XCVI INTRODUCTION
Les monnaies donnent au type de Zeus des aspects différents qui montrent avec quelle liberté les artistes graveurs des coins monétaires traduisaient une œuvre sculpturale. Tantôt la Victoire offre une couronne à Zeus, tantôt elle présente la couronne à la foule ou plutôt aux vainqueurs des jeux qu’Antiochus IV avait si brillamment restaurés ou inaugurés dans sa capitale en l’an 167 av. J.-C.:. Le trône de Zeus a parfois un dossier, parfois il en est dépourvu ; la chlamyde du dieu est enroulée autour de ses reins, laissant tout le torse à nu, ou bien elle est ramenée sur l’une de ses épaules; les pieds sont posés l’un à côté de l’autre, ou le pied droit de la divinité est ramené en arrière, contre le pied du trône.
Ces différences sont assez caractéristiques pour que le type monétaire ne puisse pas être regardé comme la reproduction fidèle de Ia statue. M. Overbeck qui a déjà remarqué ces variantes, reproduit, pour les rendre plus sensibles, quatre tétradrachmes empruntés aux règnes d’Antiochus IV, de Démétrius Il, de Cléopâtre et Antiochus VII, enfin de Philippe Philadelphe. Mais il se trompe lorsqu'il dit que parfois la Victoire manque tout à fait : ce cas ne se présente, sur certains exemplaires, que par suite d’un accident de frappe; il se trompe aussi au sujet de la médaille de Cléopâtre et Antiochus VIII qui donne à Zeus un bras démesurément allongé : elle est l’œuvre d’un faussaire moderne?!
La belle tête de Zeus, sur les tétradrachmes n° 544 à 546, a été regardée par certains numismatistes comme un portrait d’Antiochus IV barbu. C’est là une erreur, que la comparaison de cette tête avec l’effigie royale imberbe ou avec celle de Zeus Olympien, sur les monnaies de l’Elide ou sur des tétradrachmes de Cnossus de Crète, suffit à réfuter; tout ce qu’il est permis d’affirmer, c’est que les traits du dieu sont intentionnellement rapprochés de la physionomie du roi. Le même Zeus Olympien forme le type ordinaire des premières monnaies autonomes de la ville d’Antioche, frappées vers le temps de la chute de la dynastie des Séleucides.
Le plus rare et l’un des plus beaux tétradrachmes d’Antiochus IV est consacré à l’Apollon de Daphné dont il reproduit la statue (Cutal. n° 547). La grande tête laurée ‘qui figure au droit, est celle de la statue représentée en pied au revers de la même pièce. Elle est rapprochée, par M. Overbeck, de la tête d’Apollon sur les tétradrachmes de Myrhina, de Myndus, d’Alexandria Troas, de Cnossus, d’Alabanda, et le savant allemand remarque que, malgré quelques particularités de détail, toutes ces têtes visent au même idéal de beauté juvénile:. La figure en pied, du revers, rappelle la fameuse statue du Vatican connue sous le nom d’Apollon Palatin+; elle nous remet aussi en mémoire une monnaie de Delphes représentant Apollon en costume féminin et jouant de la lyre’. Enfin, des pièces de bronze d’Antioche, à
1. Polybe, ap. Athen. V, p. 194, c. sqq.; O Muller, Antig. Antioch., p. 63-64.