‹ Les rois de la force [electronic resource]Chapitre 41 sur 119 · ROSSIGNOL-ROLLIN · texte numérisé non relu

ROSSIGNOL-ROLLIN

Rossignol-Rollin, l'imprésario des lutteurs et des hommes forts, fut un véritable type dont la vie mérite d'être contée.

Né à Paris en 1821, Rossignol-Rollin fut un barnum fameux, qui promena un peu partout en France une escouade de forts à bras. Il était expert dans l'art d'attirer la foule dans son arène, soit par la parole, soit par l'affiche.

Assez érudit, il rappelait aux indigènes les origines de leur race, les qualités

La Lutte de l'Homme masqué aux Arènes de la rue Le Peletier

athlétiques de leurs ancêtres, leur bravoure, leur audace, leur témérité, et terminait toujours par le sonore et classique :

« A qui le caleçon ? »

La mise en scène était soignée; sur le sol, un tapis superbe s'étalait. Ce tapis, Rossignol l'affirmait, avait servi aux luttes olympiques !

Un jury choisi parmi les personnalités de la ville présidait aux luttes, et Rossignol le présentait solennellement au public par ces mots :

« Peuple ! chapeau bas, le jury ! »

Et le peuple se découvrait.

Jaloux des succès obtenus à Paris, aux arènes de la rue Le Peletier, par un lutteur

masqué, dont les exploits défrayaient la presse, Rossignol engagea ce lutteur mystérieux pour l'opposer à un autre lutteur tout aussi masqué, tout aussi mystérieux.

Le premier lutteur masqué était d'une telle force qu'il lui suffisait de saisir un adversaire par le poignet pour l'attirer à lui, annihiler ses efforts, supprimer toute

résistance, l'hypnotiser pour ainsi dire, et, en deux temps trois mouvements, l'étendre sur le tapis.

Le second lutteur masqué passait pour appartenir — comme le premier, du reste — à une noble famille.

Le premier alla aux arènes de Rossignol dans une victoria de maître, tandis que le second s'y rendait dans un carrosse attelé de quatre chevaux.

Les deux hommes, munis de loups noirs, descendirent sur le ring, au milieu d'un silence religieux.

Tout à coup, une rumeur formidable éclata. Le second lutteur masqué venait de tomber en garde de si caractéristique façon, que le public reconnaissait en lui un lutteur bien connu dans le Midi, et comprenait qu'il était victime d'une supercherie.

Rossignol eut le sentiment que tout allait se gâter.

« Sauvez la caisse ! » hurla-t-il.

Il était temps. Les deux hommes masqués disparaissaient prudemment tandis que la foule « bourrait » sur le ring; Faouët s'élançait au-devant de son directeur en danger, et telle était la force de cet hercule, qu'à chaque écart de bras il renversait deux ou trois spectateurs.

Rossignol reçut quelques « gnons », la baraque fut saccagée, le fameux tapis des luttes olympiques lui-même fut déchiré par les vandales. Tout fut perdu, enfin... fors la caisse.

En 1870, un peu avant la guerre, la troupe de Rollin s'exhibait à Bruxelles à la salle de l'Orient. Au cours de la représentation, le bruit courut, parmi les lutteurs, que le roi des Belges était là, incognito, dans une avant-scène. L'ordre du programme met aux prises Bainaize le Fauve et un autre professionnel nommé N... Il faut croire qu'il y eut belle lutte et belle bourre, car, après quelques passes très réussies, une pièce d'or de 100 francs, toute neuve, à l'effigie de Léopold II, tomba sur le tapis. Le roi, bien sûr, l'avait lancée de ses propres mains. Mais, par ordre formel de l'imprésario, défense était faite à quiconque de ramasser soi-même la monnaie qu'on pouvait jeter pour les lutteurs. Rossignol-Rollin se réservait de la répartir, après la séance, entre ses différents pensionnaires. Rossignol-Rollin, à ce moment-là, avait les yeux ailleurs; il n'avait pas vu la pièce. N..., par contre, la lorgnait avidement.

ROSSIGN OL-ROLLIN

Qui fut le plus célèbre de tous les imprésarios

de lutteurs et hommes forts.

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