CLVIII INTRODUCTION
auteurs classiques se sont fait l’écho. Au point de vue numismatique, nous tirons de là une autre conclusion non moins rigoureuse.
Du moment que les monnaies que nous cherchons à expliquer sont sorties de l'atelier de Tarse, si l’on parvient à démontrer le caractère assyrien de leur type, il sera désormais à peu près impossible de douter que ce type monétaire ne soit l’image du monument fameux dans toute l’antiquité sous la fausse dénomination de tombeau de Sardanapale. Bien que les types monétaires de ce monument varient à travers les âges, depuis Alexandre I Bala jusqu’à Gordien le Pieux, et que certains attributs soient tour à tour ajoutés, retranchés ou modifiés, on reconnaît toujours les traits généraux et essentiels de la même divinité, et il sufhit d’en rapprocher divers monuments de l’antiquité assyrienne.
Sur de nombreux cylindres assyriens est gravée une divinité mâle debout sur un quadrupède fantastique qui, selon les cas, se rapproche plus ou moins du taureau, du lion ou du cerf; ce dieu est muni de quatre ailes ; il est armé du foudre ou de: l'arc et des flèches, parfois d’une hache, et son costume se compose principalement d’une tunique longue ouverte sur le devant comme celle de notre personnage monétairer. Des dieux assyriens debout sur des quadrupèdes se voient aussi sur les bas reliefs rupestres de Bavian et de Malthaï 2. Enfin les sculptures des Héthéens, tant en Syrie qu’en Cappadoce, déroulent à nos regards des images divines du même genre. Bref, l’hésitation n’est pas possible un instant : le type monétaire de Tarse est l’image d’une divinité dont le culte fut implanté dans cette ville dès le temps de la domination assyrienne.
Quant au nom que les Assyriens donnaient à celui de leurs dieux qui se rapproche le plus de la figure de nos médailles, il est impossible à déterminer, dans l’état actuel de nos connaissances sur la mythologie assyrienne. On a dit que c’était Sandan, l’Héraclès assyrien, considéré comme le fondateur de la ville de Tarse5 ; on pourrait aussi lui donner le nom de Raman, qui désigne le dieu de la foudre dans les textes cunéiformes. Quoi qu’il en soit, à l’époque classique, ce dieu assyrien devenu un Baal, était assimilé à Zeus, et c’est sous ce nom auquel on ajoutait un qualificatif spécial, qu’il étaitadoré à Tarse'et dans d’autres villes. À Tarse, ce dieu ne nous a pas laissé d’autres traces que les types monctaires et les muets décombres visités par les voyageurs. Mais on retrouve ailleurs des vestiges du culte dont il fut honoré. Son nom était Zeÿçs Aokyaios; il lui fut donné, suivant Etienne de Byzance, à cause de la ville de Doliché en Commagène, où il avait un sanctuaire fameux.
Zeus Dolichenos devint même, à l’époque de l’empire romain, une des divinités syriennes les plus en honneur. À Rome, il avait deux temples, l’un sur l’Esquilin et
1. Voyez des spécimens de ces cylindres dans la Revue numismatique, 1853 (t. XX), pl. XII; Lajard, Le culle de Mithra, passim: Lenormant et Babelon, Histoire ancienne de l'Orient, t. V, pp. 244, 248, 265, 296, etc.
2. G. Perrot et Ch, Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. II, pp. 637 et 643.
3. Raoul Rochette, Mémoires d'archéologie comparée. L’Hercule assyrien et phénicien, p. 195 et suiv. ; B. Head, Hist, numorum, p. 645.
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