‹ Les rois de la force [electronic resource]Chapitre 69 sur 119 · JEAN LE CRIC · texte numérisé non relu

JEAN LE CRIC

Jean le Cric, né à Paris en 1865, était un sculpteur qui, marié et déjà cette époque (189 1) de deux charmantes fillettes, augmentait les ressources nécessaires à la vie de sa petite famille et à la continuation de ses études, en travaillant en public comme athlète ou comme mime.

Quand je fis sa connaissance, en 1891, au Colombian Skatingring, établissement disparu depuis et qui avait son siège dans un des immenses halls de l'Exposition de 1889, il présentait un travail de force dont l'attrait était surtout l'enlèvement de deux charges énormes relativement à son poids.

Jean le Cric pesait nu 59 kilos. Haut de im 65, il était le prototype de l'athlète fin. Sur un squelette délicat s'étageaient des masses musculaires très ordinaires, saut les deltoïdes qu'il avait énormes, car Jean le Cric n'avait que ira 10 de poitrine, 38 à 39 centimètres de biceps, 54 de

père à

cuisse,

39 de mollet, 41 de cou. La taille était très mince, elle atteignait 68 à 70 centimètres. Malgré ces mensurations modestes, il enlevait plus de douze fois son poids. Le seul engin qu'il possédât était un poids de 20 kilos porté par une surcharge à

20**250, en cas de pari, car prenant le sabre d'un dragon ou d'un cuirassier présent, il le plaçait sur un support ad hoc la pointe en l'air et à sa droite, pour faire le tour suivant :

Recevant le poids à la volée, il allait chercher la pointe du sabre avec le dos de la main dans la peau de laquelle la pointe entrait. Ainsi fixée, il entraînait la pointe devant lui et arrêtait un bras tendu très bas, puisque le sabre était en biais; le temps marqué, toujours en en maintenant la pointe avec le dos de la main, il replaçait le sabre à sa place. Cet exercice durait environ quinze secondes et lui valait beaucoup de succès.

Mais auparavant, il enlevait, sur une plate-forme accrochée à une bricole formant bretelles et ceinture, un piano et quatre musiciens. Quand il portait la charge : 550 kilos environ, il accompagnait les musiciens, car Jean le Cric jouait un peu du piano.

Ensuite, sur une autre plate-forme, je lui vis enlever dix professeurs de patinage attachés à l'établissement. La charge atteignait exactement 745 kilos, car la plate-forme, armée de fer à cornière, et les ferrures servant à l'enlever pesaient 85 kilos.

Je pris mes renseignements par la suite. Jean le Cric faisait 25 kilos à bras tendu (à droite) devant lui (assis sur une chaise); 25 kilos à gauche mais debout. Il épaulait en barre (à l'allemande) 230 livres, en poussait 218 et développait régulièrement à droite 90 livres.

Il ne faisait rien de sérieux en haltère à une main, engin qu'il refusait de travailler, par crainte de déséquilibrer son ensemble musculaire, qui, en effet, était égal à droite et à gauche.

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