‹ Les Rochelais à Terre-Neuve, 1500-1550 [microforme]Chapitre 4 sur 5 · ME AE EAE ESS D · texte numérisé non relu

ME AE EAE ESS D

mière place dans le commerce rochelais, et la cède aux merlus et aux harengs.

Mais aussitôt que la « terra des baccalaos », la terre des morues, Terre-Neuve, ést sorlie des brumes de l’horizon, un mouvement considérable se produit vers cette région où les poissons de toute sorte vivent en abondance.

Comme nous le disions en commençant cette étude, ce n’est pas la perspective de la découverte, mais l’amour du gain qui entraîne dans ces parages Bretons, Normands, Rochelais et Basques, collaborateurs modestes, mais incontestables de Jacques Cartier. Aussi est-ce avec raison que les noms français naissent de toutes parts sur ces terres neuves, et que le nom de mer de France s’impose aux eaux qui les baignent.

Ceci n'est point une simple hypothèse basée sur l'abondance de la morue au marché de La Rochelle, dès le xvie siècle, mais résulte au contraire de la connaissance que nous avons de nombreux documents inédits.

M. Harrisse, le savant américaniste, auquel la connaissance des premières conquètes du Nouveau-Monde est plus familière qu'à tout autre, a considéré que l’on pouvait prendre l’année 1550 comme date extrême des voyages de découverte dans cette région ; ilestime qu’à partir de 1550, les expéditions à Terre-Neuve sont devenues choses si communes qu’il n’y a plus intérêt à en relever ni le nombre, ni l'importance. Les recherches du savant américain ont été poussées fort loin. Il semblerait qu’il n’est pas de source importante de renseignements, tant du Nouveau-Monde que de l'Ancien, qui ait échappé à sa sagacité. Malgré ce luxe d'informations, M. Harrisse n’a pu découvrir que 54 expéditions dirigées, pendant la période qu'il embrasse, vers le Nord-Amérique. Il faut en outre, remarquer que la presque totalité de ces expéditions n’ont été que des voyages de découvertes opérés sous le patronage des souverains qui régnaient sur l'Angleterre, la France, l'Espagne et le Portugal, et que beaucoup avaient pour but, non pas la prise de possession et la colonisation de terres nouvelles qui paraissaient d’ailleurs inhabitables, mais la recherche d’un passage vers le Cattay, nom qui désignait alors la Chine. Les expéditions et les voyages signalés par M. Harrisse se décomposent ainsi : 15 expéditions organisées par les Anglais, 12 par les Portugais, 9 par les Espagnols, 19 par les Français. On voit déjà par ce simple relevé que les Français avaient à leur actif le plus grand nombre de voyages. De ces derniers, trois sont indiqués comme faits

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erlus et par des Rochelais, et sur ces trois, deux étaient connus de M. Har- [4 risse par les renseignements que nous lui avions fournis. C'était, à ce | morues, .moment-là, tout ce que nous en connaissions. ; ouvement Notre attention fut mise en éveil tant par les publications des améde toute ricanistes, que par les dépèches de M. le Ministre. L'intérêt histo- ï rique de nos recherches se doublait d’une question patriotique. Nous ! est pas la nous mîmes à l’œuvre et le résultat dépassa notre attente. } aîne dans Nous pouvons proclamer aujourd'hui cette vérité que, dès l'origine, : borateurs avant l’année 1550, les Français prenaient la part la plus grande de t-ce avec tous aux expéditions à la Terre-Neuve, affirmant ainsi par la pratique ces terres Ë journalière et effective de leur commerce, cette prise de possession | x qui les qui avait été l'œuvre de Cartier, de Roberval, d’Alfonsede Saintonge | et de leurs émules.

Ance de la 1 M. Harrisse avait relevé 54 expéditions ayant Terre-Neuve ou le ésulte au 4 Canada pour objectif, jusqu'à’ 1550. Pour cette mème période de ocumenlis temps, nous en constatons 68 en plus, pour La Rochelle seulement, | Mais nous devons encore y ajouter 6 armements dont le souvenir a [il sance des été conservé par Francisque Michel dans son Histoire du Commerce qu'à tout ; de Bordeaux".

mme date Voici, d'après cela, le tableau des expéditions à la Terre-Neuve et | time qu'à : au Canada de 1497 (voyage de Cabot) à 1550 : | es choses ! | mbre, ni Anglais seuls . ..,..... 11 j poussées Ê Anglais et Portugais ensemble 3 » de ren- à D'après M. Harrisse. . . Portugais seuls. . . . . . .. 15? 54 , qui ait | Espagnols dut indé Mel 9 Harrisse M CN 60 CSS EE 1) iode qu'il D'après Francisque Michel. Krançais . . . ... ..... 6 6 1er que la D'après nos documents... Rochelais. . ......... 68 68 'yages de 4 TOMBA ue à 128 régnaient beaucoup À Soit : Anglais seuls . . . .. 11 : sation de Anglais et Portugais. . 3

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nme faits 1, Tome I, p. 337 et sui.

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Les résultats consignés dans ces tableaux sont d'autant plus remarquables, que les documents rochelais ayant trait au commerce sont d’une extrème rareté. Les archives privées sont à peu prés muettes. . \ Les actes des notaires qui devraient contenir la majeure partie de ces

‘ renseignements ont en partie disparu. Sur les vingt et quelques notaires qui instrumentaient dans la ville de La Rochelle, deux ou trois seulement par année sont connus. Pour certaines années, il n’en reste aucun. Les minutes de la plupart d'entre eux ont été détruites, On a notamment négligé de conserver les brouillards qui seuls, la plupart du temps, contenaient les minutes des transactions commerciales. A quel résultat arriverions-nous donc si les archives étaient intactes ?

Pour les Rochelais, la pêche de Terre-Neuve fut à la foisun moyen d'occuper leurs navires et une occasion de faire fructifier leurs capitaux. En dehors de leurs aptitudes maritimes, les Rochelais excellaient dans la pratique des opérations commerciales, Les capitaux étaient dans cette ville d’une abondance extrème, Aussi les négociants de la place cherchaient-ils, de toutes les favons possibles, à prèter leur argent à gros intérêt. En outre de cet intérêt, aventure ou profit, comme on disait alors, qu’ils tiraient de leurs opérations, les Rochelais avaient cet avantage d’amener sur leur place des marchandises nécessitant des transactions et fournissant aux intermédiaires des

occasions de lucre. Les Rochelais participaient donc aux expéditions LL

de Terre-Neuve de trois manières différentes : P 1° En équipant pour la pêche leurs propres navires; ; P 20 En équipant pour celle même pèche les vaisseaux des autres }

ports; ;

3° En prêtant leur argent aux maîtres et aux capitaines, soit à part de profit, soit à la grosse aventure.

Tels sont les motifs pour lesquels, dans les listes qui vont suivre, : ‘ on verra tant de navires français, étrangers à la région, prendre e | comme point de départ le port de La Rochelle, l

Voici la liste des navires expédiés de La Rochelle pour Terre-Neuve 1 | jusqu'à 1550 :

La Marie, du Croisie. Maitre Yvon le Fleuchier dit Piédcerf; avitaillée en partie par Jein Le Moine, de La Rochelle, LA Catherine, de Bénic. Maitr : Michel Trédieu ; avitaillée en partie

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par Pierre Jourdain le jeune et André Morisson, marchands et bourgeois de La Rochelle, parsonniers du navire.

La Marguerite, de Pornic. Maitre Guillaume Le Gludic; avitaillée dans les mèmes conditions que la précédente.

La Marquerile, de Saint-Brieuc. Maitre Jean Trédian.

La Marguerite, de Blavet, Maitre Alain Feuillagat ; avitaillée, par association avec le maitre, par Jean Boisseau et Jean Lemoine, marchands et bourgeois de La Rochelle.

Le Christophe, de Plusmanac (Ploemeur, arrondissement et canton de Lorient). Maitre Yvon Raymond, qui emprunte à Julien Giraud,

marchand et bourgeois de La Rochelle, 30 livres tournois à la grosse aventure, payable en deux milliers de morues parées.

Le 12 juin de cette année, Jacques Cartier rencontre un navire rochelais dans la rivière Saint-Jacques : «Il y a, dit le grand navigateur, une aultre bonrie ripvière plus grande, où il y a plusieurs saulmons; nous la nonmasmes laripvière Sainct-Jacques. Estans à icelle, nous aperseumes ung grant navire qui estoit de La Rochelle, qui avoyt passé la nuyt (cherchant) le hable de Brest, où il pensoit aller faire sa pescherie; et ne sçavoient où ils estoient". »

La Marquerite-Antoinette, de La Rochelle. Maitre Guillaume Legatz, de Paimpol, en Bretagne; armée par honorable homme Nicolas Muillard, marchand et bourgeois de La Rochelle, Ce navire part après le 19 février et effectue son retour avant le 3 septembre de la même année. |

Le Christophe, de La Rochelle. Maître Gluille Le Gludic, de Pelroux, en Bretagne; est armé par ses bourgeois, Durand Buschet et Jehan Bernyer, marchands et bourgeois de La Rochelle. Départ après le 14 avril.

1. fielulion originale du voyage de Jacques Cartier, Paris, Tross, 1867, in-80, p. tr. V. Harrisse, loc. cil,, p, 298.

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L'Esprit, de La Rochelle. Maître Jean Guybert, de Portereau en Bretagne ; armé par ses bourgeois, Jean Girard père et Jean Fouchier, marchands et bourgeois de La Rochelle. Départ après le 24 janvier.

La Marguerite, de La Rochelle. Maitre Micheau Herlant, de la paroisse de Tardre, évêché de Saint-Brieuc; armée par Nicolas Maillard. Départ après le 22 février.

L'Esprit, de La Rochelle. Maitre Nicolas Desruare (ou Desmare); armé par Pierre Jourdain, marchand, pair et bourgeois de La Rochelle. Départ après le 17 avril. j

Le Christophe, de La Rochelle, Maître Bonaventure Courtet ; arrive de Terre-Neuve, et repart après le 18 avril, après que ses bourgeois Durand Buschet et Jean Bernyer ont vendu au maitre le quart du navire, des « bapteaulx, apparaulx, artillerie ».

La Marie, de La Rochelle, Maître Nicolas Gieffroy, de l’ile de Bréac, diocèse de Dol en Bretagne; armée par sire Yves Testart, sieur de la Mauzée, sous-maire de la ville.

La Marie, de Saint-Jean-de-Luz. Maitreet bourgeois Martin de Soubmyan, qui emprunte à la grosse aventure, de sire Martin Doste,

marchand et bourgeois de Bayonne, 133 1. 8 s. 6 d., payables quinze qi jours après l’arrivée du navire à La Rochelle ou à Bordeaux. | Le Baptiste, de Saint-Jean de-Luz. Maître Étienne Darrissague, dit gr Chartier, qui emprunte différentes sommes, aux mêmes conditions, à Ph; Doste, à Gurton de Soubmyan, à Johannis de Sarnaude, marchands de Saint-Jean-de-Luz, et à Thibaut Coutant, marchand de La Ro- ji chelle.

La Marie, d'Ascaing. Maitre Martin Decharse, qui emprunte 266 |. bre 13 S. 4 d. au même Dose. # La Marie, de Bayonne. Maître Cency de Courtraulx, marchand de S Bayonne: est frétée par Jean Lhermite, Bonaventure Corru et Hugues LE Deseurre, marchands et bourgeois de La Rochelle. É 1538. % La Louise, de La Rochelle, Maitre Janicot de Chauchau, navarrais; L. D:

est armée par son bourgeois, honorable homme Pierre Dethenebault, l'aîné, marchand et bourgeois de La Rochelle.

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