‹ Les rois de la force [electronic resource]Chapitre 37 sur 119 · IS · texte numérisé non relu

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LES ATHLÈTES CONTEMPORAINS DU XIXe SIÈCLE 73

rachitiques, tuberculeux au dernier degré, alcooliques, épileptiques, etc., déchets sociaux, qu'on entretient à grands frais, au lieu de chercher à développer des procréateurs vigoureux, ensemenceurs de vies utiles à la société, poitrines solides à opposer aux envahisseurs.

H. Triât avait une musculature superbe, il était très élégant de formes et avait les extrémités d'une petitesse invraisemblable. Voici, du reste, ses mensurations, prises le 18 juillet 1854 par le Dr Castel.

Hauteur im79, grosseur du cou 45 centimètres, tour de poitrine im24, tour de biceps 41 centimètres, poignet 17 centimètres, ceinture 83 centimètres, tour de hanches im05, cuisse 73 centimètres, mollet 44 centimètres, bas de jambe 22 centimètres. Longueur de main 17 centimètres, longueur du pied 27 centimètres. Poids du corps, 95 kilos.

Voici les exercices qu'il exécutait avec ses barres et ses poids :

Il levait d'un seul temps en l'air une barre à deux mains de 101 kilos ; il portait correctement, à bras tendu, épaule gauche appuyée au mur, pied gauche à 45 centimètres du mur, un haltère de 32 kilos; il soulevait sur son dos, les mains appuyées sur un tréteau, un poids de plus de 1.000 kilos; il sautait très bien, franchissait un cheval ordinaire en travers; il faisait trois tractions d'un bras; il soulevait avec ses dents 150 kilos, jonglait admirablement avec des boules moyennes, était un équilibriste distingué; se tenant d'un seul pied sur une barre fixe, il soulevait sans élan deux haltères de 45 kilos chacun. Il avait aussi un exercice remarquable qui n'a plus jamais été fait par personne : il se mettait en drapeau à une colonnette de fer, main droite en bas, main gauche en haut, le corps placé horizontalement, il lâchait la main gauche et descendait doucement le corps en se portant pour ainsi dire à bras tendu. Tous ces exercices ont été faits devant témoins ; le dernier est l'objet d'un certificat qui est signé de Darcier le chanteur, un homme très fort aussi, de d'Elchingen, aide de camp de l'Empereur mort depuis général de division, du prince Murât, de Charette, Edmond Daru, Franconi, etc., etc.

Triât avait une force de pression considérable dans la main, on pouvait dire que Triât ne lâchait jamais ce qu'il tenait. A ce propos, une anecdote : Vers 1856 ou 1857, il vint â Paris une troupe de lutteurs (peut-être la première de Rossignol-Rollin) ; parmi ceux-ci se trouvaient les nommés Blas et Bonnet Lebeuf, de Nantes, qui un jour provoquèrent Triât en disant : qu'il n'avait jamais tenu par le poignet que des femmes, qu'ils voudraient bien voir un hcmme les tenir sans qu'il puisse les lâcher, etc., etc. Triât leur proposa de les saisir tous les deux, un par chaque main, ils acceptèrent ; jamais ces deux hommes ne purent, malgré leurs contorsions, leurs secousses, faire lâcher prise â Triât, qui ne les abandonna que quand ils demandèrent grâce; la peau de leurs poignets était enlevée en forme de bracelets â l'endroit où Triât les tenait. Il avait pour cette pression un entraînement original : il avait toujours sur lui une ou deux balles en caoutchouc et il pressait, pétrissait ses balles, en se promenant, en lisant, etc., etc.

La méthode de Triât pour l'entraînement était très complexe, pour chacun il avait des exercices différents ; il Pavait condensé dans ses leçons du plancher, car il en avait plusieurs, pour enfants, pour dames, pour jeunes hommes et pour hommes faits. Cette leçon du plancher comprenait pour hommes, par exemple :

Exercices a mains lbres. — Rotation des bras, flexions des jambes, agenouillement, etc.

Barres a sphères de 6 kilos. — Passage de la barre derrière le cou, le dos. Torsion du tronc ; exercices du fléau, etc.

Course. — Pas gymnastique, cloche-pieds, pas de côté, sauts.

Petits haltères. — Coups de poing dans toutes les directions, toujours alternatifs. Flexion du corps, etc.

Petites barres de fer a deux. — Marche avec résistance, élévation des bras avec demi-tour, etc.

Gros haltères et barres a deux mains. — Arraché, volée, développé, jeté, etc. Poses plastiques, parmi lesquelles celle du Gladiateur, soulèvement d'un gymnaste par un autre.

Chaque élève ne faisait dans cette leçon que les exercices que Triât lui indiquait, du

moins au commencement ; plus tard il les * ' faisait tous et nous pouvons assurer nos lec-

teurs que quand on faisait la leçon complète en finissant avec les haltères de 15 kilos, surtout les jours où Triât pressait le commandement, on en avait assez. En moins d'une demi-heure il procurait une abondante transpiration pour affronter ensuite la douche dont il était très partisan et qu'il avait rendue obligatoire avec la friction au gant de crin. Pour la femme et l'enfant, les exercices étaient plus doux.

Quand Triât donnait la leçon, il était revêtu d'un collant et d'un costume, genre François Ier, qui faisait ressortir sa mâle beauté et sa douce figure de Christ aux longs cheveux^ flottant librement sur ses épaules de Titan. Les élèves avaient aussi le costume collant, couleur sang de bœuf.

Les devanciers de Triât, qui sont le colonel Amoros, né en 1770, mort en 1848; Clias, né en 1782, mort en 1854; Daily, 1795-1862; Laisné, 1811-1896 (mai); D'Argy, 1 803-1 870, s'occupaient seulement des agrès, barre fixe, trapèze, anneaux, etc., et ne faisaient jamais pratiquer les haltères même les plus petits.

Triât amena l'usage des haltères courts et créa les barres à deux mains. Il faisait faire à ses élèves beaucoup de mouvements avec des barres à sphères de 6 kilos.

Au sujet des poids lourds et moyens, Triât ne voulait jamais voir jeter un haltère après qu'on l'avait levé, il exigeait qu'on le descendit doucement et que l'on fit le mouvement de descente aussi bien que celui de montée.

C'est lui qui avait introduit en France les haltères, les barres à sphères et surtout (nous insistons particulièrement sur cela) les appareils à tirage avec des combinaisons de toute sorte ; il avait dans une salle spéciale de son gymnase au moins 150 sortes de tirages pour exercer toutes les parties du corps et pour tous les cas de gymnastique orthopédique et médicale. Quelques personnages peu scrupuleux s'en sont emparés, les ont fait breveter sous leur nom sans parler de Triât et s'en sont fait passer pour les inventeurs. Il est aussi l'inventeur d'une foule d'appareils très ingénieux et qui dénotaient chez cet homme des qualités réelles de professeur.

Plus tard, Triât ouvrit un autre gymnase, 22, rue du Bouloi, et toujours les haltères

Dernière Photographie de Triât faite à l'âge de soixante-sept ans

Beaucoup d'hommes souhaiteraient une pareil! vigueur à quarante ans

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