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PS
primaient dans sa méthode ; lui-même était d'une force inouïe, car il enlevait en deux temps* d'une main un haltère de 91 kilos avec la main droite et de 84 kilos avec la main gauche.
Triât n'a presque rien laissé comme écrit ; il avait pourtant beaucoup écrit, mais, écœuré par l'ingratitude humaine, il a tout détruit peu de temps avant sa mort, plans, études, remarques, observations, etc. Il est bien malheureux qu'on n'ait pu empêcher cela.
On trouve pourtant de lui un livre publié en 1857, en collaboration avec Napoléon Daily (»). r
Triât n'a eu comme élèves professeurs, qu'il avait formés de toutes pièces, que son neveu Laplanche, mort à Montpellier où il était directeur du Grand Gymnase, Solérol, mort à Paris en 1896, et Léon Martin, mort à Paris.
Triât aimait à répéter certaines maximes, par exemple :
« S'exercer n'est pas s'excéder. »
« L'entraînement n'est pas l'éreintement. »
« Les forces du corps sagement dirigées sont une cause de beauté dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique. »
Triât avait fondé son gymnase de Bruxelles dans le but de former des professeurs des deux sexes.
Dans son gymnase de l'avenue Montaigne, il avait deux professeurs pour dames : Miles Allix (Augustine)[i 823-1 901], etMathilde qui aima et fut aimée du maître.
Eugène Paz avait été un élève de Triât.
Nicolas, mort depuis peu (1838-1901), qui possédait le gymnase de la rue de Rome, à Paris, a été aussi un élève de Triât.
A l'Exposition universelle de 1878, Triât exposa un gymnase modèle qui était une réduction de son grand local de l'avenue Montaigne. Il l'avait fait fabriquer chez Burlot, menuisier, rue Saint-Lazare.
Le plus beau projet de Triât fut l'idée de fonder une École normale de gymnastique raisonnée dans l'île de Billancourt, à quelques pas de Paris.
Il avait fait dessiner et graver cet établissement modèle avant d'en soumettre le projet au gouvernement, qui préféra installer un magasin militaire dans l'île de Billancourt plutôt que de créer une école où se seraient formés les élèves qui auraient été dans toute la France répandre la bonne parole avec les excellents principes de la méthode Triât.
Si ce projet avait réussi, des milliers de malades n'auraient jamais encombré les hôpitaux, des millions de francs n'auraient pas été dépensés pour essayer de les guérir, bien des souffrances leur auraient été épargnées.
L'île de Billancourt offrait des pistes pour la course à pied et le vélo, le fleuve pour la natation et le canotage, l'École pour la gymnastique et la culture physique, et tout cela aux portes de Paris. C'était trop facile à réaliser, c'est pourquoi ce projet a échoué.
C'était en effet une vaste conception que Triât, qui n'avait pas compté avec l'hostilité des pouvoirs publics et avec l'indifférence coupable de ceux qui devraient avant tout s'occuper de l'amélioration de notre race, pensait mener à bonne fin. L'un des premiers il avait compris que, pour remédier aux maladies et aux maux qui s'abattent sur l'humanité, mieux valait prévenir que guérir ; qu'il était préférable d'améliorer par l'hygiène et l'exercice l'état physique de ses contemporains en faisant construire des gymnases modèles plutôt que d'élever des hôpitaux nouveaux, si confortables fussent-ils, lorsque les conditions défectueuses ou antihygiéniques de la vie moderne avaient été les causes de leur encombrement. Que d'argent dépensé, d'efforts tendus pour essayer de redresser des rachitiques, de guérir des tuberculeux ! Cependant, lorsque la science médicale arrive à en sauver quelques-uns, les malheureux, ils n'en restent pas moins impotents, tarés, porteurs de lésions pour le reste de leur existence. Qui pourra dire combien de ces victimes eussent été arrachées à leur triste sort si, dés l'enfance, une éducation physique bien comprise (et par éducation
(*) Cinèsiologie ou science du mouvement, qui donne tout simplement la solution exacte du problème si complexe de la culture physique.
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physique nous entendons l'hygiène et l'exercice), combien de ces victimes, dis-je, eussent été sauvées de la maladie si elles avaient eu plus d'air, plus de lumière, des notions pratiques des soins hygiéniques à donner au corps et si elles avaient pu profiter des bienfaits de la culture physique, redresseuse de tares, antidote suprême des dispositions morbides ! Mais l'opposition aveugle que rencontra Triât à ses projets est encore prête à se dresser devant quiconque prêcherait la construction d'une école normale de culture physique pour prévenir et rendre inutile celle de nouveaux hôpitaux ! Le projet de Triât a avorté, c'est vrai, mais la conception qu'il en a eue et qui remonte à une cinquantaine d'années mérite d'autant plus d'être signalée qu'il l'avait créé de toute pièce à une époque ou l'idée sportive n'avait pas encore fait son chemin et n'avait pas, comme de nos jours, pris une extension telle qu'elle compte pour une part importante dans l'ensemble de la vie moderne. Le plan de Triât a été d'ailleurs repris dernièrement sous une forme plus adéquate aux progrès réalisés par le sport dans toutes ses manifestations lorsqu'il s'est agi de construire au Champ-de-Mars un « Palais des Sports » où ils auraient été tous pratiqués dans les meilleures conditions techniques et matérielles possibles.
Un de ceux qui l'ont connu, Hippolyte Mayon, né en 1852, et qui est le directeurpropriétaire du gymnase de la rue de Rome, à Paris, a conservé un culte profond pour cet homme de bien que fut Triât, et c'est avec une douce émotion qu'il parle de celui qui n'est plus.
Mayon acheta différents agrès de son gymnase, tous marqués au nom de Triât, notamment les deux gros haltères que l'on voit â gauche de la photographie de son gymnase, et que Triât enlevait quand un visiteur de marque l'en priait. Ces deux haltères ont constitué les records de cet homme qui fut un des précurseurs du mouvement sportif qui entraine les générations futures vers une humanité plus belle, une humanité meilleure aussi, et qui ne laissera plus dans l'oubli les noms de ceux qui ont contribué à lui rendre la vie plus douce en donnant à tous, avec un corps d'athlète, la bonté sereine qui est l'apanage des forts.
Quand on sait rendre hommage aux savants qui ont formé le moral d'un peuple, on doit savoir aussi rendre justice aux artisans de la beauté corporelle et de la santé, le plus grand bien sans lequel il n'est pas de plaisir au monde.
A la mort du maître, Mayon acheta sa bibliothèque, ses papiers, ses reçus, etc., et il put ainsi se rendre compte des difficultés sans nombre rencontrées par Triât, pour vaincre l'apathie de ses contemporains.
C'est en consultant ses papiers que Mayon apprécia davantage le créateur de la gymnastique raisonnée, car Triât avait toujours travaillé pour l'idée et non pour lui-même. Aussitôt qu'il avait fait des recettes importantes, il inventait des machines à poulies et à contrepoids qu'il faisait dessiner et construire par Viot et Burlot, deux entrepreneurs de menuiserie. Ces idées en faveur de l'amélioration de la race humaine lui coûtaient très cher et, finalement, cet homme de bien, après avoir fait un chiffre d'affaires colossal, en fut réduit à vivre dans un état voisin de la misère.
Mayon, qui a encore la pendule qui était dans le grand gymnase de Triât, nous l'a montrée et nous ne pûmes, sans une mélancolie profonde, penser que si elle avait sonné les heures triomphales, quand il voyait ses compatriotes envahir son gymnase et se refaire des muscles, elle avait aussi sonné les heures douloureuses où, accablé par la destinée, Triât voyait son rêve d'apôtre fuir à tire d'ailes dans un ciel brumeux, sans avoir la consolation d'avoir vu se réaliser ses grands projets de régénération humaine universelle.
Elles durent être sombres et amères, dans les derniers instants de sa vie, les réflexions de cet homme qui, marqué au front par un inconcevable caprice du sort, ne connut les plus vives émotions de la terre, les passions les plus énergiques, les joies les plus ardentes, l'ambition satisfaite et aussi l'amour heureux (car Triât était beau), que pour les expier par une longue suite d'infortunes et de tourments, et, après avoir sacrifié les plus belles années de sa vie pour régénérer ses compatriotes, s'en venir, à son déclin, mourir dans une mansarde, seul et abandonné de tous, sans une main amie pour lui fermer les yeux. Triât mourut pauvre et si le père des deux sœurs Allix, professeurs pour les dames au gymnase
Triât, Jules Allix, n'avait pas pris soin d'ensevelir le corps de Triât dans le caveau de la famille Allix au cimetière du Nord, où malheureusement son nom ne fut pas inscrit sur la pierre tombale, tout nous porte à croire que Triât, le précurseur, et qui fut aussi, hélas ! comme tous les grands esprits, en avance sur leur siècle, Triât le méconnu, aurait été, faute d'argent, jeté à la fosse commune pêle-mêle avec les dépouilles des vagabonds et des épaves anonymes de la vie.
Pauvre grand Triât ! si de là-haut tu vois patauger dans l'incohérence les systèmes actuels d'éducation physique ; si tu entends les billevesées des savants de cabinet sur la culture physique, comme tu dois regretter le temps précieux que tu as perdu ici-bas pour essayer de donner du bonheur à tes semblables et faire de tes compatriotes une nation forte, énergique et saine dont les nombreux et solides enfants pourraient sans crainte regarder de l'autre côté de la frontière les 60 millions de vigoureux sujets, qui attendent impatiemment le moment où leur nombre, double du nôtre, leur permettra de mettre un arrêt à nos querelles politiques, à nos amusements niais, à nos occupations frivoles où la mode, le théâtre, les courses l'emportent sur les questions de vitalité de la race, et de prendre possession de notre beau pays au nom de la seule loi terrestre, la loi du plus fort.
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