Droysen, Hist, de l’hellénisme, t. II, pp. 667 et
l’autre sa puissance sensitive. »r, Il est impossible de n’être pas frappé, avec le D° Judas *, du rapport qui existe entre cette description du Cronos phénicien et la figure du revers de notre médaille, Il n’y a véritablement que des différences de détail et elles s’expliquent, d’une part, par les variantes qu'ont dû subir les représentations de Cronos, d’autre part, par le caractère poétique du récit de Philon qui, dans sa description, ne s’est point astreint à une fidélité d’archéologue. Ainsi, l’appendice à quatre rameaux qui s'élève au dessus de la tête du dieu ne ressemble nullement à des ailerons ; les ailes attachées aux épaules de Cronos sont au nombre de six au lieu de quatres mais remarquez que, sur la monnaie, conformément à la donnée cosmogonique, il en est deux qui sont abaissées et au repos, tandis que les autres sont écartées comme celles d’un oiseau qui vole. Le Cronos phénicien se rapproche, par ses attributs, des divinités assyriennes, et il nous fait penser au Zeus Dolichenos qui, monté sur un lion, figure sur les monnaies d’Alexandre I Bala et de quelques-uns de ses successeurs.
Tyr.
Sur les chalques nos 674 à 681, on lit une légende phénicienne qui qualifie Tyr de métropole des Sidoniens; c'était sans doute pour répondre aux prétentions contemporaines de Laodicée du Liban qui se dit métropole de Canaan, et surtout à celles de Sidon qui s’intitule méfropole de Tyr elle-même (Catal n° 689). De pareilles rivalités de clochers se remarquent dans la numismatique d’autres villes, à l’époque romaine. L'attribution à Tyr des chalques nos 672 et 673 n’est pas douteuse, malgré l'absence du nom de la ville : Tyr prend pour type une proue de galère, tandis que Sidon a la galère enticre.
On trouve des dates sur les monnaies à l'effigie d’Antiochus IV frappées à Tyr, à Tripolis et à Ascalon. Sur les monnaies de Tyr, nous relevons les suivantes :
L'HAP —an 138 (175 av. J.-C.; Cutal. no 672).
L OAP — an 139 (174 av. J.-C. ; Cafal. n° 673).
AMP — an 144 (169 av. J.-C. ; Catal n° 674 à 677).
EMP — an 145 (168 av. J.-C. ; Catal. n° 678 à 681).
Il semble, d’après ce tableau, que Tyr ait eu deux émissions de monnaies, l’une en 138 et 139, l’autre en 144 et 145. Sur les pièces de ce dernier groupe, l’indice L fait défaut devant la date ; en outre, c’est seulement sur les pièces des années 144 et 145 que paraît la légende phénicienne signalée plus haut. Ces monnaies datées ont été frappées lorsqu’Antiochus IV eut repris la Cœlésyrie et la Phénicie à Ptolémée Philométor et envahi la basse Egypte. Les années 144 et 145 sont aussi celles que nous avons relevées sur les monnaies d’Ascalon (Catal. n° 652 et 653); le monnayage de Tripolis nous fournit l’an 147.
t. Traduction de Fr. Lenormant dans Les origines de l’histoire d’après la Bible, t. 1, p. 547; cf. Eusèbe, Praepar. evangel., I, ro ; Sanchoniathon, p. 24-40 de l’éd. Orelli. 2. Judas, dans la Revue numismatique, 1856, p. 395.
Cx INTRODUCTION
Sidon.
Les monnaies de Sidon à l'effigie d’Antiochus IV portent des légendes phéniciennes du plus haut intérêt. L’une, 27%, des Sidoniens, est la traduction de la légende grecque qui l'accompagne : ZIAQNIQN (Catal. nos 682 à 688). L'autre ne comprend pas moins de quatre lignes qui ont fait longtemps le désespoir des interprètes (Catal. n°5 689 et 690). Voici cette légende :
4Y n2 NON (parfois 2122) 292 EN EITv).
Etienne Quatremère écrivait encore en 1857, au sujet de cette légende : « Ces caractères ont été lus et interprétés de plusieurs manières différentes par les savants qui ont consacré leurs veilles à ce genre d’études, sans que, jusqu’à présent, on ait pu tomber d’accord sur la valeur des lettres et sur le sens qu’elles présentent :. » Il serait superflu de rappeller les interprétations nombreuses et parfois bizarres auxquelles il est fait allusion; nous citerons seulement celle de Movers qui traduit : « À Sidon, mère de Cambé (var. Caccabé), d'Hippos, de Ket (Citium) et de Tyr2. » Quatremère crut devoir s’écarter de la lecture et de l’interprétation de Movers ; il lit :
7 DAN AN 207 EN DiTx) et traduit : « À Sidon, mère de Haschib (Ecdippa) et aussi sœur de Tyr. »
Mais le déchiffrement matériel de la légende est bien positif, étant donné le nombre respectable des exemplaires de ces médailles; on constate parfois une variante dans le mot 2122 (Cambé) remplacé par 223 (Caccabé). Quant à la question d'interprétation, le savant qui nous paraît l’avoir définitivement tranchée est Aloïs Muller 5. Il adopte la lecture de Movers et il traduit : « De Sidon+, la métropole de Cambé (ou Caccabé), d’Hippone, de Citium, de Tyr. » On sait que Cambé ou Caccabé était le nom primitif de Carthage; elle fut peuplée par une colonie de Sidoniens avant de recevoir les réfugiés tyriens qui accompagnèrent Didon. Hippone, sur la côte d'Afrique, et Ket ou Citium en Cypre, étaient aussi des colonies sidoniennes. Ainsi se justifie historiquement cette curieuse légende monétaire que nous verrons reparaître encore sous le règne de Démétrius I Soter (Catal. n° 788). |
Tripolis.
Les monnaies frappées à l’effigie d’Antiochus IV dans cette ville, sont au type des Dioscures, les divinités tutélaires de Tripolis. L’une de ces pièces fournit la date ZMP, an 147 (= 166 av. J.-C.). Saulcy 5 admet en outre, d’après Mionnet 6, la date
1. Et. Quatremère, dans le Journal des Savants, 1857, p. 124.
2. Movers, Die Phœnixier, t. Il, x'° part., p. 120, et 2° part., p. 134. Gesenius traduisait : Sidomiorum matris Citti, Melitae, Beryti item sororis Tyri (Monumenta, p. 267).
3. Aloïs Muller. Vier Sidonische Münxen, dans les Sitxungberichte der Wiener Akademie der Wissenschaf: ten. Philosoph. histor. Classe, Band XXXV, 1860, p. 33-50.