‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 220 sur 419 · CXCVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXCVI INTRODUCTION

des affaires à l’un de ses favoris Andronic. Il nous parait évident que cette révolte de Tarse et de Mallus a une connexion directe avec la campagne contre Xerxès, dans la petite Arménie, pays qui confinait à la Cilicie. En effet, le roi veut donner un gouvernement, un revenu à sa concubine Antiochis qu’il finit par imposer au roi d'Arménie Xerxès avec son fils Mithridate. L’expédition d’Antiochus IV Epiphane en Arménie est encore relatée dans un passage de Diodore qui dit que le roi de Syrie soumit un autre roi d'Arménie, Artaxias r.

Cet enchaînement des faits est si logique et si rigoureux qu’il nous dispenserait de tout commentaire, si nous ne constations dans l’histoire des rois de Cappadoce un fait qui paraît en contradiction avec ce qui précède et que nous ne saurions expliquer. Diodore? raconte qu’Ariarathe IV Eusèbe, roi de Cappadoce (220-163) épousa, en 192, Antiochis, fille d’Antiochus III le Grand, c’est-à-dire sœur d’Antiochus IV; il ajoute qu’Antiochis étant restée longtemps sans enfants, fit adopter par le roi deux fils prétendus, appelés Ariarathe et Oropherne, puis, qu’étant devenue mère, dans la suite, d’un fils nommé Mithridate et de deux filles, elle usa de toute son influence pour assurer le trône à Mithridate, au détriment des fils supposés. Antiochis réussit dans son intrigue, et son fils Mithridate prit en montant sur le trône le nom d’Ariarathe : ce fut Ariarathe V Eusèbe Philopator qui régna en Cappadoce de 163 à 130. À moins d'admettre qu’Antiochus IV eut deux sœurs du nom d’Antiochis qui eurent, l’une et l’autre, un fils du nom de Mithridate, ce qui nous paraît tout à fait invraisemblable, il faut nécessairement corriger et modifier les témoignages contradictoires que nous venons de rapporter.

Dans tous les ças, si l’on admettait avec Blau que Xerxès épousa la sœur d’Antiochus IIT, on serait contraint de reconnaître l’existence de trois femmes du nom d’Antiochis : la première, sœur d’Antiochus III et mère d’un Mithridate; la seconde, sœur d’Antiochus IV et mère d’un autre Mithridate (Ariarathe V); enfin la troisième Antiochis serait la concubine d’Antiochus IV dont parlent les Macchabées. Cette hypothèse, qui aurait peut-être l’avantage de respecter les textes, est tout à fait invraisemblable. Il vaut mieux admettre qu’il n’y a qu’une Antiochis, à la fois sœur et concubine d’Antiochus IV ; quant au rôle exact que joua cette princesse et son fils Mithridate dans les affaires d'Arménie et de Cappadoce, on verra à la note 21 du tableau généalogique des Séleucides, l’hypothèse que nous proposons pour le démêler. Tel que nous l’avons présenté, l’arrangement des faits place le règne de Xerxès vers l’an 170 avant notre ère. Strabon met, 20 ans auparavant, en 190, après la défaite d’Antiochus III à Magnésie, la révolte de Zariadrès, le satrape de la Sophène. Les critiques modernes qui placent le règne de Xerxès vers l’an 200 sont forcés d'admettre que Zariadrès, peu après cette date, a succédé à Xerxès, non plus avec le titre de roi, mais seulement avec celui de satrape. Que l’on compare les monnaies d’Abdissarès et de Xerxès avec celles de Zariadrés et de Morphilig, on

t. Diod. Sic., Excerpla, dans les Fragm. hist. graec, de Muller, t. IL, p. X, Ç 9. 2. Diod. Sic. XXXI, 19, 7.

ZARIADRÈS CXCVII

constatera, du premier coup d’œil, qu’il s’agit de monnaies absolument étrangères les unes aux autres, et n’appartenant ni à la même dynastie, ni au même pays. Il n'y a pas à hésiter : tandis que Xerxès ou plutôt son père, est roi d’Arsamosate, le satrape Zariadrès se proclame roi du reste de la Sophène et de la petite Arménie : le caractère cappadocien de ses monnaies en fait foi. Remarquez que dans le fameux texte de Polybe, Xerxès n’est pas dit roi de la Sophène, mais seulement d’Arsamosate, c’est-à-dire de la région sophénienne dont Arsamosate était la capitale, car il y avait deux Sophènes, la grande et la petite r. Il n’y a donc aucun obstacle à laisser Xerxés roi d'Arsamosate tandis que Zariadrès est roi de la Grande Sophène et d’une partie de la Petite Arménie. D'ailleurs, c’est probablement en s'appuyant sur Zariadrès qu’Abdissarés et Xerxës avaient refusé de payer le tribut au roi de Syrie : de là l'expédition d’Antiochus IV, qui s’attaque seulement à Xerxés et à Artaxias et n'ose inquiéter Zariadrès dont la révolte avait été, nous dit Strabon, favorisée par les Romains. Après le départ d'Antiochus IV, Zariadrés culbuta Xerxés qui était devenu le tributaire du roi de Syrie et avait épousé sa sœur Antiochis. (Voyez la note 21 de notre tableau généalogique.)

Il n’y a rien à dire des types monétaires de Xerxés : la Victoire couronnant le nom royal est un revers fréquent chez les Séleucides, les Arsacides et les dynasties de l’Asie Mineure. Outre les monogrammes composés des lettres NK et ‘HA qu’on voit au revers de nos pièces, Victor Langlois ? signale sur d’autres exemplaires les lettres Zet H, etil suppose, à la suite de Visconti 3, que ces lettres représentent respectivement les années du règne 6 et 8. Rien n’autorise une pareille conjecture, d'autant plus que la prétendue lettre H est fort probablement notre monogramme n° 98, composé des lettres HA.

ZARIADRÈS Ëre des Sél. 134 (190 av. J.-C.)

Comme on l’a vu plus haut, Strabon nous apprend qu’à la faveur de la défaite d'Antiochus III à Magnésie, en l’an 190 av. J.-C. les deux plus puissants satrapes de l'Arménie, Zariadrés et Artaxés ou Artaxias se révoltèrent, prirent le titre de rois et se proclamérent indépendants des rois de Syrie. L’un d’eux, Artaxias, constitua le royaume de la Grande Arménie et fonda la ville d’Artaxata dont il fit sa capitale ; On n'a pas de monnaies de lui bien qu’il ait régné une vingtaine d'années. Il fut Vaincu et fait prisonnier par Antiochus IV Epiphane.L’autre, Zariadrés, se proclama roi en Sophène, et Strabon, qui affirme que sa rébellion fut favorisée par les Romains, se complait à énumérer les provinces dont s’accrut rapidement le

I. Voyez V. Langlois, dans les Frag. hist. graec. de Didot, t, V, 2° partie, p. 50, note » 2. V. Langlois, op. cit., p. 14-15.

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