LE FAUCON DE MARCO KRALJÈVIC
Un faucon sur Budua
voltige ; une crête doiée
lui brille sur la tête.
Ses ailes ont tout l'éclat de l'or.
Et jaunes aussi sont ses pieds.
Les jeunes filles de Budua
lui demandent : « Hardi faucon,
« qui t'a jauni les pieds '.'
« Qui t'a doré les ailes?
« Et qui fa fait ta crête dor '.' »
Aux tendres fillettes
Le gris faucon répond ainsi :
« .T'ai servi, mes belles,
« Marco, le guerrier terrible ;
« c'est un bon maître pour moi !
« Marco a deux sœurs aimables ;
« la première m'a teint les pieds
« de jaune ; l'autre a peint
« d'or mes ailes rapides ;
i( et ma crête, Marco me l'a donnée ! »
Le sentiment et l'imagination ne font pas seuls les frais de la poésie slave ; les faits historiques sont aussi la source de fréquentes inspirations. La forteresse de Castelnuovo, érigée en 1374 à l'entrée des Bouches, par .Ivadlco, roi de Bosnie, était devenue en 1680 un refuge de corsaires turcs, qui infestaient l'Adriatique et désolaient les côtes de la Romagne et de la Fouille. Pour les déloger de leur formidable repaire, les princes d'Italie s'allièrent à la République de Venise et débarquèrent dix mille combattants ; les Monténégrins, attirés par la haine du Musulman et l'appât du butin, se joignirent aux assiégeants. La place comptait quinze cents hommes. Albanais et Turcs. Après une résistance opiniâtre, les corsaires vaincus furent impitoyablement massacrés.
Le Vladika Pietro Pétrovic a pris cet événement pour thème d'un Kolo, très en vogue aujourd'hui chez les Bocchèses et les fils de la Tsernagore.
Garçons et fillettes, jeunes hommes et jeunes femmes se mêlent à cette danse nationale ; ils exécutent un mouvement circulaire de droite à gauche et rétrogradent ensuite de gauche à droite, les bras levés de diverses manières ou croisés sur la poitrine et les mains pendantes. Le mérite du danseur n'est pas dans la rapidité de la course, mais dans la grâce et l'agilité des sauts. Quand la ronde s'accélère, les danseurs se donnent la main et tournent en cercle. Quelquefois un couple seulement continue l'exercice. Tous les autres, devenus spectateurs, le soutiennent et l'excitent du son de la voix, de la Hûte, du tambourin et de la guzla. L'entminemenl prend alors des jiroportions
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irrésistibles, et le village entier n'a plus d'autre pensée ni d'autre occupation que celle du Kolo.