‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 20 sur 419 · IV. — Les types cornus · texte numérisé non relu

IV. — Les types cornus

Nous savons déjà que, sur un assez grand nombre des monnaies de Séleucus, les cornes de taureau sont données comme attribut, soit à l’effigie royale elle-même, soit à son casque, soit enfin aux chevaux ou aux éléphants. Quel est le sens et quelles sont les origines de cet emblème dont l’adaptation à Séleucus est devenue si populaire que l’ère des Séleucides était appelée, dans l’antiquité même, l'ère du cornu ?

1. Dans ce décret on décide d’ériger dans le temple d’Athéna à Sigeium une statue équestre en or à Séleucus : ...etx0va ypuoñv ép” Irrou êv t@ ep@ tic "Aünväs. Bœckh. C. I. Gr. n° 3595, ligne 35.

2. Libanius, t. I, p. 307, éd. Reiske; Malala, Chronogr., p. 276 de l’éd. de Bonn. Cette statue représentait Séleucus avec des cornes de taureau aux tempes.

3. Codinus, [lxpex6o)af, p. 27 de l’éd. de Bonn; cf. P. Wolters, Beitræge zur griech. Ikonographie, dans le Bullettino dell Instituto archeol. Sexione romana, t. IV, p. 39 (1889).

4. Chabouillet, Etude, sur quelques camées du Cabinet des Médailles, dans la Gazette archéologique, 1886, p. I4 et suiv.

s. Visconti, Iconographie grecque, t. II, p. 280, note 3 et pl..40, n° 3 et 4. Clarac, Mus. de sculpt. t. V, pl. 840, n° 2113; Müller et Wieseler, Denkmeæler der alten Kunst, t. I, pl. $0, n° 221 a; P. Wolters, op. cit. p. 35-37.

6. Th. Mommsen, dans les Mittheilungen des deut, arch. Instituts zu Afben, t. 1, p. 31.

7. P. Wolters, dans l’Archaeologische Zeitung, 1884, p. 157 à 162 et pl. XII.

8. Bernoulli (Ræmische Ikonographie, t. I, p. 85) a proposé d’y reconnaître un portrait de Marius,

SÉLEUCUS I NICATOR XIX

On sait que chez les anciens peuples orientaux, la corne était l'emblème de la force matérielle. Il n’est pas besoin d’insister longuement sur ce point : souvent, dans les livres bibliques, le mot corne est employé métaphoriquement pour désigner un roi conquérant, la puissance d’une nation, la force musculaire d’un homme; dans les sculptures assyriennes, les rois, les guerriers, les génies qui symbolisent la force brutale, sont coiffés de tiares ornées de cornes de taureau, et certaines divinités égyptiennes ont également la tête armée du même appendice. L’Astarté phénicienne, d’après Philon de Byblos, place sur sa propre tête des cornes de taureau, comme insigne de royauté’, et les cornes sont données à une divinité phénicienne sur une monnaie de Rhosus?. Dans le langage imagé des Orientaux, les rayons du soleil sont parfois appelés les cornes du soleil, pour indiquer qu’ils pénètrent avec force comme la corne d’un taureau impétueux. Rappelons enfin les visions du prophète Daniel, dans lesquelles un bélier à deux cornes représente l'empire médo-perse (Dan. VIII, 20), le bouc avec une corne unique est Alexandre le Grand (Dan. VIII, 21, 22), et les quatre cornes qui poussent sur la tête du bouc, après que sa première et unique corne a été rompue, sont les quatre rois qui succèdent à Alexandre : Séleucus, Cassandre, Lysimaque et Ptolémée.

Chez les Grecs, avant Alexandre, les cornes sont exclusivement un attribut divin : ce n’est qu’à des divinités, jamais à des personnages vivants, qu’on donne des cornes de bélier, de bouc, d’aegagre, de taureau. Zeus Ammon, Dionysos, Apollon, lo, Hypnos, le Minotaure, Pan et les satyres, les génies des fleuves, tels que l'Achélous, le Strymon, le Gelas et la plupart des fleuves de Sicile, voilà les principales divinités que nous trouvons, dans la mythologie figurée, représentées avec une tête humaine, le front orné de cornes. |

Ce n’est qu'après la mort d'Alexandre, c’est-à-dire seulement après l’invasion de l’héllénisme en Asie et lorsque s’opérait sur l’esprit grec l’action reflexe de l'Orient, que nous voyons des cornes données à des personnages humains, et encore sont-ils héroïsès. Le premier est Alexandre, mais le conquérant macédonien était déjà mort et entré dans le monde divin, car ce sont des monnaies frappées par Ptolémée Soter et par Lysimaque qui donnent à la tête idéalisée d'Alexandre les cornes de bélier de Zeus Ammon. La figure d'Alexandre sous cette forme devint si populaire que le Coran l’appelle encore Iskander dhoul carnaïn « Alexandre aux deux cornes: ».

C’est à la même époque que les cornes de taureau apparaissent comme attribut des types monétaires de Séleucus Nicator, et il est manifeste que ce prince prit les cornes de taureau pour imiter Ptolémée et Lysimaque qui avaient fait figurer sur leurs monnaies la tête d'Alexandre avec les cornes de bélier. La tête de Séleucus, nue et diadémée, est armée de cornes longues, droites et effilées qui prennent naissance au dessous du diadème (Catal. n°s $4 et 63). Sur des monnaies frappées au nom d’An-

1. Fr. Lenormant, Les Origines de l'Histoire d’après la Bible, t. I, p. 546. 2. Imhoof-Blumer, Monnaies grecques, p. 440 ; Choix de monn. grecques, pl. VIT, n° 223. 3. À. de Longpérier, Œuvres, publiées par G. Schlumberger, t. Il, p. 80, note.

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