‹ Les rois de la force [electronic resource]Chapitre 68 sur 119 · BOCCADOR · texte numérisé non relu

BOCCADOR

ment ou l'acier et

occador, né en 1856 a Bergame (Italie), était un petit athlète italien bien connu dans le monde des professionnels et des acrobates, doué d'une force et d'une agilité prodigieuses. Il fit longtemps partie de la troupe du cirque Rancy, où nous l'avons connu faisant même en 1889 un numéro d'athlète sous le titre : « Entrée de force et d'agilité. »

Boccador, aussi large que haut, mesurait tout au plus im 50 de taille ; mais quelle musculature chez ce petit homme râblé ! Au moil était dans toute sa force, de 1880 à 1890, il avait des bras durs comme d'un modelé irréprochable.

LES ATHLETES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Ses bras, en rapport avec sa petite taille, étaient assez courts et, avec ses 39 ou 40 centimètres de tour, paraissaient d'autant plus énormes. Sa spécialité était le bras tendu. Il y excellait en raison de la particularité que nous venons de signaler. Peu d'hommes mirent avec autant de correction et de facilité 20 kilos à bras tendu. C'était un jeu pour lui, qui mit jusqu'à 40 kilos à bras tendu, performance extraordinaire et accomplie par un bien petit nombre d'athlètes. Un jour qu'il était venu nous rendre visite à l'ancien club athlétique lillois en 1887, je lui vis faire l'exercice suivant : tenant une barre de 57 kilos dans la main droite à la position d'épaulement, il fit une flexion des jambes, posant le coude sur la cuisse avec l'haltère dans la main, et il se releva doucement en développant en même temps la barre, c'est-àdire en faisant concorder le déploiement du bras avec l'extension des cuisses.

Ce tour de force très dur et inédit nous stupéfia Dubois, Marchand, Lees et quelques autres amateurs qui se trouvaient là. Boccador n'était pas seulement un excellent athlète, c'était un sauteur remarquable ; à la batoude, il accomplissait des prouesses et il tournait les sauts périlleux et les flips-flaps avec une vitesse, une légèreté et un brio extraordinaires. Très intelligent, les yeux rieurs et la mimique amusante, il remplissait les rôles qu'on lui confiait dans les pantomimes avec un sens du comique du meilleur aloi.

Boccador avait une façon originale de s'entraîner les bras. Il emportait toujours avec lui une boite où était enfermé un poids de 20 kilos et il se promenait partout avec cet engin. Il jouait parfois de bonnes farces aux garçons de café. Après avoir commandé une consommation, il appelait un garçon et lui disait en tendant négligemment la boîte au poids de 20 kilos : « Veuillez, s'il vous plaît, me mettre ceci de côté, je le reprendrai tout à l'heure », et comme il disait cela le sourire sur les lèvres, tenant la boîte à bras tendu, le garçon cueillait délicatement le petit colis qu'il supposait devoir contenir des faux-cols ou des manchettes et... je vous laisse à penser quelle secousse !... Si parfois le garçon, le bras

Boccador 1889, au cirque Rancy

Boccador, a 40 ans

désarticulé, maugréait un peu, Boccador, par un généreux pourboire, savait faire passer sa mauvaise humeur et puis... allez donc vous fâcher avec un gaillard qui porte 20 kilos à bras tendu comme on le ferait d'une boite de bonbons !

Boccador, qui commençait à prendre de l'âge, s'était retiré de

l'athlétisme; il entraînait ses fils qui, marchant sur la trace de leur père, sont devenus des acrobates accomplis . B occador , qui avait cependant conservé quelque chose de ses glorieux biceps de jadis, était employé par les directeurs de cirques ou les imprésarios comme surveillant ou régisseur, fonctions dont il s'acquittait à merveille.

Boccador est mort en 1908, il était âgé de cinquante-deux ans.

Les Frères Métral de Dijon

Les Frères MÉTRAL

Les frères Métral, originaires de Dijon, étaient des athlètes d'une certaine vigueur, mais ne pouvaient pas prétendre au titre de champion. Aussi nous les avons fait passer dans notre livre plutôt par souci de l'intérêt rétrospectif que dans celui de l'athlétisme.

Ils étaient d'ailleurs plutôt bâtis en gymnastes qu'en hercules. Ils obtinrent surtout un succès régional. On n'a jamais connu exactement leur force.

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LIUPOLD

$«'•].;'$%* fry

iupold, né à Gênes en 1865, fut un athlète renommé vers

connu en Italie. Retiré de

la piste depuis plusieurs

années, il dirige Tentraî-

nement de ses deux filles

Amélia et Léonora qui ont hérité de la vigueur du père.

Miss Amélia la porteuse est magnifiquement musclée : elle avait 36 centimètres de tour de bras et pesait 5 5 kilos à seize ans.

1890 et surtout

LlUPOLD

Oscar WAHLUND

Cet athlète suédois et son associé Johnson étaient considérés comme les hommes les plus forts résidant en Amérique. Johnson eut un match avec Auvray, Haljmar Lundin et Salvator.

Wahlund jetait dix fois 100 kilos à deux mains.

Il avait im 85 5 de hauteur, 41 de bras et pesait 105 kilos.

Oscard Wahlund

Jean MOORS

Jean Moors était un vigoureux athlète, grand et lourd, qui s'exhibait dans les

foires avec une troupe de lutteurs et d'athlètes dont il était le patron.

Moors, né à Anvers en 1852, était un véritable colosse, noir de cheveux, brun de peau, haut de im8o, avec des bras de 45 centimètres, des avant-bras de 36 centimètres, des mollets de 44 centimètres, un tour de poitrine de im24-

Il était doué d'une grande puissance dans les doigts et les poignets : il empoignait une barre de bois sur laquelle il posait un poids de 20 kilos à 5 centimètres environ de sa main et il soulevait le poids à la position horizontale, Pavant-bras en angle droit avec le bras. Il arrachait aussi un haltère court à grosse poignée qui pesait 62 kilos et n'était pas commode à prendre. Sa façon d'arracher était bizarre : il

Jean Moors

soulevait l'haltère, lui faisait toucher terre brusquement, puis l'arrachait. Il avait un poids de 100 livres de forme cylindrique, très difficile à manier; il l'arrachait aisément en faisant décrire au poids un demicercle autour du bras.

Un vieil athlète lyonnais, nommé Chevalier, modèle de profession, exécutait un tour semblable avec un poids de forme hexagonale pesant 53 kilos.

Jean Moors

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Des colosses comme Péchon, faisant aisément 70 à 75 kilos à la volée, ne pouvaient « faire son poids », le vieux Chevalier en était très fier; les athlètes non initiés se .hkssaient en essayant le môme tour de force, car le bras décrivant un demi-cercle autour du poignet venait frapper violemment l'avant-bras; cela arriva, notamment, à Alfred Décottignies, l'athlète de Comines, qui souffrit au bras pendant plus d'un an après avoir essayé à Anvers le poids de Jean Moors.

Cet athlète a un fils, Franz, né en 1874, qui fit partie de la troupe Vanderzande.

Le fils Moors était très fort au dévissé.

CHARLES le Marin

La présente biographie est due à mon ami G. Strehly, qui était professeur de philosophie au lycée Montaigne et qui a beaucoup connu l'athlète Charles le Marin .

A l'inverse de quelques-uns :

Qui sont entrés vivants dans l'immortalité,

Charles Routhier dit le Marin

Charles le Marin est entré vivant dans l'oubli. Bien que depuis nombre d'années j'aie perdu entièrement sa trace, je crois savoir de source certaine qu'il vit encore, perdu quelque part

dans l'immensité de Paris. Puissent ces lignes lui tomber sous les yeux et lui rappeler agréablement le souvenir de sa gloire passée !

Je l'ai personnellement connu, et pourtant j'ignore son véritable nom patronymique qu'il déguisait, suivant une mode générale jadis parmi les athlètes, sous un nom de guerre. Ce sobriquet de « le Marin » lui avait été donné parce qu'il avait servi dans la flotte. C'était d'ailleurs un homme fort estimable qui gagnait sa vie comme employé dans un magasin de musique. Fervent adorateur du muscle, il dérobait à son rude labeur et à ses courses quotidiennes quelques instants précieux qu'il venait passer au gymnase de la Sorbonne où il s'acharnait littéralement sur la fonte. De temps à autre il contractait un court engagement dans un music-hall, et c'est ainsi qu'il eut son heure de célébrité il y a quelque trente-trois ans. Sans parler d'établissements secondaires, il fut admis à l'Eldorado en 1878 et aux Folies-Bergère vers 1882. Ce fut là l'apogée de sa carrière athlétique.

Charles le Marin n'a pas établi de record officiel, et, si j'ai bonne mémoire, le jeté d'une main avec 150 livres constituait le plus beau

Charles, le Marin né à Besançon en 1847

fleuron de sa couronne. La principale attraction de son numéro à la scène était le truc sensationnel suivant. Suspendu par les pieds au moyen de staffes, il se faisait accrocher aux poignets un bœuf de taille moyenne : puis un cabestan faisait monter les staffes, et les quatre pieds du bœuf quittaient pendant quelques instants le sol. Cet exercice de force passée ne laissait pas de présenter des dangers. Un jour, une des poignées se rompit et le poids de ranimai tout entier demeura suspendu à un seul des bras du porteur, au risque de l'écarteler. Heureusement il n'en fut rien. Comme rappel, Charles le Marin traversait la scène en portant 1.000 livres ingénieusement réparties sous forme de : i° une barre et 3 hommes; 2° des poids de 20 kilos accrochés à un harnais ; 30 des semelles de plomb.

Cet athlète s'est usé assez vite, et avant la quarantaine il dut renoncer à l'athlétisme. Cette prompte décadence doit être attribuée au surmenage. On ignorait alors les principes scientifiques de la culture physique, et Charles le Marin, qui n'était pas un professionnel, avait cru pouvoir mener de front un métier très fatigant qui l'occupait toute la journée

avec des engagements artisti-

ques qui lui prenaient une bonne partie de la nuit.

Qui veut voyager loin ménage sa monture.

Nous savons que Charles Routhier est toujours à Paris, nous l'avons vu en décembre 19 10, il avait soixante-trois ans et, quoique bien maigri, on devinait au feu de ses yeux que cette frêle enveloppe avait dû abriter une vigueur exceptionnelle. Il était employé chez un éditeur de musique, 1 j, rue de Tournon.

Vulkan et Vénus

VULKAN et VÉNUS

M. et Mme Laufenberg, de Cologne, s'exhibaient vers 1893 sous les noms de Vulkan et Vénus.

L'homme, un grand et vigoureux gaillard, était d'une jolie force et possédait une poigne solide grâce à son habita ie de travailler avec des haltères et des barres dont les poignées étaient très grosses.

Ils eurent assez de succès en Allemagne. Je les revis en 1897 au concours d'athlétisme de Bruxelles où j'étais membre du jury, et ia femme avait abandonné le métier d'athlète à cause de sa corpulence qui était devenue par trop indiscrète sous le maillot collant.

Elle avait conservé une certaine force et avait toujours une figure aux traits

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

réguliers, dont la photographie ci-dessus ne donne qu'une faible idte. Elle était blonde, assez grande et avait au moins 46 de mollets et 76 de cuisses. Son mari avait im 78 de hauteur, pesait 100 kilos, avait 41 centimètres de tour de bras, 34 d'avant-bras, 41,5 de mollets, 124 de poitrine.

Aloysius MARX

1 loysius Marx, athlète allemand qui s'exhiba surtout en Amérique, fut, d'après le témoignage du docteur Krajewski, un homme d'une grande force naturelle. De haute taille, large, massif, et plutôt gros, il ne donnait pas aux connaisseurs cette impression de force qu'on se plaisait à lui attribuer grâce à son apparence athlétique. Il était très fort à l'extenseur en caoutchouc. Aloysius Marx établit quelques records qui attestent une vigueur exceptionnelle.

Le 7 avril 1890, au P. A. T. -Club de Saint-Louis, en face de deux cent soixante membres de ce club, Aloysius marcha avec un poids de 1.065 livres anglaises reparties comme suit : ayant une barre de 265 livres sur les épaules, MM. Henry Sterling pesant 290 livres, Capt. T.-R. Romer pesant 215 livres, C. Erauss pesant 295 livres se suspendirent à la barre et Marx marcha avec les 1.065 livres.

Aloysius avait un travail original : il se faisait casser d'énormes pierres sur la poitrine et sur la tête avec un marteau de 20 livres; il rompait des chaînes par la contraction des muscles des bras et du thorax; il s'accrochait à une échelle en fer fixée à terre et se faisait tirer par des chevaux; il se plaçait horizontalement une barre de fer dans la bouche et la soulevait avec quatre hommes cramponnés à la barre. Ce fut lui qui lança John Grùnn, qui conserva longtemps le nom de John Marx, et voici en quelle circonstance.

John Grûnn se trouvait à Saint-Louis (Amérique) où il était employé dans une maison de vins et liqueurs. Une troupe d'athlètes, les Marx, sous la direction d'Aloysius, vint à Saint-Louis pour y

donner quelques représentations. Aloysius fut amené par hasard dans la maison où était employé John Grùnn, il vit notre futur athlète manier des tonnes de whisky et

Aloysius Marx

Les Affiches représentant le travail athlétique de Marx

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 235

de vins, la facilité avec laquelle Grtinn enlevait les tonneaux édifia Marx sur la force extraordinaire du jeune homme, et il résolut de le prendre dans sa troupe si ce dernier y consentait. Il lui en fit la proposition que Grùnn accepta de suite, et voilà comment les haltérophiles eurent plus tard le plaisir d'applaudir le célèbre John Grûnn. En quelques mois Marx fit faire des progrès rapides à Grûnn, et bientôt les deux collègues purent voyager sous le nom de Marx Brothers.

Aloysius Marx a droit à nos félicitations pour avoir su inculquer à Grùnn le goût de l'athlétisme.

Aloysius Marx est né en 1862, il mesure im 735 de hauteur, 45 de bras, 46,5 de mollets et im 25 de poitrine.

Louis MURET, dit le Grand Louis, dit Louis le Tambour-Major

é à Lyon en 1872, Muret ou Muray vint à Paris en 1888, à l'âge de seize ans. Il était garçon boucher : grand et fort, les yeux noirs avec des sourcils noirs, épais et se rejoignant, il avait alors l'apparence d'un homme de vingt ans ; il entra en relations avec Pajol, un des rois de la pince, qui lui conseilla de s'entraîner chez Joigneret, faubourg du Temple.

Félix Bernard et Eugène Tallier (dit le Grand Eugène à l'époque, et plus tard Eugène de Paris, professeur de lutte en Russie) le voyant si bien bâti, le poussèrent à faire de la lutte, et il devint, en même temps que bon athlète, bon lutteur.

Joigneret ayant abandonné le faubourg du Temple pour l'avenue des Tilleuls à Montmartre (plus tard gymnase Pons), le Grand Louis s'entraîna avec Eugène Robert, le président actuel de la S. A. M., avec les frères Hermann et Poirée, il avait alors dix-neuf ans, était taillé en hercule, et fit de réels progrès. Voici ses mensurations à vingt ans : hauteur ira8i, tour de poitrine 125 centimètres, bras droit 42,5, avantbras 36, bras gauche 41, avant-bras gauche 34, cuisses 62, mollets 41, poids 10 1 kilos, tout en muscles.

Voici ses performances : barre à deux mains, 240 livres en deux temps, 140 livres à la volée et 140 à l'arraché, et cela tout debout, sans truquer; 50 livres à bras tendu par l'anneau, une croix de fer superbe avec 50 livres dans chaque main.

Vers cette époque, en 1892, il alla à Lille lutter au théâtre des Variétés avec Félix Bernard, Léon Masson, Pons, Apollon, etc., sous le nom de Louis le Faouët. Je le conduisis à mon club de la rue Nicolas-Leblanc, et là il enleva à deux mains, en jouant, une barre de 95 kilos.

Il partit au régiment à Vienne, où il fut tambour-major. Il fonda un club dans la ville, club fréquenté par les officiers ; il entraîna même le fameux Maspoli, le champion de France amateur. Après son service militaire il vint se fixer à Paris, et dirigea en face des Halles un restaurant de nuit; c'est là qu'il contracta les germes d'une terrible maladie, par suite du surmenage qu'il s'imposait pour faire marcher son établissement de jour et de nuit, sa femme, étant malade elle-même, ne pouvait donc le seconder. Il mourut de la tuberculose à l'âge de trente-six ans, en décembre 1908. Je n'ai pu me procurer que la photographie de Louis Muret en tambour-major, que Maspoli m'a envoyée (je ne l'ai pas en athlète), mais il ressemblait beaucoup à l'athlète François Vanderzande, dit Fatch, dont j'ai publié le portrait.

Ch. sampson

Sampson, né à Metz en 1859, fut un athlète surtout adroit et qui sut se faire passer pour très fort. Il avait un numéro r-major bien présenté et

Louis Muret

lorsqu'il était tambou

eut beaucoup de succès à Londres, à l'Aquarium, où il travaillait. C'est là que chaque soir il offrait une prime à qui enlèverait l'haltère qu'il faisait au dévissé et qui pesait environ 82 kilos. Attila, qui était à l'époque (1889) à Londres, fit venir Sandow et le présenta sur la scène pour se mesurer avec Sampson.

Sandow enleva l'haltère de Sampson avec une grande facilité; le lendemain, il était engagé à la place de Sampson et tout Londres courait admirer le bel athlète âgé alors de vingt-trois ans. Ainsi la défaite de Sampson fut le point de départ de la fortune de Sandow.

D'ailleurs Sandow était très entraîné au dévissé; lorsqu'il vint à Paris vers 1889 '& dévissait, très laborieusement il est vrai, 1 90 livres. Tout de suite après Attila l'emmena à Londres.

Ch. Sampson

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

CYCLOPS

Cyclops est né à Tomken (Allemagne), le 5 juillet 1862. Son vrai nom est Frantz Bienkowski ; il pèse 1 14 kilos, mesure im 68 de hauteur, 132 centimètres de tour de poitrine, 46 de tour de bras, 68 de tour de cuisse, 3 7 d'avant-bras, 46 de mollets.

Voici les exercices accomplis par Cyclops en mars 1897, lors d'une séance privée donnée à Lille à mon école de culture physique : deux haltères de 115 livres chacun, amenés sur les cuisses, puis à la hauteur des épaules et jetés à bout de bras au-dessus de la tête (en trois temps); une barre de 200 livres épaulée à deux mains et dévissée d'une main avec une extrême facilité ; une barre de 200 livres développée à deux mains plusieurs fois de suite à la façon allemande, c'est-à-dire incorrectement. Un poids cylindrique de 25 kilos étant placé sur une table, Cyclops assis devant le souleva, le bras tendu, le pouce placé dans l'anneau, le poids restant toujours devant le corps. Enfin Cyclops cassa entre ses doigts des pièces de 5 centimes et une pièce de 10 centimes; ce dernier exercice est vraiment surprenant, et Cyclops est le seul athlète au monde capable de l'exécuter.

Ce gros sou est déposé maintenant dans la collection de l'Haltérophile Club de France, où il figure avec le fer à cheval de John Grûnn, les clous plies par Vansart, les cartes déchirées par Bonnes, Gills et Pélado, etc.

Nous reproduisons ci-contre le portrait du fameux athlète Cyclops et, ci- après, la photographie de la pièce de 10 centimes brisée par lui.

Cyclops ne fume pas, mange énormément; comme boisson il prend du vin blanc : il prétend que cela lui réussit bien. Le père de Cyclops était un forgeron de Danzig. Il est étonnant que son fils n'ait pas songé à casser des fers à cheval comme son camarade John Grûnn ; mais, quoique cela paraisse bizarre, Cyclops ne pourrait pas casser le fer de Grûnn et Grûnn ne pourrait pas casser le sou de Cyclops, ce qui montre une fois de plus que l'entraînement est tout.

Cyclops

Une anecdote pour finir :

Quand Cyclops vint en France pour la première fois, à Lille, et qu'il cassa un gros

Travail de Cyclops

sou entre ses doigts, la nouvelle fit grani bruit dans le monde haltérophile. Noël le Gaulois, qui tenait à l'époque un gymnase athlétique rue des Boulets, dit à qui

voulut l'entendre que Cyclops était un fumiste et que ceux qui prétendaient lui avoir vu casser un gros sou étaient des... imbéciles et des incompétents, selon son expression favorite; et, ajoutait-il, devant moi qui suis compétent, Cyclops n'oserait pas faire cet exercice, etc., etc.

Pour jouer un bon tour à Noël, je fis la leçon à Cyclops et l'envoyai à Paris au gymnase de Noël le Gaulois.

Après les présentations d'usage, Cyclops dit à Noël :

— Avez-vous un gros sou à me confier pour que je le casse, car, paraît-il, vous ne croyez pas à la possibilité d'accomplir cet exercice.

Noël, suffoqué, va à son comptoir de marchand de vins où il enfermait sa recette

La pièce de 10 centimes qui fut brisée par l'athlète Cyclops

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 239

journalière et choisit une pièce de 10 centimes, la marque et la remet a Cyclops en disant : « En voilà une qui ne se déchirera pas aussi facilement que celles que vous avez faites dans le Nord. »

Cyclops la prit en riant, la plia entre ses doigts, la remit à Noël et lui dit : « Cent francs pour vous si vous la remettez droite ou si vous la cassez. » Noël, ahuri, après plusieurs efforts infructueux, s'avoua vaincu. Cyclops la remit droite, la replia et la déchira ensuite en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Noël était vaincu et convaincu. Il faut dire à sa louange qu'il fixa le gros sou sur le portrait de Cyclops et l'encadra illico pour perpétuer le souvenir de ce tour de force inouï et unique dans les annales de l'athlétisme.

Hans steyrer

Hans Steyrer, né à Munich en 1849, eut dans son temps une réputation considérable et il passait parmi les athlètes de la vieille génération comme un des hommes les

plus forts de l'Allemagne.

Steyrer Hans s'est exhibé dans les grandes villes de l'Europe, faisant un numéro de force avec ses fils.

Entre autres exercices assez difficultueux, il faisait un soulevé de terre avec une énorme pierre de 200 kilos qu'il levait pendant quelques secondes avec le médius. Il tenait très correctement à bras tendu par l'anneau un poids allemand en forme de bombe pesant 50 livres.

Quand l'âge commença à rouiller ses muscles, il se retira à Munich, où depuis quelques années il tenait une brasserie. Il est mort à l'âge de cinquante-sept ans, le 25 août 1906.

Avec Hans Steyrer disparait une vieille gloire de l'athlétisme allemand et le plus ancien représentant de cette pléiade d'hommes fameux qui virent le jour à Munich, la patrie des athlètes.

Hans Steyrer

Hans Steyrer

NOËL le Gaulois

Noël Rouveyrolis, dit le Gaulois, est né dans l'Hérault, à Cette, en 1863. Il quitta son pays natal pour venir à Paris où il fut occupé pendant quelques

années à la Halle aux vins. Là, il se fit remarquer par sa force et par la facilité avec laquelle il remuait les plus lourdes barriques. Entre temps, Noël le Gaulois faisait des poids et haltères partout où il avait l'occasion de s'entraîner, puis il monta ensuite un commerce de marchand de vins, au 23 de la rue des Boulets, et installa un club athlétique dans une arrièresalle contiguë à son café. Le débit de vins de Noël le Gaulois devint vite populaire parmi les amateurs d'athlétisme de Paris, qui en prenaient souvent le chemin. La réputation de la salle Noël s'étendit bientôt un peu partout en France et à l'étranger. Noël était le champion incontesté du groupe d'athlètes qu'il avait ainsi réuni autour de lui, et tous les athlètes professionnels de passage à Paris ne manquaient jamais de lui rendre visite, désireux de faire connaissance avec celui qu'on regardait comme le véritable champion amateur Français.

Voici quelles

étaient, il y a quelques années, alors

qu'il était

au summum

de sa forme,

les mensurations de Noël le Gaulois : Hauteur im 70,

tour de poitrine im 18, biceps 42 centimètres,

cuisse 61, mollet 40, poids du corps 180 livres.

En 1897, au concours athlétique de Bruxelles, Noël le Gaulois conquit le titre de champion du monde et se vit décerner comme prix une médaille d'or et un objet d'art de 500 francs. Bonnelli et Victor Salvator, de Bruxelles, se partagèrent ex-œquo le deuxième prix.

A ce concours Noël le Gaulois enleva les poids suivants : 230 livres au jeté en

Noël le Gaulois avec sa massue en fer

Noël le Gaulois

devant son gymnase de la rue des Boulets

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 24 1

barre à deux mains, 130 livres à l'arraché d'une main et 200 livres à l'arraché à deux

mains. A ce même tournoi athlétique, Noël se vit décerner un prix spécial et une

- médaille pour avoir exécuté les plus beaux bras tendus d'une main et en

croix de fer.

Comme exercice libre, le tour de force favori de Noël le Gaulois était l'enlèvement d'une barre à deux mains dont les boules, ayant environ 1 mètre de diamètre, contenaient chacune un homme de poids moyen. Quand l'athlète avait rétabli la barre au boat des bras, les boules s'ouvraient en deux, sous la pression intérieure des hommes qui y étaient cachés. Cet exercice, qui fut inauguré par Noël le Gaulois, faisait grande impression. Il a depuis été imité par nombre de professionnels. Noël le Gaulois se fit beaucoup d'ennemis dans le monde des athlètes par son intransigeance orgueilleuse. Il ne voulait pas admettre qu'il y eût quelqu'un de plus fort que lui. Il faut convenir qu'il avait une grande qualité et qu'il était, il y a quelques années, un des hommes les plus forts du monde. Depuis ce temps, Noël le Gaulois, retiré dans son pays natal, a lâché les poids et haltères. Son établissement de la rue des Boulets est devenu la propriété de Deriaz, qui a conservé le matériel et la disposition de la salle de son prédécesseur.

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