CXC INTRODUCTION
arrondies, procédé de fabrication qui remonte jusqu’au temps des Achéménides, car on le constate sur les dariques et les monnaies satrapales. Dans la série séleucide, nous l’avons signalé maintes fois pour les pièces frappées en Bactriane. D’autres ateliers donnent, au contraire, à leurs produits des arêtes particulièrement arrondies, ou même des bords en quart de rond, pour employer un terme d’architecture : cette dernière mode, usitée notamment pour les bronzes de Molon, est probablement spéciale à la Babylonie. Les rois de Syrie ont aussi beaucoup de monnaies de bronze dont la tranche est taillée en biseau, ce qui aboutit à donner à l’une des faces une surface plus grande que lPautre. Fr. Lenormant dit en parlant de cette tranche biseautée fréquente chez les Lagides : « Les grosses pièces de bronze des Lagides ont leurs bords d’une régularité exceptionnelle mais taillés en biseau. La nature et la netteté de la section montrent qu’au lieu d’en préparer les flancs, comme à l'habitude, par le moulage, on a opéré comme pour nos monnaies modernes, c’est-à-dire qu’on a découpé le flan à lemporte-pièce dans une lame épaisse de métal ï. » Ce système a naturellement été mis en pratique de préférence pour les pièces d’un très grand module et d’une épaisseur considérable : la taille en biseau facilitait le découpage des pièces. C’est un fait d'expérience si simple et si naturel qu’on y a eu recours non seulement chez les Lagides et chez les Séleucides, mais dans beaucoup d’autres pays, notamment à Lacédémone pour des grands bronzes au type des Dioscures. Dans la série des Séleucides, il y a des pièces taillées en biseau dès le temps de Séleucus I Nicator, mais cette mode devient fréquente surtout à partir de l’expédition d’Antiochus IV Epiphane en Egypte.
Un autre particularité que l’on rencontre souvent dans les monnaies des rois de Syrie et que nous avons notée dans notre Catalogue, c’est la présence d’un trou central au droit et au revers d’un très grand nombre de pièces de bronze. Cette petite cavité pratiquée au milieu du flan, sur les deux faces de la pièce, était produite par une pointe conique ménagée en saillie dans la matrice de la médaille. Son but était d'empêcher le flan métallique de glisser sous le coup de marteau; on évitait par là les chances de tréflage, et c’est dans le même but qu’au début du monnayage grec on ménageait, au revers des pièces, un carré creux à surface irrégulière. Ce point central apparait, dans la série des Séleucides, dès les règnes de Séleucus IT et de Séleucus IIT; on le constate aussi sur quelques pièces tyriennes d’Antiochus IT, puis il devient très commun. En Egypte, il existe dès les premiers Lagides ; on le retrouve dans d’autres pays, par exemple, dans le Pont, en Thrace, en Epire, dans une partie de l'Asie mineure et dé la Syrie sous l’empire romain.
1. Fr. Lenormant, La monnaie dans l'antiquité, t. 1, p. 264-165.
ROIS D’ARMÈNIE CXCI