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BATTA

Batta, le doyen des athlètes français, est né à Lille, le 17 août 1866. Il fit ses débuts dans l'athlétisme à quinze ans, en passant chef de matériel à la société de gymnastique La Patriote de Lille, où il s'amusait à taquiner les poids de 20 kilos.

Batta, de son vrai nom Charles Estienne, avait hérité, pour tout bien, d'une grande force musculaire que lui laissa son père, un garçon brasseur taillé en hercule, et le désir le plus vif de notre héros fut de montrer cette force et d'en vivre au besoin.

Il résolut donc de se consacrer aux poids

et haltères HHHIHHHiHBI Se faire enga8er dans

un ^^^^^HH^^^^^^H B°ulanger> rue Gam-

Pour tout matériel, ^^^^|E^lpf|^^^^^l Batta avait emprunté

trois poids de 20 kilos ^^^H|P^^|^^^^^H au local de La Patriote

et un essieu de voiture. ^^^^Kfc^lSBMI^^^^M Une vieille trousse

d'athlète lui servait de ^^^^^H "ïWÊÈBÈ^^^^^m costume- H liait les

trois poids ensemble, les ^^^^^V^^^^B^^^^^H arrachait d'une main ,

enlevait son essieu au ^^|P^3^^9j|^B^^^^B dévissé, se couchait sur

le dos et se relevait en J^^^^mH^^^BhHhH tenant toujours l'essieu à

bout de bras. Après quoi H1H^^0|^^^B^^h9b 'e Jeune Batta faisait la

quête qui lui rapportait Sh^^^kJ^GH^H^H dans ^es trente sous. Au

sortir du concert, vers ^^EJ^^PBlBi^^^y^^ minuit, il dînait avec

deux sous de frites et S|K^^^^E|^ttH| deux sous de pain; le

reste, il le mettait de ■^^^^^^^^^h^^^^^^H côté pour s'acheter des

costumes. Un jour, en ^^^HHXgHHHH|^^^H arrachant les trois

poids de 20 kilos, il en ^|HHem|^^|Hh^^|R reçut un sur le nez, ce

qui ne l'empêcha pas HMHHBhShHHHHSEh de manger pour son

diner une livre de bifteck, qu'un ama-

*r ta i 1 1 • Batta, a 15 ans

teur, M. Delahaye, lui avait payce.

Son engagement fini, Batta devint garçon de baraque chez Henri Stiernon, un

athlète forain, qui lui donna des appointements de 50 centimes par jour, le coucha

(dans la baraque, sur la sciure) et le nourrit tant bien que mal, plutôt mal que bien.

Notre apprenti athlète suivait à pied le camion qui emportait le matériel, les toiles et

les tréteaux qui servaient à l'édification de ce temple du muscle. La troupe faisait les

fêtes des environs de Lille, l'imprésario s'appelait Baron, dit Y Avocat, mais le jeune

Batta n'était pas encore promu au rang d'athlète forain. Il ne fit ses débuts en parade

qu'à Béthune, en compagnie de Stiernon, le patron; Baron, dit Y Avocat, l'imprésario;

Alfred de Paris, dit les Esgourdes, à cause de ses oreilles déformées par la lutte ; le faux Napoli, dit Papillon; la belle Judith Blanc, la femme de Stiernon (la sœur des athlètesj Eugène et Hippolyte Blanc), qui faisait un numéro de trapèze d'équilibre, et le gymnaste Diérickx qui faisait un numéro d'anneaux dans lequel il était passé maître (on l'appelait le Roi des anneaux).

Entre temps, pendant que les autres athlètes allaient prendre l'apéritif, Batta s'entraînait avec les haltères et les poids de 20 kilos. Sa force se développait de jour en jour et il allait bientôt prouver que

La valeur n'attend pas le nombre des années.

De l'arène Stiernon, il passe à l'arène Ganzoin, un autre athlète forain, où il se trouve avec Roussel dit Blonblond, Desnouiez de Roubaix, Louis Moury dit le Charron, Pierre Knude dit le Marchand d'os, etc. Comme le métier n'allait pas fort, Batta en était réduit à faire legazier pendant la journée ; le soir, il faisait l'athlète pour 1 franc par jour.

A Reims, il fut remarqué par M. Bougniol, directeur du Casino, qui venait chaque soir le voir travailler dans la loge foraine et qui, voyant sa bonne conduite, l'engagea au Casino et lui avança l'argent nécessaire pour se faire un matériel, un costume et une photographie athlétique, la première qu'eut Batta et que nous reproduisons ci-contre. Batta avait alors seize ans et demi.

De Reims, il va à Troyes, mais comme les engagements sont encore rares pour notre futur champion, Batta revient avec Ganzoin qui, profitant de son inexpérience et de son jeune âge, l'exploite et le fait travailler comme un mercenaire pour en retirer le profit pour lui seul. Ici se place un épisode digne d'être reproduit.

Ganzoin avait engagé un athlète renommé : Achille Mouchon dit Achille le Belge qui, à l'époque, était un des rares hommes arrachant trois poids de 20 kilos.

Achille était un colosse, grand, large, lourd, l'air crâne; Batta, encore novice, le regardait avec respect et le jugeait un homme de force double de la sienne ; aussi fut-il étonné quand il vit Achille s'y reprendre à plusieurs fois pour arracher les trois poids

Batta a 16 ans et demi

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

de 20 kilos. Batta, poussé par l'amour-propre, passa derrière Achille, et du premier coup il tira les 60 kilos à l'arraché. Ahurissement d'Achille qui ne dit rien pour l'instant, mais garda une dent contre Batta. Sur ces entrefaites, Achille et Certeaux, le porteur de sacs, firent concurrence à Ganzoin et s'installèrent vis-à-vis de son arène pour faire des exercices de force. Ganzoin, pour les vexer, déposa de l'argent sur Batta contre ses deux rivaux et les mit au pied du mur. Achille, persuadé de sa supériorité, accepta et se fit battre par le jeune Lillois. Achille, furieux de sa déconvenue, monta la tête à Batta et l'enleva de chez Ganzoin pour partir à Troyes, où ils travaillèrent ensemble. Pendant une courte absence du Belge, un forain nommé Joseph, imprésario de la petite princesse Pauline, offrit 5 francs à Batta pour enlever un haltère que le colosse Achille se vantait d'être le seul à mettre à bout de bras. Batta ne fit ni une ni deux, il l'enleva en deux temps d'un bras (Achille la faisait seulement à la claque, c'est-à-dire en donnant une poussée avec l'autre main).

Au retour d'Achille qui était glorieux de sa force et le faisait trop voir, les forains lui dirent : « Tu crânes tant et le petit Batta fait ton fameux haltère, ta Joséphine » : c'est ainsi qu'il appelait cet haltère. Achille n'en voulant rien croire, il fallut que Batta le fit devant lui pour qu'il fût convaincu. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Achille se mit à boire et se saoula de colère, puis le soir, au café, il prit une chaise et la cassa sur la tête de Batta.

Découragé, — on le serait à moins — Batta part à Paris à pied, revêtu d'une longue blouse bleue et sur la route travaille dans les cafés ; à Paris il s'engage dans le théâtre forain Cochery, puis entre dans la baraque de Bazin où il touche 25 francs par semaine. C'était la fortune pour notre héros, qui débuta avec Bazin à Versailles, où il fut remarqué par Achille le Colosse du Mont-Venteux, un gros et fort lutteur, qui l'engagea pour Le Havre.

Au Havre il fait la foire, puis est engagé à raison de 50 francs par jour dans un établissement de la ville où il faisait la tire aux chevaux, c'est-à-dire qu'il résistait aux efforts de deux chevaux qui tiraient sur lui, l'un attaché au bras gauche, l'autre au bras droit. C'est au Havre qu'il fait faire sa deuxième photographie.

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