STRIE
n'a pas d'aufœ intérêt que ses lourdes bâtisses, sa position et ses souvenirs. J'apprends que l'intendant, signer Josepli Pariggini, est absent, et je descends, avec une grave lenteur, les marches de l'escalier seigneurial, qui n'a rien certes de sa primitive opulence.
Je retrouve sur mon passage la jeune fille qui parle français. Elle me demande si j'ai vu tout ce que je désirais et me souhaite la paix du Christ. Alors un homme, taillé en Hercule, à la figure rude, mais loyale, qui a fait jadis la campagne d'Italie, s'est battu à Magenta et a rapporté de ses étapes quelques bribes de français, s'empresse de m'aborder « pour me conduire, dit-il, dans une maison où je dormirai. » L'intention est bonne; mais je n'ai pas besoin d'un tel service. Le colosse s'obstine à m'accompagnei' ; pour m'en défaire, je lui fais entendre par un geste énergique que je veux garder le complet usage de ma liberté. La nuit est venue. Pisino n'a pas de gaz ; me voilà de nouveau sur la route de la gare. Les promeneurs sont nombreux. Tous saluent l'étranger qui passe et me répètent en slave la formule pieuse : « Loué soit .lésus-Ghrist. »
Je respire la brise chargée de parfums et je fais les étoiles qui scintillent là-haut, confidentes de mes pensées, car je suis solitaire au milieu des groupes qui causent ou marchent autour de moi. Une certaine émotion, pleine de mélancolie, s'empare de mon être. Il serait difficile d'analyser mes sentiments. Tout ce que vois me plaît ; j'éprouve mille sensations nouvelles, et il en résulte pourtant, dans ce calme du soir, loin de ma patrie, une indéfinissable tristesse et comme une douce amertume, qui vient de chaque objet et
U't LES RIVES ILLYRIENNES
de toutes les fatigues de la journée et remplit jusqu'au bord la coupe de mon âme !
De Pola on peut gagner directement les côtes de la Dalmatie par le paquebot qui touche seulement à Lussin-Piccolo et arrive à Zara, en moins de dix heures de navigation. Ou peut aussi partir de Fiume par le golfe de Malterapo, Segna, le canal de la Morlacca et atteindre Zara, après une traversée d'environ quinze heures. L'un et l'autre itinéraire sont loin de la l^analité. Le petit port de Lussin-Piccolo a son histoire, et les rives de Segna doivent leur célébrité aux pirateries des Uscoques.
Les îles de Yéglia, Cherso et Lussin, séparée aujourd'hui de la précédente par le canal d'Ossero, creusé de main d'homme, font partie du territoire de l'Istrie. Le terrible golfe du Quarnero, dont elles forment les passes, n'a pas justifié sa réputation. Il n'a pour nous que des sourires et de doux balancements. Nous entrons dans la baie de Lussin-Piccolo, comme dans les eaux tranquilles d'un lac fermé aux tempêtes. Par une métaphore aussi hardie qu'elle est poétique, les habitants l'appellent « la vallée, » parce que sa surface liquide ressemble à une verte prairie entre deux collines dénudées.
Tandis que Lussin-Grande n'est plus qu'une chétive bourgade, Lussin-Piccolo est devenu le chantier le plus important de l'Istrie et de la Dalmatie pour les gros bâtiments de commerce ; ses habitants sont les armateurs de tout le cabotage de l'Adriatique, et les squelettes des carènes en construction, avec leurs membrures à jour, bordent sa plage. La ville compte près de six mille habi-
tanis, el déjà les maisons, trop à l'étroit au fond de son amphithéâtre, s'étagent et grimpent sur les flancs de la montagne.
Cette activité, cet esprit d'initiative, qui donnent à la cité la richesse et la gloire, sont l'œuvre d'un prêtre instruit et zélé. Dominé par l'amour des mathématiques et de ses paroissiens, il fit de l'école de son village une véritable école de marine. L'impulsion une fois ref;ue a grandi avec le succès. Les Lussiniens, qui ne travaillent pas au chantier, voguent au loin pour leur compte ou celui de l'état.
Quand un navire apparaît à l'entrée du petit port, plus d'un cœur bat d'émotion. Presque toujours il apporte un père, un fils, un époux, un frère ou un fiancé. Qu'il soit officier ou matelot, le marin dépose le fruit de son labeur et embellit la demeure de son enfance de quelques objets curieux ou rares, qu'il a recueillis sur les rives lointaines. Ses récits palpitants font oublier les douleurs de l'absence, excitent chez les plus jeunes le goût des aventures et allument dans leurs âmes le désir d'un prochain départ.
La dernière fois que j'ai aperçu la ville de Lussin-Piccolo, l'aube naissait à peine. Sa rade, ses maisons, sa colline me semblaient avoir une fraîcheur et une jeunesse incomparables. C'était comme un adieu de la riante Istrie, en face des premiers écueils de la côte dalmate.
Heureux insulaires, qui avez associé dans vos murs le travail et la religion, n'oubliez jamais que votre prospérité naît de cette union !
A TliAVEUS LKS ILKS. — LES USCOQUES . — LA DALMATIE. — SES LIMITES. — SON SOL. — SES MONTAGNES. — SES FLEUVES. — SES DIVISIONS ADMINISTRATIVES. — SA POPULATION. — SES PREMIERS APOTRES. — SON ROLE DANS LES MISSIONS.
Laissons de côté les îles de Selve, U11)0, Méléda, Punta- Dura, qui sont comme les sentinelles avancées de la Dal matie et montrent à nos yeux leurs terres grises et leurs plateaux nus, tour à tour brûlés par le sirocco ou balayés par la bora.
La mer est calme ; une légère brise dissipe les vapeurs de la nuit, qui flottent, gaze transparente, autour des écueils. Des falaises, noires ou jaunes suivant les jeux de la lumière,
LliS RIVES ILLYRlENNliS
rormenl les bordures irrégulières des yllées liquides où s'engage le bàlimenf. Çà et là, des polacres s'abritent dans une anse, ou ciierchent à prendre le large dans la direction que semblent indiquer les grandes madones byzantines, peintes sur leurs ailes mouvantes.
L'œil du pilote ne se repose pas. Les récifs sont nombreux ; les passes étroites. Ces Ijaies, ces détroits, ces bassins et ces canaux, si commodes pour surprendre l'ennemi, ou se dérober à ses coups, ra';pellent sans cesse les hardis pirates qui s'y réfugièrent et les sanglantes tragédies dont ils furent le théâtre. Pendant plus d'un siècle, les Uscoques firent de l'archipel compris entre Segna et Zara l'épouvante des navigateurs.
L'arciievêque de Zara, Minuccio-Minucci, a écril, en deux volumes, une longue et scrupuleuse histoire de leurs actes de courage et de scélératesse.
Uscoque dérive de uskoko, fugitif. Ce mot. qui devient plus tard infamant, désigne primitivement des Slaves, fuyant avec un profond sentiment de haine la tyrannie musulmane. Réduits à chercher un asile entre la mer et les montagnes de la Dalmatie, ils sont accueillis d'abord, au nombre de quatre cents à peine, dans la forteresse de Clissa, près de Salone.
De tout temps, l'Adriatique appelle sur ses bords les déshérités des nations : des fugitifs élèvent les murs de Raguse; des fugitifs fécondent les collines de Zara; des fugitifs transforment en ville le palais de Dioclétien. L'histoire moderne et contemporaine, enfin, n'a-t-elle pas, elle aussi, ses exilés d'Espagne et de France à Venise, à Trieste et à Goritz?
DALMATIK <.)<J
l'ietro Cruscllio, gouverneur de Glissa pour le compte du roi de Hongrie, reçoit les Uscoques dans l'espoir de faire avec eux de fructueuses expéditions. Mais les Turcs furieux assiègent la citadelle el s'en emparent. Le malheureux Gruscliio est tué et sa tête, mise au bout d'une pique, est portée au combat en guise d'étendard.
Un épisode du siège mérite d'être rappelé. L"n Turc, griind comme Goliath, s'avance sous les murs de la forteresse, pour défier les chrétiens et les mjurier. Nul n'ose lui tenir tête. Seul un pa^e du gouverneur, Milosh, sollicite la permission et l'honneur de terrasser l'insolent.
« — Tu es trop faible, liii dit Cruschio, pour te mesurer avec un tel athlète.
« — J'ai foi en Dieu qui soutint les forces de David, répond le page. Si je succombe, il n'en jaillira aucun déshonneur sur notre camp. »
Il sort à la rencontre du fanfaron et lui abat une jambe du premier coup de sabre. Le turc tombe sur un genou, et, continuant la lutte, clierche h percer son adversaire. Mais un elTort imprudent lui fait perdre l'équilibre, son cimeterre lui écliappe des mains ; le jeune Milosh s'en .saisit et tranche la tête du mécréant.
Chassés de Glissa, les Uscoques cherchent une autre retraite. Ferdinand d'Autriche, persuadé que leur présence sera pour lui un précieux renfort contre les hordes musulmanes, leurolïre Segna, sur la côte dalmate, en face de l'ile de Yéglia. Le refuge est presque inabordable. Du côté de la terre, la ville est protégée par une chaîne de montagnes, couvertes d'épaisses forêts. Du côté de la mer, les rocs et
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les récifs n'en permcUent Faccès qu ù des barques légères. Elle n'a pas encore le port qui depuis a été creusé de main d'homme.
Les Uscoques rendent d'abord d'utiles services aux Étals chrétiens. Mais ils n'ont pour vivre ni l'agriculture, ni le commerce, ni la pèche, et bientôt les e.\cursions contre leurs éternels ennemis ne suffisent plus à leur rapacité. Habitués aux armes et aux longues courses, ces loyaux soldats rompent avec l'honneur et deviennent pirates; ils attaquent les navires chargés de marchandises et se partagent le butin. Les Turcs sont naturellement les plus maltraités et ils adressent de vives représentations au doge de Venise, qui, s'arrogeant l'empire de l'Adriatique, doit en faire la police et en assurer la libre navigation. Venise se rejette sur l'empereur, qui s'est déclaré le protecteur des réfugiés. C'est donc à lui de les surveiller et de les châtier. L'empereur envoie des instructions sévères au gouverneur de Segna. Le gouverneur fait tirer le canon sur les pirates, pendant le jour, et la nuit, il leur ouvre en secret les portes de la ville et partage avec eux les bénéfices de l'expédition.
Cependant la patience de l'empereur se lasse. En 1602, il s'empare des chefs uscoques, les fait pendre sans miséricorde, disperse leurs compagnons, n'en laisse dans la ville qu'une centaine et leur enlève leurs armes. A peine est-il parti que cette poignée d'hommes se rend maitresse du palais, massacre le gouverneur et recommence ses exploits, au milieu de péripéties tragiques et sanglantes.
Les Uscoques font le siège d'une ville du littoral. Pour
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transporter leur butin, ils requièrent de force la flottille des pêcheurs de Sebénico et la coulent à fond, dès qu'elle est arrivée à Segna. Le doge presse de nouveau l'empereur d'en finir avec les terribles pirates. Le prince réussit à capturer leurs embarcations et les envoie à Fiume avec ordre de les brûler. Mais les Uscoques tombent sur les Fiuméens pendant la nuit, reprennent leurs corsaires et de plus quatre-vingts bâtiments amarrés dans le port.
Venise irritée donne le commandement de la mer à Christoforo Veniero. L'amiral se rend à Pago, en secret, à bord dune galère. Des espions le découvrent; les pirates se glissent, à la faveur des ténèbres, le long des flancs du navire, l'enlèvent à l'abordage et le traînent à Segna, après avoir noyé quarante passagers et tranché la tête des officiers. Une fois à l'abri derrière leurs murailles, ils se livrent à une monstrueuse orgie, arrachent le cœur de Veniero, le font bouillir et le mangent. Puis ils trempent dans le sang de leur victime les pointes de leurs, poignards et se jurent une inviolable fidélité.
Pendant un demi-siècle, les Uscoques tiennent en échec trois puissances. Sans être plus d'un millier en nombre, par des actes inouïs de courage, d'audace et de cruauté, ils échappent à toutes les tentatives de repression. Ils coûtent à la République de Saint-Marc plus de trente millions d'or en dommages causés ou en indemnités payées à la Sublime Porte.
Enfin, le traité de Madrid, ratifié à Paris, le 26 septembre 1017, termine celle période violente et stipule qu'une garnison allemande sera établie à Segna. Les Uscoques
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sont nominativement exilés sur les terres de Carlstadt. D'après la statistique du baron Czoernig, ils existent encore en Carniole dans le district de Mottling, et conservent leurs usages. Les jeunes filles portent la toque rouge et les hommes s'habillent de laine blanche. Quand ils enterrent un mort, ils lui couvrent le visage d'un voile percé de trous, afin qu'il puisse voir. Mais ils n'ont plus rien de leur métier de pirates.
La Dalmatie tire son nom de la ville de Delminium, aujourd'hui Duvno, située en Herzégovine. Elle s'étendait jadis du fleuve Titius aux limites de la Mœsie et englobait la Bosnie, l'Herzégovine et le Monténégro. Le traité de -1814, qui l'a faite autrichienne. Ta réduite à une bande de terre de huit cent cinquante kilomètres, s'allongeant entre les Alpes Dinariques et l'Adriatique. Sa largeur varie de quatre à quatre-vingt-quatre kilomètres. Elle est maxima vers Traïi, minima vers R.aguse. Un dixième seulement de sa superficie totale est livré à l'agriculture.
Cette province confine au nord avec la Croatie militaire, au sud, avec le vilayet turc d'Albanie ; au sud-est, avec le pays Tsornagore; à l'est, avec la Rosnie et l'Herzégovine.
Le sol est en grande partie lormé de terrains tertiaires. La marne domine surtout dans les vallées et les plaines. Les montagnes se composent de dolomite et d'une pierre calcaire de couleur brunâtre, tirant parlais sur le jaune et souvent disposée en lames minces. Sur plusieurs points on trouve des traces de volcans éteints.
Si l'on en croit Pline et Martial, laDalmnlie fut crir-hrc
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chez les Romains par l'abondance de son or; on le recueillait à fleur de terre ; elle en fournissait sous Néron jusqu'à cinquante livres par jour, et sa richesse était passée en proverbe, comme l'atteste ce vers de Stace, dans l'épithalame de Stella :
Robora dahnatico liicent satiata métallo. Le chêne resplendit du métal de Dalmatie dont il est saturé.
Aucune mine d'or ou d'argent n'est aujourd'hui connue sur tout son territoire.
Entre Verlicca et Sinj et dans les districts de Yakarska, Almlssa, Caltaro, Imoschi et Metcovitch, le fer hématite ou testacé se rencontre en masses denses; mais il est à peine exploité. Le charlion fossile abonde sur les côtes et dans le mont Promina, près de Demis. Plus de mille concessions ont été accordées récemment.
I/CS montagnes, qui, d'après les auteurs latins, fournissaient les carènes et les agrès des navires, sont presque complètement dépourvues d'arbres et ne suffisent pas à donner le bois de chauffage des garnisons. Leurs versants, jadis couverts d'épaisses forêts, d'où s'échappaient des fleuves au cours presque régulier, sont nus, arides, et dépouillés de toute terre végétale. Ce triste résultat ne provient pas d'une seule cause. Il est d'abord l'efTet des incendies fréquents allumés sur les hauteurs par les soldats de la République vénitienne, tant(M pour signaler et tantôt pour combattre les invasions des Turcs. 11 est aussi l'œuvre des nombreux troupeau.^ de chèvres qui décapitent toutes les jeunes plantes. Une statistique curieuse établit qu'au mo-
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ment de l'occupation française, onze cent mille de ces quadrupèdes entêtés ravageaient la province. Des pluies torrentielles et périodiques, de concert avec la bora et le sirocco, ont aciievé de détruire la végétation et de faire disparaître toute trace d'iiumus.
Le sol raviné, elTrité, n'a plus retenu les eaux ; les sources ont tari; de là pour les plaines des chaleurs excessives et une sécheresse plus grande. L'Autriche a commencé le reboisement de quelques collines ; mais les résultats sont minimes. ^D'après les calculs de M. Reclus, il faut douze siècles pour reconstituer la richesse forestière de cette contrée.
Les monts, qui sont le prolongement des Alpes italiennes et françaises et courent parallèlement à l'Adriatique, envoient à droite et à gauche de nombreuses ramifications. Ils ne sont pas très élevés ; les plus remarquables, comme le Vélébick, le Dinara et le Biokovo, n'atteignent pas dixhuit cents mètres.
Le littoral produit des olives, des grenades, des oranges et des dattes. La culture de la vigne est en progrès, et les environs de Spalato donnent un vin excellent, qui rappelle le fameux cru de Malvoisie et que les marchands bordelais apprécient fort pour suppléer à l'insuffisance de leurs récoltes. Le sol est donc fertile ; mais il manque de profondeur et l'agriculture est peu avancée.
Les principaux cours d'eau sont : la Narenta, la Cettina, la Kerka et la Zermagna. Le premier descend de l'Herzégovine, devient navigable à Metkovitch et se jette dans l'Adriatique, par un large estuaire en forme de Delta. Son
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lit sert de canal aux barques, qui transportent directement jusqu'à Trieste les blés de la réiiion.
La Cettina, l'ancien Tyrulus, jaillit d'une grotte profonde, par six sources différentes, au pied du mont Janerevo, dans le voisinage de Verlicca. Elle passe îi la hauteur de Sinj, forme, près de Douare, une cascade de cinquante mètres de chute et gagne la mer, sous les murs d'Almissa. L'abbé Fortis, dans son Voyage en Dalmalie, au siècle dernier, se plaît à décrire les cavernes qui donnent naissance à cette rivière et à raconter plusieurs détails curieux sur les Morlaques.
La Kerka est le Titius des Romains, qui séparait la Liburnie de la Dalmatie. Elle sort aussi d'un gouffre obscur, ■ au pied du mont Topoglié, à six kilomètres au-dessus de Knin. Grossie des torrents de l'Abljek et du Proslop, elle fait cinq cascades; nous décrirons, plus loin, celle de Scardona qui surpasse toutes les autres par le volume des eaux et la grâce des rives.
La Zermagna, appelée chez les anciens Tedanium, a sa source dans la Croatie militaire, au bas du Javornik. Elle suit la chaîne du Vélébick et verse ses nots dans le canal de la Morlacca, près de Novigrad. Toutes ces rivières sont peuplées d'excellents poissons.
La Dalmatie est actuellement divisée en treize districts.
Ce sont les suivants: 1° Bengovatz; 2" Cattaro; 3« Curzola, 4''Imoski; 5» Knin; G» Lésina; ToMakarska; 8» Metcovitch; O» Raguse; iO» Sebénico; il" Sinj: i2" Spalalo ; 1> Zara.
100 Li:s niVES illvriennes
Voici, pour chaque district, le nombre des habitants :
i» Bengovatz 31 .003
2» Cattaro 33.757
3o Curzola 21 812
4» Imoski 27 .443
5» Knin 41.884
6» Lésina 22.91i
7» Makarska 19.884
8" Metcovitch 10.509
9» Raguse 36.307
' 10» Sebénico 39.176
11» Sinj 40.103
12» Spalato 91.151
13" Zara 60.161
Total 476.101
Indigènes absent? 12.181
Total 488.282
Les districts se partagent en cantons judiciaires ; les cantons comprennent quatre vingt-quatre communes politiques, dont chacune se compose de plusieurs village?, bourgs et hameaux.
La population <lonne le tableau suivant :
Italiens 27 .305
Divers 20.695
Total 488.282
DALMATIR 107
Tous les chiffres que nous citons sont d'uno exactitude rigoureuse. Nous les empruntons à des documents officiels établis à Zara durant Tannée 1887 et qui sont en voie de publication. L'auteur a bien voulu nous permettre d'en prendre connaissance, et nous en reproduisons quelques extraits à la fin de ce volume.
L'enseignement secondaire compte :
i° Les gymnases II. RR. Supérieurs de Zara, Raguse, Spalato, Cattaro ;
2o L'École Royale Supérieure de Spalato ;
3" L'École Royale Inférieure de Zara;
4" Les deux écoles navales de Raguse et Cattaro ;
3" Une école normale de garçons au bourg d'Erizzo ;
6» Une école normale de demoiselles à Raguse ;
7° Les écoles civiles de Curzola, Lésina, Makarska, Raguse, Sebénico.
Enfin, 299 écoles primaires reçoivent r)9,829 élèves des deux sexes.
Zara est la capitale de la province, le siège de l'archevêché, du commandement militaire, de la Diète provinciale, du tribunal d'appel, du Conseil de l'instruction publique et des principaux services de l'État.
Le commeice de la Dalmatie est peu considérable ; son industrie se réduit presque à la fabrication du Maraschino. Cette liqueur, renommée dans l'univers, est faite avec le noyau de la cerise aigre, abondante dans les environs de Makarska.
La navigation est on honneur. Les marins dnlmatos sont
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célèbres dans l'antiquité; ils prirent une part très brillante à la bataille d'Actium. Napoléon songea même à créer, près de Raguse, un immense port militaire pour ses flottes d'Orient, et en 1859, c'est aux Dalmates que le pavillon autrichien, sous les ordres de l'amiral Tégéthof, dut sa victoire de Lissa.
Un consul représente la France à Raguse, et des agents consulaires, à Spalato et Zara.
Le slave méridional est en usage dans les relations communes ; il est même accepté comme idiome officiel avec l'italien et l'allemand, et les fonctionnaires sont obligés de parler ces trois langues. Mais la littérature indigène est à peine formée; elle manque de politesse et ne compte guère qu'un clief-d'œuvre, YOsnian de Gundulick, de Raguse.
Le culte catholique est d'emblée celui qui domine en Dalmatie. Au point de vue religieux, la statistique fournit les chiffres suivants :
Catlioliques 395.927
Grecs unis G42
Grecs orientaux 79.584
Divers 12.084
Les catholiques forment .302 paroisses et possèdent 422 chapelles curiales. Les six diocèses de Spalato, Sebènico, Lésina, Raguse, Cattaro et de Yéglia en Istrie relèvent de l'archidiôcèse de Zara.
Le clergé est nombreux et suffisamment insli'uil. II a do
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précieux auxiliaires dans les ordres religieux. Ou compte, en elTet, dans toute la province :
3U couvents de Mineurs ohservantins.
3 — Mineurs Conventuels.
15 — Franciscains du Tiers-Ordre.
^ — Franciscains Réformés.
2 — Capucins ù Zara et Caslelnuovo.
6 — Dominicains.
1 — Jésuites H Raguse.
*• — Bénédictines.
1 — Clarisses à Spalatû.
1 — Franciscaines du Tiers-Ordre à Arbe.
2 comnuuiautés de Sœurs de Charité à Raj^use et Spalato.
Les Grecs orientaux forment deux diocèses, celui de Zara et celui de Cattaro.
Le diocèse grec de Zara possède :
52 paroisses.
3 chapelles curiales.
3 monastères hasiliens.
5(3.158 adhérents.
Le diocèse grec de Cattaro compte :
43 paroisses.
G chapelles curiales.
8 monastères basiliens.