame... (finement.) il n'aurait aucun de ces avantages , que vous l'aimeriez de même.

Mad. DERVAL.

(Hésitant.) Oui... ( Gaîment.) Mais, comme tu l'observes fort bien, ces agrémens...

LISE

N'ont jamais déparé personne.

Mad. DERVAL.

Enfin , nous allons le voir.

LISE

Moi , je m'en fais une fête.

Mad. DERVAL.

J'étudierai son caraclère.

LISE

Il n'aura pas d'inférêt à vous tromper.

Mad. Il E R V A L.

Je le voudrais franc, délicat, enjoué.

LISE

Tendre , surtout.

Tu achèves ma pensée. S'il allait m'aimer...

LISE

Sans savoir qui vous êtes.

I\Jad. D E R V A L.

M'étre infidèle...

LISE

Par excès d'amour.

Mad. D E R V A L.

Cela serait charmant.

Divin.

Mad. D E R V A I.

C'est bien alors , que je compterais sur son cœur.

LISE

Quel plaisir pour une femme, de tenir tout d'elle-même , de w. rien devoir aux bienséances, aux procédés. Si jamais je me hxe, je veux un homme qui ne connaisse rien de tout cela. Mad. D £ R V A L , jouant la frayeur. .

Ah ! mon dieu î...

LISE

Qu'est-ce?

Mad. D E R V A L.

Des clievaux ! des voitures.'

Avez-vous cru qu'il arriverait à pied ? ( A travers les portes du fond, on voit des officiers traverser.) Des officiers I

LISE, impatiente.

Hé, attendez-vous un prélat ?

Mad. D E R V A L.

Mais , je suis dans un désordre effroyable.

LISE

Désordre bien avantageux , à seize ans.

Macl. D E R V A !..

Un peut d'art ne gâte rien. Je passe dans cette chambre.

LISE

Je vous suis.

Mad. D E R V A L.

Non , non , reste : lu connais l'uniforme ?

LISE

Habit bleu , revers , parmens citrons, agrémeus en argent.

J\]ad. n E R V a' L.

Observe, étudie, et viens nie rendre compte de tout.

(Elle sort. )

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