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QUI ETAIT ROSSIGNOL-ROLLIN

Rossignol-Rollin fut créé par Nestor Roqueplan, le feuilletoniste du Constitutionnel, à l'époque où Rollin n'était que Rossignol. Il faisait partie de la troupe des Variétés dont Roqueplan était directeur. Roqueplan ne voulait pas du nom de Rossignol, et il le baptisa du nom de Rollin pour qu'il gardât son initiale et ne fût pas forcé de démarquer son linge.

C'est vers 1846 ou 1847 que Rossignol, devenu Rollin, débuta très jeune dans une pièce faite par Bouffé et intitulée Pierre Février, parce que le principal personnage avait été abandonné enfant sur une pierre et dans le mois de février. Voilà comment à cette époque se créaient les titres de pièces.

Rollin réussit, il avait de bonnes qualités de comédien ; puis il quitta le théâtre, se passionna pour les spectacles de lutte qui commençaient à intéresser vivement les Parisiens.

Rollin organisa des troupes de lutteurs qu'il mena un peu partout, en France, en Belgique, en Allemagne et en Hollande.

C'est surtout dans le midi de la France et à Lyon qu'il laissa tes souvenirs les plus curieux.

Au cours de ses pérégrinations un peu partout, il s'installa même à Paris. Les lutteurs choisis par Rossignol-Rollin — car il reprit alors son ancien nom — étaient excellents, et jamais, il faut le reconnaître, ils ne donnèrent le spectacle des tricheries et des accords qui scandalisèrent si souvent les habitués d'une autre salle de luttes existant alors, la « salle Montesquieu ».

Tous les sujets présentés par Ross'gnol-Rollin étaient des types parfaits de forme,

de force et d'aJresse. Parmi ceux-ci, signalons les hommes suivants : Mordon du Nord, Beaujolais, Montai dit la Folie, Rivollon dit le Serpent de la Loire, Faouët, Ambroise le Savoyard, Plantevin de Carpentras, Fruchinet dit Y Arracheur de garance, de Nimes, Bonnet dit le Bœuf, Vincent dit YHomme de fer, Dumortier, Treuvé dit Bibus, Milhomme, Béranger, Etienne dit le Pâtre, de Bourg-Saint-Andéol, Creste, Brocart, Baby, de l'Ariège, Tristan, Christol, Marseille jeune, Bouillier, Alfred, etc., etc.

La plupart de ces athlètes feront l'objet pour nous d'une étude spéciale (1).

La personnalité de Rollin ne se marquait pas seulement dans la supériorité de ses choix, dans l'entente et la marche de ses séances, mais aussi et surtout dans la rédaction de ses affiches et dans les speechs qu'il débitait au public.

(1) Voir, pour les biographies et photo joph'es d;s lutteurs, Les Rois de la lutte, par Desbonnet. Librairie athlétique, 48, faubourg Poissonnière. Paris, 1909.

LES ATHLETES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE 95

« Adieu, noble cité ! Adieu, ville hospitalière ! C'est pour la dernière fois que ces héros vont combattre devant toi! ;; disait-il lors de la dernière représentation que ses hommes donnaient à Lyon.

Nous reproduisons la première affiche qu'il fit placarder dans les rues de Paris.

Paris, Rossignol-Rollin te salue!

Parisiens

Il y a du muscle dans l'air !

Platon dit dans sa République : « Ce n'est pas pour cultiver Pâme et le corps mais pour cultiver Pâme seule et pour perfectionner en elle le courage et l'esprit philosophique que les Dieux ont fait présent aux hommes de la musique et de la gymnastique. »

Eh bien ! à Platon le philosophe aux larges épaules, je cède la musique pour Pâme, mais je garde la gymnastique pour le corps.

Ah ! divin philosophe î si tu pouvais voir mes spécimens, mes types, tu serais de mon avis, j'en suis sûr, et je te surprendrais à applaudir mes lutteurs !

Quels succès ! Quels hommes ! Quelles luttes !

Signé : Rossignol-Rollin.

Voilà pour les affiches, mais quelle originalité plus grande encore éclatait dans ses observations adressées aux lutteurs qu'il présentait et dont il était écouté.

Un jour, le fameux Faouët paraissait dans l'arène suivi d'un jeune lutteur frétillant et gai comme un nègre.

« Messieurs, dit Rollin, ce jeune garçon a vingt ans, il est de Marseille, ne connaît que la Cannebière; il a de belles qualités. Quel avenir! Excusez-le, il a un peu de nerfs et il a le muscle gai. »

« Du calme, du calme, messieurs, dit-il une autre fois à deux lutteurs; modérezvous, le calme est le premier des muscles. »

Rossignol entendait et jugeait les luttes, tranchait avec autorité les discussions sur les coups douteux, et très souvent se voyait forcé, pour terminer les orages, de recourir à la puissance de sa voix et à la force de son argumentation, toujours présentée dafts un langage net, imagé, spirituel, quelquefois renversant, qui faisait le pittoresque du boniment et touchait aux sublimités de l'éloquence populaire.

Mais au plus fort de ses effets oratoires, ou transporté par le lyrisme le plus enflammé, Rossignol-Rollin ne perdait pas de vue la marche et la tenue de son spectacle qui restait toujours décent et bien ordonné.

Rossignol-Rollin mourut le 25 du mois de janvier 1873 à Villeurbanne (banlieue de Lyon), des suites d'une hydropisie incurable.

Nombre d'incidents curieux se produisirent le jour de son inhumation. Au moment de la levée du corps, Faouët le Fauve des Jungles, Lagneau dit le Terrible gaucher, et Treuvé dit Bibus le Boucher lyonnais, se disputèrent à qui aurait le suprême honneur de descendre le cercueil du regretté directeur. Une scène de pugilat faillit même se produire à ce sujet : ce que voyant, les porteurs des pompes funèbres allaient se saisir de la bière, lorsque Lagneau, le Terrible gaucher, les écartant d'un geste impérieux, chargea lui-même cette précieuse dépouille sur ses puissantes épaules, et descendit ainsi, avec mille précautions, les deux étages de Pimmeuble, montrant à tous,

sur sa mâle et énergique figure, la douleur poignante qui étreignait les amis du pauvre Rossignol.

Lorsque le corps fut déposé sur le brancard, une nouvelle altercation se produisit encore ; tous les lutteurs présents voulaient à la fois porter les restes de leur vénéré directeur; ils faillirent même, dans leur précipitation, faire tomber le cercueil sur le trottoir. Quelle sincère et touchante démonstration de rattachement qui unissait ces braves gens à leur ancien imprésario ! . . .

Il fallut l'énergique intervention de l'ordonnateur des pompes funèbres pour arranger les choses. Il désigna lui-même les quatre plus grands pour porter le corps. Ce furent Faouët le Fauve des Jungles, Auguste le Marin, dit la Terreur de la Flotte, Ambroise le Savoyard et Treuvé, dit Bibus le Boucher lyonnais.

Au moment de descendre le corps dans la fosse fraîchement creusée pour l'ami des géants et des forts, Auguste le Marin voulut adresser quelques mots d'adieux à Rossignol-Rollin, au nom de tous les lutteurs qu'il avait tant aimés ; mais sa voix était tellement entrecoupée de sanglots, que c'est à peine s'il put articuler quelques paroles incohérentes sur la tombe eiitr'ouverte de celui qui fut le plus aimé et le plus honnête des directeurs forains.

LES ATHLETES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE

Louis VIGNERON

" Charlemont, qui fut élève de Vigneron, et qui a gardé un souvenir vivaçe de son ancien professeur, nous a donné une biographie complète de cet athlète; nous la reproduisons intégralement et l'en remercions pour nos lecteurs.

Louis Vigneron est né à Paris, le n avril 1827; son père était ouvrier menuisier et avait fait les campagnes d'Espagne, dans les dragons, sous Napoléon Ier. Ce dernier fit apprendre à son fils le métier de tourneur-mécanicien.

En raison de la faiblesse de sa vu:, Vigneron dut quitter son métier de mécanicien, il ouvrit alors une salie de boxe au coin de la rue Crussol et de la rue de Malte.

En 1856, Vigneron se maria, et ouvrit sa salle de la cité du Vaux-Hall, n° 6. A la porte, des tableaux représentant des boxeurs et des hommes forts. En entrant, le comptoir était à gauche; à droite quelques tables. Devant soi, la petite salle, 6m40 de longueur, 3m87 de largeur et 3m 1 3 de hauteur. Ce qui n'empêchait pas que, les jours d'assauts intimes, cent personnes y trouvaient place. Comment... ? Des banquettes simples, en bois, peu larges, tenaient lieu de siège : les élèves y plaçaient en dessous leurs petites boites marquées d'initiales et contenant leurs vêtements de travail. Quelques paires de fleurets, sabres, cannes, gants de boxe, garnissaient les murs, ainsi que trois énormes bras moulés en plâtre, ceux de Vigneron, Wolf et Louis le Mécanicien. Ces bras sont aujourd'hui dans la salle Charlemont.

Deux anneaux, un trapèze et une barre fixe avec ses deux montants, qu'on hissait au plafond au moyen d'une poulie.

Du fond de la salle, à gauche, on passait dans un petit endroit occupé par une table ronde, sur laquelle les élèves se faisaient servir des rafraîchissements. Tout à côté, une petite salle vitrée et sablée dans laquelle on faisait des exercices de force, à l'aide d'haltères et de poids de tbutes sortes. Il y avait aussi une magnifique barre fixe en acier, provenant de Lord Seymour (dit Milord Y Anouilh) et la pièce de canon posée sur deux tréteaux.

Le logement du maître se trouvait au-dessus.

En 1858, Vigneron débuta à l'Hippodrome, place et avenue d'Eylau, actuellement avenue Victor-Hugo, près de l'Arc de Triomphe de l'Étoile.

Comme hercule, il était aussi remarquable que comme boxeur; cependant, au commencement de sa carrière, il levait si mal un haltère de 44 kilos que, pour empêcher la poignée de lui glisser dans la main, il la rayait au préalable à l'aide d'un burin. Par un constant exercice, il était parvenu à développer sa force d'une manière exceptionnelle. C'est à cette

Louis Vigneron

époque que nous l'avons connu, il était dans toute la plénitude de sa force et de son agilité. Il était grand de taille : im8o environ, bien fait, pesant 98 kilos, un peu voûté et gaucher ; il avait le côté gauche sensiblement plus fort que le côté droit ; affable, d'une

physionomie agréable et sympathique. Il levait de son bras gauche, à la volée, trois poids de 20 kilos pesant exactement 120 livres, ce qui constitue un véritable tour de force, et demande une force musculaire d'ensemble très rare.

Quant aux exercices de bras tendus avec des poids de 20 kilos entourés de 13 kilos de plomb, il ne les réussissait qu'en trichant un peu, c'est-à-dire en engageant les poids sur les poignets ; en réalité, il ne faisait bien à bras tendus que des poids de 25 kilos, ce qui d'ailleurs est fort difficile. Il levait aussi en deux temps une barre à deux mains de 81 kilos audessus de sa tête. Il portait sur son épaule une pièce de canon de 305 kilos avec laquelle il marchait et la faisait partir étant toujours sur son épaule.

C'est avec cette série d'exercices extraordinaires qu'il fut engagé à l'Hippodrome et qu'il fit ses débuts. Il eut un brillant succès. Il était magnifique avec cette pièce de canon sur son épaule ; il paraissait si bien à son aise qu'on aurait dit que la pièce et lui ne faisaient qu'un. Malheureusement, l'objet de son triomphe fut plus tard celui de son malheur.

De 1858 à 1859, Vigneron fit une tournée en province, en compagnie et sous la direction de l'inimitable imprésario Rossignol- Rollin; sa pièce de canon l'accompagnait partout. En son absence, son prévôt Lucet dirigeait la salle.

Vigneron et son Canon

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