‹ Les Rochelais et le Canada [microforme]Chapitre 10 sur 20 · EE · texte numérisé non relu

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» encore était-on arrêté et contredit partout par une administra- » tion avide, envahissante, qui ramenait tout à elle et qui, du » poids de son autorité, étouffait tous les genres d’émulation et » de zèle... »

C'en est assez sur ce triste tableau. Les réclamations des Rochelais furent reçues avec bienveillance, mais elles ne changèrent pas les vues du gouvernement et le traité de Paris (1763) abandonna à l'Angleterre notre plus belle colonie, peuplée d'un grand nombre de Français.

Tout cœur français ne peut manquer de se serrer en pensant au rang que sa patrie eût pu tenir dans l’œuvre de conquête et de civilisation du Nouveau Monde et dont elle a déchu par sa faute, ou plutôt par la coupable impéritie et par la légèreté plus coupable encore de ses gouvernants.

Par l’étroitesse de Louis XIV refusant aux huguenots l'asile qu'ils sollicitaient dans la Nouvelle-France, celle-ci ne reçut pas l’afflux de colons qui lui eut été nécessaire pour contrebalancer l’'émigration puissante que des querelles religieuses de la Grande- Bretagne déversaient, vers le même temps, sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre, de la Pensylvanie, du Maryland, de la Virginie et des Carolines. Le gouvernement de Louis XV précipita sa décadence et enfin l’écroulement de notre empire colonial.

Jetons les yeux sur l'importance des armements rochelais de 1739 à 1759.

Un relevé des armements pour la Nouvelle-France donne les chiffres suivants :

En 1739.........,.. 5 navires, En 1750...... °.... 14 navires,

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Ce relevé dénote combien les armements pour la Nouvelle- France augmentèrent à partir de la paix d’Aix-la-Chapelle; ils se maintinrent même pendant la guerre de sept ans et atteignirent le chiffre de 20, en 1757, au plus fort de la guerre.

En 1758, les navires armés ont été :

! 1° La Friponne, de 250 tonneaux, 12canons, 38 hommes d’équi- | page ; fret acquis au départ 240 livres, payable à Québec 420 | livres ; prix de l'assurance 55 et 60 °’, ; armateur M. Manié.

( 2 La Fille unique, de 230 tonneaux, 10 canons, 40 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 240 livres, payable à Québec 420 livres ; prix de l'assurance 60 °/, ; armateur M. Gazan.

3° Le Saint-Dominique, de 120 tonneaux, 8 canons, 30 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 240 livres ; assurance 45 et 52 °, ; armateur M. Veyssière.

4 Le prince de Condé, de 300 tonneaux, 12 canons, 39 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 200 livres, payable à Québec 400 et 420 livres : assurance 45 °/, ; armateur MM. Paillet et Meynardie ;

5° Le Grand Gédéon, de 300 tonneaux, 12 canons, 40 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 240 livres, payable à Québec 420 livres; assurance 55 ‘’, ; armateur M. Rodrigue ;

6° Les Deux Amis, de 120 tonneaux, 4 canons, 16 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 240 livres, payable à Québec 400 livres ; assurance 55 °/, ; armateur M. Rodrigue ;

7° Les Deux Frères, de 250 tonneaux, 6 canons, 32 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 240 livres, payable à Québec 400 livres ; assurance 55 °/, ; armateur M. Rodrigue ;

8° Le Don Royal, de 150 tonneaux, 10 canons, 40 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 200 livres, payable à Québec 400 livres ; assurance 45 et 50 °’, ; armateur M. Monbocher ;

9% La Marguerite, de 83 tonneaux, 16 hommes d'équipage ; fret acquis au départ 200 et 240 livres, payable à Québec 400 et 420 livres ; assurance 50 et 60 °/, ; armateur M. Admyrauld.

En 1759, l'Amélie, du port de 250 tonneaux, 10 canons, 40

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hommes d'équipage ; fret acquis au départ 250 à 280livres: freté par le roi ; armateur Gabriel Rasteau.

Les assurances étaient remboursables à 95°/, en cas de perte ou prise. Les légères différences sur le prix du fret en la même année provenaient de la force plus ou moins grande des navires, de leur marche et aussi de la plus grande quantité de marchandises qu'un seul négociant chargeait, ou de ce que pour expédier le navire plus promptement l'armateur lâchait la main pour achever son chargement.

Le prix des assurances variait en raison des nouvelles et aussi par ce que le prix était toujours moindre pour un navire plus fort, mieux armé ou d’une marche supérieure.

Le 27 janvier 1758, M. le ministre de la marine écrivit à la Chambre de Commerce de la Rochelle :

« Je suis, Messieurs, infiniment touché de la situation critique » où se trouve le commerce, je m'occupe de tous les moyens que » les circonstances peuvent permettre pour lui procurer tous les » secours qui lui seraient nécessaires, et le roy est très disposé » à se prêter à tous les arrangemens qui seront praticables pour » cela.

» La situation des colonies n'est pas moins fâcheuse. Vous » n’ignorés pas sans doute les besoins particuliers de celle du » Canada. Les négocians de la Rochelle qui sont dans l’usage d'y » faire le commerce ne se disposent-ils pas à expédier des navires » pour Québec avec des chargemens de vivres dont la vente » pourrait leur être d'autant plus avantageuse qu'ils n'auraient » point de concurrence à y craindre de la part des étrangers ? » C’est à quoi je vous prie de les engager ; Et vous me ferés plaisir » de me mander ce qui se passera à cet égard. »

Malgré les prises continuelles faites par les Anglais, les Rochelais n’hésitèrent pas à se porter aux besoins particuliers du

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