PREMIÈRE DOMINATION AUTRICHIENNE
Quand le Grand Conseil de Venise abdique par force la souveraineté, dans la néfaste séance du 12 mai 1797, et met fin à la glorieuse existence de la République, il s'occupe sans retard de débarrasser la capitale de sa garnison, avant d'y introduire les. troupes françaises. Les treize mille soldais dalmates sont embarqués en toute hâte avec trois mois de solde. Alors seulement les sénateurs se rassurent.
Andréa Quirini, provéditeur général, surpris du retour précipité des troupes dalmates à Ptaguse et à Zara, leur fait déposer les armes dans les arsenaux et les renvoie dans leurs foyers. L'agitation est trop vive pour ne pas amener quelques troubles,
A peine les Français ont-ils pris la place de l'ancien gouvernement de Venise qu'ils envoient des commissaires, pour prêcher en Dalmatie la liberté et l'égalité. Cette démocratie éphémère est odieuse à la foule. Longtemps les Dalmates ont lutté contre Saint-Marc, qui les dépouillait et les traitait en ilotes. Ils regrettent maintenant sa domination et s'apprêtent à la défendre.
Il n'existe pas en Dalmatie une seule presse d'imprimerie ; elles sont prohibées avec un soin jaloux par le Sénat vénitien. Les commissaires français amènent avec eux les ouvriers et le matériel nécessaires pour
imprimer les proclamations. Une fois sur place, quand ils voient l'agitation des esprits, ils renoncent à des tentatives inutiles et reviennent à Venise. Mais le jour du Corpus Domini, 15 juin 1797, à Raguse et dans les principaux villages, un manifeste parait affiché en langue slave, sans indication de lieu ni de date.
Après avoir loué la valeur et la fidélité, vertus éminentes des Dal mates, le manifeste ajoute avec toute la vivacité de l'indignation :
« Nation glorieuse, tu as été une dame soumise au « très sérénissime Doge, à qui tu t'es donnée librement, « pour qu'il te gouverne avec justice et selon les lois de « Jésus-Christ. Fidèle, tu as servi Ion Doge et ses conte seillers. Tandis que tu défendais leur dignité, ils (les ft Français) t'ont indignement chassée de Venise. Puis « ils ont abandonné le Doge, anéanti la seigneurie, « outragé les images de saint Marc, renversé les lois. « Ces mêmes hommes qui t'ont trahie ont élevé sur le « trône les Jacobins et les Juifs. Ils voudraient mainte- « nant que tu fisses alliance avec eux. Glorieuse nation, « sache que les Juifs sont les ennemis de ta foi et les plus « grands destructeurs de ta religion ! Donc, il ne con- « vient pas à ton honneur, il n'est pas utile à ta foi de « t'unir à eux ! »
On excite ainsi les deux sentiments les plus puissants : la gloire nationale et la religion. Le manifeste ne suggère pas de parti définitif, mais exhorte les gens à se défier de qui veut soumettre les Dalmates à une Venise démocratique.
« Tu peux t'allier à qui tu voudras I Tu peux te gou-