XXII INTRODUCTION
parcourt l’Asie Mineure, le Taurus, déifié sous la forme d’un taureau à cause de son nom ? Libanius nous apprend, en effet, qu’on représenta la montagne du Taurus sous la forme d’un taureau en bronze : fouto yakxoüy rudoov xeyetpwmévos, nlodvros roù Coou Tù ouwvumou 0606".
D’autres explications ont été proposées, dans l’antiquité même, pour les cornes de Séleucus. Appien et Suidas après lui’, racontent qu’un jour Alexandre s’apprêtait à sacrifier un taureau, lorsque l'animal s’échappa au moment où le victimaire allait l’égorger. Séleucus qui était présent, s’élança sur l’animal furieux, le saisit par les cornes, et telle était sa force musculaire qu’il réussit à le terrasser. C’est pour cette raison, ajoutent ces deux auteurs, que Séleucus a, dans ses statues, le front orné de cornes#, Il est évident qu’une pareille explication a été forgée après coup, peut-être par Appien, pour satisfaire sa curiosité, et elle ne saurait avoir une réelle valeur historique. En effet, s’il est possible que Séleucus ait fait figurer sur quelques-unes de ses monnaies (Cafal. nes 86 à 96) le taureau bondissant et furieux qu’il parvint à dompter, on ne saurait admettre que, pour célébrer cet exploit digne de Thésée, il ait jugé bon de placer les cornes du taureau sur sa propre tête, sur celles de son cheval et de ses éléphants. On a dit aussi que Séleucus s’affubla des cornes de taureau pour s’assimiler à Dionysos, sur les traces duquel il avait marché en faisant la conquête de l'Inde. Alexandre lui-même fut comparé à Dionysos quand il eut soumis la Bactriane et la vallée de l’Indus, et nous savons que plusieurs des rois séleucides et lagides, ainsi qu'Antigone et son fils Démétrius Poliorcète, célébrèrent, à diverses reprises, de grandes pompes dionysiaques dans lesquelles ils aimaient à paraître avec le costume et les attributs de Dionysos. Ce serait donc comme conquérant de la Bactriane et de l’Inde que Séleucus se fit représenter en Dionysos cornu; et ce qui paraissait corroborer cette opinion, c’est qu’on avait cru reconnaître le buste même de Dionysos, orné des mêmes cornes de taureau, sur des bronzés de Séleucus. Si cette constatation était positive, en effet, la question serait bien près d’être tranchée, car il faudrait nécessairement admettre que Séleucus, en se donnant le même attribut, aurait voulu s’assimiler à Dionysos’. Mais, nous l’avons vu, cette prétendue tête cornue de Dionysos n’est, malgré son caractère juvénile, que le portrait idéalisé de Séleucus lui-même, vu de face au lieu d’être de profil comme sur les autres médailles où on le reconnaît. C’est déjà, d’ailleurs, ce que pensait Visconti.
Il n’y a donc point lieu de s’appuyer sur ces médailles pour dire que les cornes assimilent à Dionysos le premier des Séleucides. À ce que nous avons déjà dit à cet égard, nous ajouterons que sur les monnaies des rois de Syrie postérieurs, quand Dionysos en forme le type, il n’a jamais les cornes, non plus que sur les monnaies de