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La Dalmatie est peut-être le pays du monde où la pro-
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pagaiide religieuse doit êlre le plus lorlemciil soutenue et encouragée pour des raisons multiples. Sur toutes ses frontières, elle touclie à des Etats musulmans ou schismatiques, qui n'ont guère de rapport que par elle avec la civilisation européenne. La Bosnie, rilcizégovine et le Monténégro sont fermés à l'est par les provinces turques. S'ils entrent en communication avec des peuples plus avancés, c'est par la côte de l'Adriatique. Jeunes encore parle caractère, les aspirations, les mœurs, ils sont en quête de vérité et de progrès et regardent la Dalmatie comme la terre classique de l'indépendance, de la lumière et de la fortune.
De tout temps, la Dalmatie a été le rempart de l'Évangile contre l'erreur et la barbarie. Dès l'aurore du christianisme, elle a reçu la vérité surnaturelle. En l'année 34 de notre ère, saint Jacques, fils de Zébédée, apporte en Illyrie la parole du Dieu vivant et consacre à Sirmium l'évêque Andronicus. En 42, d'après Bomman, saint Pierre lui-môme vient y prêcher la doctrine du salut. Sept ans plus tard, il visite les nouveaux fidèles du Christ, passe en Pannonie et élève à l'épiscopat saint Epénète.
A son tour, saint Paul, jeté par la tempête sur l'Ile de Lacroma, en l'an 52, séjourne en Dalmatie et y envoie, après son départ, son disciple Tite, qui pénètre jusqu'à Novi- Bazar, en Rascie, et y fonde une église sous le vocable de Pierre et Paul. D'après le bréviaire romain, il eut à supporter d'abondantes sueurs pour expliquer aux Dalmates le mystère de la Croix.
Rappelé à Rome par son maître, Tite choisit saint Erma pour son successeur. Enfin saint Luc aijordu aussi sur les
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rives illyrienncs et y annonce la parole de Dien. l,a conversion de la Ualmalie remonte donc au premier siècle. Elle est même on partie l'œuvre des Apôtres et des disciples du Christ.
De 65 à 08, saint Doïmo, gagné à l'Evangile par saint Paul, poursuit son apostolat à travers les îles et finit par se fixer à Salone. Dix ans plus tard, saint Clément renonce à la papauté et se retire dans la même ville avec deux évoques. Il donne la consécration épiscopale à Cajano et à Symphorien; ces nouveaux élus emploient tous leurs efforts à propager le règne de la vérité chez les Daces, les Cerinains et les Scythes.
Si la Dalmatie n'a jamais opéré dans la robe du Sauveur la moindre déchirure, il n'en est pas de même de ses voisins, soumis à l'influence de Moscou ou de Constantinople. Ils ont insensiblement envahi son territoire, et devenus ses enfants, elle n'a pu encore les ramener dans le giron de l'Églisî. Sa situation actuelle vis-à-vis du monde catholique a beaucoup d'analogie avec celle de la Syrie. Il faut (lu'elle lutte sur ses frontières et jusque dans son sein contre le Mahométisme et contre le schisme, d'autant plus ardent qu'il est souvent de bonne foi.
Dans ces adversaires de ses croyances religieuses, elle rencontre des frères, des Slaves, issus du morne sang et bercés des mêmes illusions. La divergence inévitable qui divise les catholiques et les grecs ne va pas jusqu'à l'hostilité. Au mois d'août dernier, aux funérailles do l'évêque de Callaro, toute la population des villages d'alenlour, de quelque rite fjn'elle fût, s'est rangée derrière son cercueil,-
pour lui donner un témoignage public d'estime et de regret.
Le Monténégro compte à peine trois cents catholiques. Il vient pourtant de solliciter de Rome et d'obtenir le privilège d'employer le slave dans les prières de la liturgie. Il se préoccupe donc d'établir l'harmonie entre les deux rites et ne refuse point de parti pris de reconnaître la vérité.
Cette situation de la Dalmatie vis-à-vis des Missions mérite de fixer l'attention de nos lecteurs: c'est pourquoi nous prenons une certaine complaisance à mettre en relief son glorieux passt, ses ressources présentes, son rôle dans l'avenir. La diffusion victorieuse de la sainte doctrine lui donnera plus d'amitié, de force et de lustre !
LES ABORDS DE /AHA. — ASPECT DE [,A VILLE. — LE MARCHÉ. — IJiUGRAD. — POPULATION DE ZAJiA. — TYPES DIVERS. — LE BONNET ET LE CHAPEAU.
Un voyage en mer sur les côles de la Dalmalie, quand le temps est propice, est un enchantement perpétuel. La multitude d'îles, de caps, d'écueils, de golfes que la main du créateur a semés, ménage aux yeux des effets de lumière toujours imprévus, des horizons toujours nouveaux, des aspects toujours divers, et je ne comprends pas que M. X. Marmier ait pu y trouver de la monotonie. On voit successivement des villages ou des maisonnettes de pêcheurs qui se mirent dans les eaux, de vieilles basiliques de marljre, des monastères en ruines au sommet d'un mamelon, des cités et des murailles de vingt siècles qui servent de base à des constructions d'hier.
A bord du Fiiime, du Messina, de l'Arehiduchessa, du Venezia, les officiers sont d'une politesse exquise, d'une prévenance aimable. Us ne cessent de nous témoigner de la sympathie pour la France et du respect pour notre caractère sacerdotal. Les agents du Lloyd s'empressent de
nous oITril-, sur le prix de notre passage, la remise que le gouvernement austro-hongrois accorde aux missionnaires.
Nous doublons une pointe; les voiles latines deviennent plus nombreuses et annoncent l'approche d'un port considérable. Bientôt trois campaniles se détachent sur l'azur ; puis une ligne de verdure, un quai, des remparts se retlètent dans la mer. C'est la ceinture de Zara. La brillante cité semble nager sur les flots.
Nous débarquons à neuf heures. Tout est nouveau pour nous : site, rues, physionomies, costumes, usages, idiomes. Je garde de cette heure un souvenir inefTaçable. Un large ([uai s'étend entre le port et la ville. Des marchandes de fruits y tiennent leurs jjoutiques en plein vent. Sur le rempart une allée sert de promenade. Les maisons disparaissent derrière ce paravent de murailles et de verdure.
Nous franchissons l'enceinte par la porte de San Chrysogone. Cette porte, formée d'un seul arc romain à pilastres corinthiens, était autrefois surmontée de statues, comme l'indique une inscription encore lisible. Elle fut élevée par Melia Anniana à la mémoire de son mari Lœpicius. Les Vénitiens en ont fait un trophée, adapté à leurs besoins.
L'Albergo dcl Vapore est proche. J'y cours, et libre de mes mouvements, je saisis mon appareil de photographie. Me voilà errant à l'aventure, sans guide et sans boussole. Les rues se coupent à angles droits ; elles sont propres, mais étroites, pleines de bruit, de chars, d'enfants, de
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femmes aux costumes éclatants, de Moiiaques aux allures athlétiques. L'animation do cette foule m'intéresse ; les regards sont bienveillants pour l'étranger. Je suis la direction du plus grand nombre, en prenant garde de ne pas heurter l'étalage des boutiques qui débordent sur la voie. J'arrive sur la place du marché. Quel tohu bohu ! quelle mosaïque de couleurs ! quelle confusion de langues ! On y vend toutes les denrées de la terre ; on y achète tous les produits de l'industrie, on y voit tous les types de l'humanité, tous les accoutrements do la fantaisie, tous les âges de l'histoire.
Je dresse mon appareil qui déjà attire l'attention. Mais il n'est pas facile d'opérer au milieu de cette foule en mouvement. Je lève les yeux vers les fenêtres d'une maison. Le propriétaire qui est sur la place, Antonio Stipanovich, comprend mon désir. Il se hâte de me conduire, avec une satisfaction évidente, au premier étage, où une fenêtre s'ouvre sur le marclié, tel à ce moment que le représente la gravure (voir page 119).
Mon appareil intrigue les esprits. Quand je reparais sur la chaussée, je suis l'objet d'une véritable ovation. Tous les Moi laques, hommes et femmes, me demandent de faire leurs portraits. Je m'esquive par la rue principale. Mais les curieux ne me lâchent pas. Les marchands laissent leurs boutiques, qui n'ont lien à craindre des voleurs, et plus de quinze cents personne? me font cortège. Le mouvement se propage. Plusieurs, ignorant ce qui se passe, accourent pour s'informer ; des étrangers même, débarqués comme moi une lieure auparavant, se mettent à suivre
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la foule pour connaître le motif de cette agitation et ne peuvent contenir un éclat de rire à la vue de mon appareil, cause involontaire de tout ce vacarme.
Un comte italien se laisse abuser comme les autres : quand il me rejoint plus tard sur le bateau, il m'apostrophe ainsi :
« — Ah ! monsieur, vous êtes bien Français. J'ai couru ce matin avec la mnUitude à Zara, et c'était pour vous voir ! En un moment vous jetez le trouble dans toute une ville! »
En effet les tètes sont en l'air et les langues s'agitent. Pour ne pas prolonger une telle situation, je me réfugie dans la petite cour qui précède l'église de Sainte-Marie; elle est envahie en un clin d'œil. A force de gestes je fais comprendre que je veux rester maître de l'espace. Ces braves gens se retirent respectueux et j'en profite pour photographier les premiers venus. Je ne puis ni les choisir, ni les grouper. Qu'ils soient donc bien accueillis du lecteur, malgré la simplicité rustique de leur accoutrement (voir la gravure page 109). En guise de pouilioire, je remets à la fem.me morlaque, qui tient une clef à la main, un florin trente kreutzers et lui fais signe de les partager avec ses compagnons. La rusée commère s'esquive et garde tout.
Il ne faut pas confondre Zara avec Biograd ou Blandona, à laquelle on a donné par ignorance le nom de Zara-Yecchia, et que plusieurs his'oiiens et géographes, entre autres Dezobry et Bouillet, regardent h tort comme la ville prise et détruite par les Vénitiens et les Croisés en 120'2. On ne peut lui appliquer la description que Villehardouin fait de la cité slave.
Postée à l'extrémité d'une pointe de terre, ;i trente-quatre kilonirtres de la véritable Zara, elle n'offre aucun des caractères qui conviennent à celte dernière.
Elle fut jadis puissante et plusieurs rois croates y fixèrent leur résidence; Créseniir s'y fit même couronner et y fonda un couvent en 1059. Elle fut ruinée par le doge Ordelaso Faliero, pendant les guerres de la Sérénissime République avec les rois de Hongrie, et rasée de fond en comble au commencement du xviP siècle, parce qu'elle était devenue un repaire de pirates. Elle forme aujourd'hui un gros village de cinq cent trente-quatre habitants. La commune politique et le canton judiciaire, dont elle est le chef-lieu, en comptent cinq mille cimi cent quatre-vingt-dix-huit et relèvent du district de Zara.
La vraie Zara, la seule qui nous occupe, est, d'après les témoignages de Pline et de Ptolémée, une colonie liburne. Sa fondation remonte à douze siècles avant notre ère. Les Grecs l'appellent Idassa, les Latins, ladera et les Slaves, Zadar et Zadra. L'empereur Auguste l'entoura d'une enceinte fortifiée et Trajan la dota d'un aqueduc, dont il reste encore des traces. Elle est construite sur une langue de terre, qui s'avance dans la mer comme la proue d'un navire. Les eaux la baignent de trois côtés. Au Moyen-Age, elle fut même complètement isolée du continent par un large canal qui passait sous les remparts. Aujourd'hui le fossé n'existe plus et les murailles à moitié détruites font place à un magnifique boulevard, qui permet de faire le tour de la cité en moins d'une heure.
Zara, capitale de la Dalmatie. est aussi le chef-lieu d'un
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district. Ce district, dont la plus î^rande partie porte le nom de Kotar ou Contado, comprend :
/ Arbe, possédant. 4.279 habitants.
Quatre cantons \ Pago 5.781 »
JUDICIAIRES I Zara 44.503 »
\ Zaravecchia 5.598 »
Arbe 4.231 »
I Nona 6.096 »
\ Novigrad 4.879 »
Huit communes ) Pago 5.675 »
POLITIQUES.... 1 Sale. 4.655 »
f Selve . ... 4.257 »
Zara 23.014 »
Zaravecchia...... 5.578 »
Auxquels il faut ajouter pour l'ensemble 2.356 absents.
/ Arbe 811 liabitants.
\ Nona 659 »
Quatre cités.. .. ,
i Pago 3.374 »
\ Zara ... 9.795 »
/ Novigrad 780 »
Trois BOURGS .. . - Selve 1.387 »
V Zaravecchia 675 »
84 villages.