CXCVII INTRODUCTION
nouveau royaume : c’étaient, outre la Sophène, particulièrement l’Akisène, POdomantide, et une partie de la petite Arménie et de la Cataonie. On ne sait plus rien sur le compte de Zariadrès ; Strabon nous informe seulement que bien plus tard, un descendant de Zariadrès, Artanès le Sophénien (6 Zopnvès ’Aptdvns) fut vaincu et soumis par Tigrane le Grand. Ceci parait entraîner la conclusion que la dynastie dont Zariadrès est le chef régna sur la Sophène, depuis l’an 190 jusqu’à l’an 90 environ, c’est-à-dire pendant un siècle.
Le nom arménien de Zariadrès doit être rapproché de celui de Sariaster porté par un fils du roi Tigrane le Grand, et du nom Zspÿrw donné, suivant Hésychius, à l’Artémis persique. Une petite monnaie de bronze du musée de Berlin a été attri-buée par Blau : au roi Zariadrès ; en la faisant connaître un peu auparavant, J. Friedlaender l’avait considérée comme appartenant à un satrape inconnu de quelque contrée de l’Arménie ou de la Géorgie *. Voici l’image (fig. 40) et la description de cette intéressante pièce :
Tête imberbe, coiffée de la tiare cappadocienne, à droite. RL. Anaïtis debout, deface, tenant une fleur de la main droite levée ; à ses pieds, deux sphinx accroupis et adossés. Autour, on lit: AZAPI et ANIZA AQ (Musée de Berlin).
Otto Blau rapproche le type de revers de ce petit bronze de la magnifique pièce d’argent anépigraphe dont nous avons parlé plus haut, et qu’il voudrait attribuer au satrape Mithrénés. Il est possible effectivement que la pièce de bronze de Zariadrès porte, elle aussi, le type de la grande déesse de Comana, et même qu’elle ait été frappée dans cette ville. C’est ainsi que nous nous expliquerions pourquoi elle n’a aucun rapport, ni au point de vue du style, ni au point de vue du type, avec les monnaies arméniennes telles que celles de Xerxès, d’Abdissarès et des Tigranes ; ainsi également, nous comprenons pourquoi la tête du roi porte la même tiare que certains rois de la Cappadoce, royaume dont les confins touchaient à Comana quand ils n’englobaient pas cette ville.
Blau a fort ingénieusement complété le nom AZAPI en Asaptadp — le Zariadris ou Zariadrès de Strabon : le Dz arménien étant rendu indifféremment en grec par AZ ou par Z. Le deuxième nom qui figure sur la médaille paraît, à Blau, être le génitif du nom du père du roi Zariadrès; il lit ce nom ‘Awoddng, et il cite beaucoup de noms thraco-scythiques qui ont la finale -caône, par exemple le roi [laiproidnc.
De la monnaie de Zariadrés il faut rapprocher la suivante (fig. 41) qu’on a attribuée à un dynaste du nom d’Ariaos : Tête coiffée de la tiare cappadocienne, à droite. Bz. Cavalier au galop, à droite, lançant un javelot; devant, un palmier; au dessus, APIAO ; au dessous, AZ. Bronze du Musée de Berlin.
1. Otto Blau, dans la Numism. Zeitschrift de Vienne, t. IX, p. 104.
2. J. Friedlaender, dans la Zeitschrift für Numismatik, t, IV (1877), p. 266 à 268.
3. Friedlaender, dans la Zeitschrift für Numismatik, t. VII, pl. IV, 8; Th. Reinach, Trois royaumes d'Asie Mineure, p. 32.
En un ——
MORPHILIG CXCIX
Au lieu d’un dynaste inconnu du nom d’Ariaos, on pourrait croire qu’il s’agit du nom de Zariadrés, un peu déformé sur cette pièce barbare. Ne pourrait-on pas, en effet, lire AZ APIA? Mais une autre hypothèse da est préférable, Il existe des petits bronzes d’Ariaramne, roi de Cappadoce, qui sont identiques, sauf pour la légende, à la pièce du prétendu Ariaos.
C’est la même effigie au droit, le même cavalier au
Fiovrare
revers'; les légendes sont disposées de la même façon; or, si nous les comparons entre elles, nous retrouvons beaucoup d’éléments communs :
APIAPAMNOY
En présence de cette similitude, n’y a-t-il pas véritablement lieu de conjecturer que le bronze du prétendu dynaste Ariaos n’est peut-être qu’une monnaie du roi de Cappadoce Ariaramne, de fabrique barbare ? Une pièce de la collection Amourel, citée par M. Reinach, paraît confirmer cette hypothèse, car, tout en étant pareille à celle d’Ariaos, elle porte en outre le mot TYANA, nom d’une ville cappadocienne dont Ariaramne était roi.
MORPHILIG Ëre des Sél. 174 à 176 (150 à 148 av. J.-C.)
Sinous ne connaissons pas les successeurs de Xerxès, nous ne sommes guère mieux renseignés sur la dynastie de Zariadrès. Pourtant, le silence des historiens grecs est réparé, pour une courte période, par le récit des sources arméniennes. Lorsque Mithridate I Arsace VI envoya son frère Valarsace régner sur l'Arménie, en 150-148 av. J:-C., le parti national de ce pays s’insurgea, et l’histoire de sa résistance est racontée par Mar Abas Catina?. Valarsace ou Bacases, comme l’appelle Justin, ne parvint qu'avec les plus grands efforts à dompter le pays ; le sort de l'Arménie se décida
définitivement dans une bataille livrée en l’an 148 av. J.-C. à Colonia, dans la
Petite Arménie, et Valarsace demeura vainqueur. Le héros de l'indépendance arménienne, qui fut tué dans la bataille, porte un nom sémitique, Morphilig, en syriaque RSS (Morphlego), nom auquel on peut comparer le nom biblique Phaleg (255), la syllabe Mor ou Mar, signifiant seigneur.
Otto Blau conjecture, d’après Strabon, que ce Morphilig pouvait être un fils de Zariadrès; la chronologie se prête à cette hypothèse que vient aussi appuyer la
1. Comparez les figures $ et $ fer de La pl. I du Mémoire de M. Th. Reinach. 2. Dans la chronique de Moïse de Khorène, trad. Le Vaillant de Florival, t. I, p. 147.