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GYMNASE TRIAT
ÉDVCATMON - H \ G i È N E - Mi à G Ê IV Ê #* A V M O IV.
II est impossible de scruter les profondeurs de la vie organique sans se pénétrer de la conviction que le mouvement est sa loi primordiale et essentielle.
En principe, tout est en mouvement dans la nature-, rien n'est stable dans l'univers, si ce n'est Dieu-, l'immobilité ne nous apparaît que comme l'absolu ou le néant.
Dans l'homme et dans les animaux, la'vie matérielle se manifeste et s'accomplit, soit par le mouvement moléculaire de composition et de décomposition de la trame organique, soit par les mouvements propres à chaque organe dans la sphère individuelle de ses fonctions, soit par les mouvements de solidarité qui constituent les sympathies entre les organes, soit enfin par les mouvements d'ensemble et du corps entier.
Aucune fonction physiologique ne peut s'exercer sans mouvement : l'aspiration et la respiration, l'absorption, la digestion, la circulation, la transpiration, les sécrétions, la locomotion et la calorification ne s'expliquent que par des déplacements de matière, qui s'effectuent au moyen d'organes spéciaux, d'appareils propres, ou par l'action complète de tout l'organisme.
Si l'on considère que nul mouvement d'une partie d'un système ne peut avoir lieu sans réagir proportionnellement sur le tout, on est forcé de conclure que l'exercice ou mouvement volontaire appliqué au corps doit modifier les fonctions, et par conséquent la vie elle-même.
Or, comme la vie dans l'homme est double, corporelle et spirituelle, physique et morale; comme les deux natures qui forment cette dualité, et qui sont si profondément distinctes dans leurs attributs, sont cependant liées si , intimement que toute action de l'une réagit sur l'autre ; comme, tout en admettant que l'esprit soit le principe du corps, il est impossible de nier l'influence réciproque et permanente du corps sur l'esprit, il s'ensuit que l'exercice corporel concerne immédiatement l'homme tout entier, corps et âme, matière et esprit.
Partant de là, il est facile de comprendre que cet exercice, appliqué rationnellement, constitue un art qui est la Gymnastique, et que cet art, sérieusement développé, touche à l'éducation physique, intellectuelle et morale de l'homme, à la conservation de la santé, à la guérison d'un grand nombre de maladies, au perfectionnement de l'individu et de la race.
Tel est le point de vue élevé auquel se présente la Gymnastique au xixe siècle; tel est du moins, en peu d>e mots, l'ordre théorique auquel nous avons abouti par nos études sur cet art, que nous avons d'abord' pratiqué d'instinct, et que nous croyons -avoir ensuite, par toute une vie de méditations et d'expériences, porté à un degré de perfection inconnu avant nous
L'Institution gymnastique, telle que nous la connaissons dans l'antiquité, appartient à des sociétés adoratrices de ta force, dont
• elles avaient besoin pour la conquête ou pour la défense, et l'on sait que les législateurs anciens s'en préoccupèrent plutôt comme d'un moyen de faire des soldats et des athlètes que comme d'une méthode propre à former des hommes sains, forts et intelligents. La gymnastique militaire et olympique* ne fut en si grand honneur que parce qu'elle donnait aux nations des victoires et des triomphes; elle déchut lorsqu'elle ne produisit plus que des Hercules stupides et des gladiateurs pour la sanglante arène du cirque. Il est vrai qu'aux mêmes époques la gymnastique. médicale était hautement préconisée par les plus grands génies dans l'art de guérir, par Hérodicus, Hippocrate, Galien, Celse, Oribase, Dioclès, Asclépiade; mais n'ayant pas trouvé les moyens de se rendre facile pour- tous dans l'application, elle resta dans l'enfance et finit par être env.eloppée dans le discrédit encouru par la gymnastique athlétique, dont l'abus extrême s'était manifesté comme un attentat au développement de l'intelligence et au progrès des bonnes et des belles mœurs; et, bien que ce résultat désastreux prouvât seulement que la gymnastique est aussi dangereuse mal appliquée qu'utile et bienfaisante dans le cas contraire, il se fit une réaction d'autant plus énergique contre cet art, qu'il avait été plus puissant dans ses effets.
Entre l'extinction de la gymnastique à la fin du monde ancien et sa renaissance au xvme siècle, il s'est placé une civilisation nouvelle représentée par soixante générations successives. Durant ce long intervalle, Jes exercices du corps n'apparaissent, en dehors de la vie ordinaire, que dans quelques restes des vieux usages romains, dans les joutes,, tournois, carrousels, champs clos du moyen âge, lesquels s'éclipsent lorsque les armes à feu se substituent aux armes des chevaliers.
Ce n'est que Ters la fin du siècle dernier que les idées de J.-J. Rousseau sur l'éducation provoquèrent, à la même époque, en France et en Allemagne, des écrits eji faveur de la gymnastique. Les noms de Guthsmuths, de Basedow, de Salzmann, de Campe, de Jahn, de Pestalozzi, de Ling, rappellent la première impulsion qu'elle reçut peu après au delà du Rhin et en Suisse; à ces noms il faut ajouter ceux de Clias et d'Amoros, qui, en France, ont fait, depuis, les plus louables efforts pour l'introduire dans l'enseignement.
Pour nous, après avoir visité les principales contrées de l'Europe, et avoir examiné avec soin les méthodes qui y sont usitées; après avoir, en outre, médité longtemps les effets produits, soit sur nous-mênre, soit sur nos élèves, nous avons reconnu que la gymnastique, telle qu'on l'enseignait il y a vingt ans, ou telle même qu'on l'enseigne encore, est singulièrement défectueuse, irrationnelle, pauvre de ressources, et partant tout à fait impuissante à fournir les résultats qu'on en avait fait espérer.
LES ATHLETES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE
La nécessité de construire un système intégral d'exercices nous a conduit à étudier normalement les divers genres de mouvements du corps et des organes, et à fonder, en réalité, sur cette base un art nouveau. Nous sommes parvenu, à l'aide de nombreux instruments et machines, indispensables pour exécuter des mouvements spécifiques, partiels ou d'ensemble, à former une méthode entièrement nouvelle, rationnelle, complète, et tout à fait distincte de toutes celles qui ont été publiées jusqu'ici. La plupart de nos instruments et machines n'existaient pas ; il a fallu Jes imaginer et les exécuter nous-même. Les haltères, les massues et les barres, dont nous sommes l'inventeur, sont déjà répandus partout, et les médecins les recommandent spécialement; mais ceci même est peu de chose en comparaison de tout notre système de machines spéciales pour la gymnastique médicale. Et puis, les instruments eux-mêmes ne sont rien sans leur emploi normal : un outil, c'est quelque chose, mais il faut savoir en faire usage, et nous eussions souhaité qu'on ne se bornât pas seulement à copier nos machines. Enfin, après de nbmbreuses expériences sur les différentes races humaines, et plus de quinze ans de pratique publique^ à Paris, nés résultats sont immenses; et nous avons le droit de dire que nous avons atteint le triple but de nos efforts, l'application utile de la gymnastique à Y éducation, h Yhygiene et à la régénération de l'homme.
Comme instrument d'éducation, notre gymnastique, qui n'a pas pour objet de faire de lourds Alcides, mais bien plutôt des hommes harmonisés, sains de corps et forts d'esprit, concourt d'une manière^ efficace et merveilleuse, chez l'enfant et chez l'adolescent, au développement et à la rectification des organes, à l'amélioration des formes et des mouvements, à l'accroissement des forces; elle produit par suite la beauté, la grâce, l'élégance, l'adresse, la fermeté, le courage, la bonté, la sensibilité, la douceur et la moralité; efle contribue à la solidité et à la vigueur des opérations de l'esprit; en un mot, elle donne la plénitude de ce bien suprême de la vie actuelle, la Santé.
Les mêmes effets s'opèrent, quoique à un degré moindre, chez les adultes.
Un savant professeur de médecine, M. Michel Lévy, a écrit dans son Traité d'hygiène ces* paroles remarquables : « Le problème de l'éducation, c'est la balance des forces physiques et des facultés intellectuelles ; elle ne peut s'obtenir qu'à l'aide d'une gymnastique obligatoire, variée, adaptée à chaque âge, entremêlée par intervalles aux exercices d'intelligence, honorée et récompensée dans les concours annuels à l'égal des études littéraires. Depuis l'invention des armes à feu, on a trop méconnu les effets puissants d'un exercice régulier, habituel, énergique; les occupations variées la fatigue du corps, la culture de l'intelligence, les principes moraux et religieux, tels sont les moyens qu'il faut opposer à certain vice, qui fait de si grands ravages chez les enfants et adolescents des deux sexes. »
Que dirait M. Michel Lévy s'il voyait des constitutions frêles, débiles, émaciées, des cerveaux ineptes, ruinés, flétris jusqu'au crétinisme, se restaurer miraculeusement par le bienfait de notre gymnastique, qui moralise l'individu en même temps qu'il le répare 7
Au point de vue de l'hygiène ou conservation de la santé,
nous opposons avec succès, à l'imminence d'un grand nombre de maladies, une gymnastique régulière, tantôt modérée, tantôt énergique. La médecine considère, par exemple, le défaut d'exer- , cice comme l'une des causes les plus puissantes de la phthisie pulmonaire : il nous est arrivé souvent, en effet, de combattre victorieusement cette funeste maladie chez des sujets que des , médecins nous avaient adressés, et dont la disposition lymphatique ou scrofuleuse cédait visiblement à quelques mois de gymnastique.
On sait aussi que le défaut d'exercice suffit pour amener l'inertie des organes, l'embarras de la circulation; la disposition aux engorgements splanchniques, à la bouffissure, au catarrhe chronique de la vessie, à la graveile, à l'apoplexie, etc. Ces maladies et toutes les autres qui accompagnent les professions sédentaires ou inactives, notre gymnastique les prévient, de même qu'elle contre-balance, s'il le faut, par des exercices calculés, le résultat des habitudes vicieuses et des mouvements spéciaux à certaines professions. Elle peut donc, à cet égard, être considérée comme un puissant moyen d'hygiène publique, qu'il serait facile de mettre à la portée de toutes les classes de la population, suivant leurs besoins.
La population actuelle, née au sein des grandes villes, est héritière de toutes les dépressions qui se sont exercés sur les générations antérieures, de tous les troubles constitutifs dus au mauvais régime sous lequel ces générations ont vécu, c'est-à-dire d'un lourd patrimoine de maladies qui ont pour effet de l'altérer sans cesse davantage, de la rendre de plus en plus faible, de plus en plus impuissante, qui menacent de lui enlever tous les attributs de la santé, jusqu'à ce qu'elle s'éteigne comme une lampe épuisée. Elle a besoin, pour subsister, de se renouveler par les éléments vivaces que lui versent si abondamment les campagnes; de telle sorte qu'on peut, sans exagération, considérer les grands centres de population comme des agents de consommation anomale de la vie humaine. Or, nos expériences gymn as tiques prouvent que non-seulement cette dégénérescence urbaine peut être arrêtée sur sa pente, mais que les êtres à demi .ruinés qu'elle nous livre sont susceptibles d'être complètement régénérés par un certain temps d'exercice. Nous leur rendons le mouvement musculaire, la force et la longévité. Enfin, il n'est pas jusqu'aux plaies morales que le gymnase n'atteigne et ne guérisse. En restaurant le corps, il évince des vices qu'on dirait inhérents à certains états pathologiques; et nous déclarons, en toute sincérité, ne pas connaître de meilleur, remède pour préserver de la folie et du suicide.
C'est mû par des motifs d'une telle importance que nous avons cherché à faire entrer, autant qu'il a dépendu de nous, la gymnastique dans une phase nouvelle, en établissant un Gymnase dont l'étendue et la composition puissent répondre, au moins en partie, à tout ce que la réflexion nous a fait exiger de lui. Nous lui avons donné les proportions les plus vastes qu'il nous a été possible d'exécuter-, et c'est avec un sentiment réel d'humanité que nous convions le public h le visiter, regrettant ; toutefois que l'intelligence des gouvernements n'ait pas déjà été suffisamment sollicitée, pour qu'il nous fût possible de réaliser avec son concours la grande idée de la régénération publique que nous avons plusieurs fois proposée.
Hippolfte TRIAT. «;rn»pait«r*«i>.
iMmiact'it,
M-8B10JT. 7.
Nous avons également sous les yeux les notices que Triât fit imprimer pour son Ecole normale de gymnastique civile et militaire de Bruxelles, où il avait une école spéciale pour les dames et les demoiselles et une autre pour les jeunes enfants.
Nous avons aussi une lettre ouverte datée de novembre 1845 adressée à Messieurs les membres du Sénat et de la Chambre des Représentants, le tout est une pure merveille de bon sens et de clarté. L'intelligence et la vérité éclatent à chaque ligne.
Reproduction d'un Titre de 100 francs émis par Triât en 1855 lorsqu'il créa la « Société générale des Gymnases de France »
Cet homme était, à mon avis, le plus grand bienfaiteur de l'époque et j'espère que les photographies de cet ouvrage permettront un jour de reconstituer l'effigie de Triât pour lui élever une statue en or à Paris lorsqu'on aura reconnu les torts que les Français ont eus en abandonnant cet apôtre de la culture physique.
Nous avons également sous les yeux, adressé à MM. les sénateurs de France, le Mémoire justificatif à V appui de la pétition des élèves du Gymnase Triât qui fut fait lors de la chute du gymnase Triât, 36, avenue Montaigne, lorsque Triât lut exproprié sans indemnité par la Ville de Paris, qui ruina de fond en comble cet homme de bien.
Cette pétition avait pour but de demander à la ville de Paris l'édification d'un nouveau gymnase en remplacement de celui qu'elle supprimait sans indemnité.
Le refus de créer l'École normale de Billancourt, que Triât proposait, nous a coûté certainement quelques centaines de millions de francs dépensés, en pure perte, pour essayer de guérir les maladies qui auraient été prévenues ou combattues avec succès parla méthode Triât. Des milliers d'existences humaines, flambeaux de vies et allumeurs d'autres vies, ont été volontairement supprimées, mais tous les soins furent apportés pour sauver les épaves humaines inutilisables, grevant les budgets,
LES ATHLÈTES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE
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