ACTE P^ — Scène H
Ivan-Beg et Stanko, père et fils.
Stanko.
Les Turcs ont maintenant le dessus.
Tandis que nous, habitants des Balkans, tout nous divise:
nationalité, religion, intrigues !
Ivan-Beg.
Aussi, mon fils, sommes-nous faibles pour tout le monde ! Mais si l'on voyait régner la concorde parmi nous, crois-moi, mon enfant, par Dieu, en vain nous attaquerait-on !
Notre courage, notre élan
ne comptent pour rien ! Oh, habitants des Balkans ! Oh peuples ! oh héros !
Qu'avez-vous ? Vous êtes gisants de manière à ce que tous puissent facilement vous fouler ! Mais si ces héros
s'unissaient par la concorde fraternelle, ils attendraient l'Orient ou lOccident l'épée entre leurs mains!
Staxko.
Qu'est-ce qui s'oppose, le sais-tu, mon père,
à l'unité de ces peuples,
qui pleurent et qui se plaignent,
de ces peuples divisés, sans liberté ?
Ivax-Bkg.
Des petites idées du passé
et légoïsme des souvenirs,
Siméon, Zvonimir,
et Douchan, notre empereur !
Ils se sont battus tous les trois
pour se disputer les Etals.
Ils ont brouillé des frères
par vanité, par amour de la couronne, de la gloire !
Et ils n'ont pas voulu vivre,
comme vivent de vrais frères.
Pour leur malheur ils ont exercé
de mutuels ravages sur les champs de leurs empires!
Si le Serbe au Bulgare,
comme à son frère avait dit :
,< Voici : la Serbie m'appartient ;
A toi la Bulgarie ! »
Et au Croate, mon cher frère :
« — A toi ce qui est à toi, à moi ce qui est à moi ! »
Car vis-à-vis de ton ennemi.
les Serbes sont comme les Crnales. • •
Si tous deux au Serbe
avaient dit : « — Serbe, donne-nous la main !
Avec toi nous supporterons
volontiers toute. peine ! » —
Si tous les trois au Grec
avaient reconnu l'ancienne sagesse,
et avec lui, comme avec de bons voisins,
avaient vécu aux frontières,
d'autres oiseaux chanteraient
depuis rOlympe jusqu'à la Drave 1
Au milieu de ces peuples brouillés
brilleraient de saines pensées !
Il n'en a pas été ainsi, et maintenant voici
ce qui se passe, ce qui arrive :
le maudit étranger de chaînes
les charge tous les trois
Stanko.
Les Allemands et les Magyares viendront en aide à ces contrées ; ils résistent déjà au Turc et s'y opposent avec Yanko.
Ivan-Beg.
Loin de nos maisons
et l'Allemand et le Magyare !
Le loup change de poil,
mais jamais, non jamais de nature!